2025 : Anita Conti
Anita Conti (1899–1997), pionnière de l’océanographie et conscience des mers
Première femme océanographe française, Anita Conti a consacré sa vie à comprendre et à défendre les océans. Photographe, écrivaine et scientifique de terrain, elle embarque dès les années 1930 sur des navires de pêche pour observer les pratiques maritimes et documenter la vie des marins. Son regard, à la fois rigoureux et profondément humain, révèle la richesse des écosystèmes marins autant que leur fragilité. Très tôt, elle alerte sur les effets de la surexploitation des ressources halieutiques, faisant d’elle une figure précurseure de la pensée écologique. Ses travaux mêlent science, engagement et transmission, dans une approche globale des relations entre l’homme et la mer. À travers ses écrits et ses photographies, elle laisse un témoignage unique sur un monde en mutation. Anita Conti incarne ainsi une forme de progrès attentive aux équilibres naturels et à la responsabilité humaine.
2024 : Hubert Reeves
Hubert Reeves (1932–2023), astrophysicien et passeur d’univers
Astrophysicien de renommée internationale, Hubert Reeves a consacré sa vie à explorer l’origine et l’évolution de l’univers. Chercheur engagé, notamment au CNRS et à la NASA, il a contribué à faire progresser la compréhension de la formation des éléments et des galaxies. Mais il est aussi l’un des grands passeurs de science de notre temps, capable de rendre accessibles les questions les plus complexes avec poésie et clarté. À travers ses livres et ses prises de parole, il relie intimement destin cosmique et responsabilité humaine. Sensible aux enjeux environnementaux, il alerte très tôt sur la fragilité de la Terre, « poussière d’étoiles » devenue habitable. Son œuvre invite à penser le progrès à l’échelle du temps long, en articulant connaissance scientifique, émerveillement et conscience écologique. Hubert Reeves incarne ainsi une vision du progrès qui relie science, humanité et cosmos.
2023 : Hedy Lamarr
Hedy Lamarr (1914–2000), actrice et inventrice visionnaire
Actrice hollywoodienne emblématique, Hedy Lamarr est aussi une inventrice méconnue dont les travaux ont marqué l’histoire des technologies de communication. Née en Autriche, elle connaît une carrière brillante au cinéma avant de s’engager, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la recherche scientifique appliquée. Avec le compositeur George Antheil, elle met au point un système de transmission par saut de fréquence destiné à sécuriser les communications militaires. Cette innovation, longtemps restée confidentielle, constitue aujourd’hui un fondement des technologies sans fil modernes, du Wi-Fi au Bluetooth. À la croisée des arts et des sciences, son parcours bouscule les stéréotypes et rappelle que la créativité peut nourrir l’innovation technique. Hedy Lamarr incarne ainsi une figure singulière du progrès, où intuition, audace et interdisciplinarité ouvrent de nouvelles voies.
2021-2022 : Rosalind Franklin
Rosalind Franklin (1920–1958), chimiste et pionnière de la biologie moléculaire
Chimiste et cristallographe britannique, Rosalind Franklin a joué un rôle déterminant dans la compréhension de la structure de l’ADN. Grâce à ses travaux en diffraction des rayons X, elle produit des images d’une précision inédite, dont la célèbre « photographie 51 », qui révèle la forme en double hélice de la molécule. Son exigence scientifique, fondée sur la rigueur expérimentale et l’interprétation minutieuse des données, contribue de manière décisive à une avancée majeure de la biologie. Longtemps restée dans l’ombre, sa contribution est aujourd’hui pleinement reconnue. Au-delà de l’ADN, ses recherches sur les virus et le charbon témoignent d’une carrière riche et prometteuse, interrompue prématurément. Rosalind Franklin incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la précision, la persévérance et la quête de vérité scientifique.
2020-2021 : Michel Serres
Michel Serres (1930–2019), philosophe des sciences et passeur de savoirs
Philosophe et académicien, Michel Serres a consacré son œuvre à penser les liens entre sciences, humanités et société. Professeur à Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne puis à Université Stanford, il développe une réflexion originale sur les mutations contemporaines, attentive aux circulations du savoir et aux transformations induites par les sciences et les techniques. À travers une écriture accessible et inventive, il s’attache à rendre intelligibles les grandes transitions de notre époque, de la révolution numérique aux enjeux environnementaux. Son concept de « Petite Poucette » incarne une nouvelle manière d’habiter le monde à l’ère des réseaux. Plaidant pour un dialogue renouvelé entre disciplines, il invite à dépasser les cloisonnements pour mieux comprendre la complexité du réel. Michel Serres incarne ainsi une vision du progrès fondée sur la connaissance partagée, l’invention et la réconciliation des savoirs.
2019-2020 : Wangari Maathai
Wangari Maathai (1940–2011), biologiste et militante de l’environnement
Biologiste kényane et figure majeure de l’écologie, Wangari Maathai a consacré sa vie à la protection de l’environnement et à l’autonomisation des communautés. Fondatrice du Green Belt Movement en 1977, elle mobilise des milliers de femmes pour planter des millions d’arbres, lutter contre la déforestation et restaurer les ressources vitales. Son action, à la croisée de l’écologie, du développement et des droits humains, lui vaut le prix Nobel de la paix en 2004, une première pour une femme africaine dans ce domaine. Face aux enjeux environnementaux et sociaux, elle défend une approche du progrès ancrée dans les territoires, fondée sur la responsabilité collective et la dignité humaine. Par son engagement et sa vision, Wangari Maathai incarne un progrès qui réconcilie nature, justice et développement.
2018-2019 : Elinor Ostrom
Elinor Ostrom (1933–2012), économiste et théoricienne des biens communs
Économiste américaine, Elinor Ostrom a profondément renouvelé la compréhension de la gestion des ressources partagées. Première femme lauréate du prix Nobel d’économie en 2009, elle démontre, à rebours des idées reçues, que les communautés peuvent gérer durablement des « biens communs » — forêts, pêcheries, systèmes d’irrigation — sans recourir systématiquement à la privatisation ou à l’intervention centralisée de l’État. À partir d’enquêtes de terrain menées dans de nombreux pays, elle met en évidence des règles de gouvernance locales fondées sur la coopération, la responsabilité et l’adaptation aux contextes. Son approche empirique et interdisciplinaire éclaire les défis contemporains liés aux ressources naturelles et au climat. Elinor Ostrom incarne ainsi une vision du progrès fondée sur l’intelligence collective, la confiance et la capacité des sociétés à s’auto-organiser.
2017-2018 : Jeanne Barret
Jeanne Barret (1740–1807), exploratrice et pionnière de la botanique
Botaniste et exploratrice française, Jeanne Barret est la première femme connue à avoir accompli un tour du monde. Embarquée au XVIIIe siècle dans l’expédition de Bougainville, elle se fait passer pour un homme afin de pouvoir participer à cette aventure scientifique alors interdite aux femmes. Aux côtés du naturaliste Philibert Commerson, elle collecte et décrit de nombreuses espèces végétales, contribuant à enrichir les connaissances botaniques de son époque. Son regard attentif aux milieux et aux plantes s’inscrit dans une démarche d’exploration au service du savoir. Longtemps restée dans l’ombre, son rôle est aujourd’hui reconnu comme essentiel dans l’histoire des sciences naturelles. Jeanne Barret incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la curiosité, le courage et l’élargissement des horizons scientifiques.
2016-2017 : Irène Joliot-Curie
Irène Joliot-Curie (1897–1956), physicienne et pionnière de la radioactivité artificielle
Physicienne française, Irène Joliot-Curie a marqué l’histoire des sciences par ses travaux sur la radioactivité. Aux côtés de son époux Frédéric Joliot, elle découvre en 1934 la radioactivité artificielle, ouvrant la voie à de nombreuses applications en médecine et en recherche. Cette avancée majeure leur vaut le prix Nobel de chimie en 1935. Héritière d’un héritage scientifique exceptionnel, elle s’impose par sa rigueur expérimentale et son engagement dans la recherche publique. Elle joue également un rôle actif dans la structuration de la science en France et dans la promotion des femmes scientifiques. À travers ses travaux, elle contribue à faire émerger une science capable de transformer en profondeur les pratiques médicales et industrielles. Irène Joliot-Curie incarne ainsi une figure du progrès fondée sur l’innovation scientifique, l’engagement et la transmission.
2015-2016 : Germaine Tillion
Germaine Tillion (1907–2008), ethnologue et résistante engagée
Ethnologue française et figure majeure de la Résistance, Germaine Tillion a consacré sa vie à comprendre les sociétés humaines et à défendre la dignité. Spécialiste des sociétés berbères, elle mène des enquêtes de terrain en Algérie, fondées sur une observation rigoureuse et une attention aux réalités vécues. Engagée dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, elle est déportée au camp de Ravensbrück, où elle poursuit, au cœur de l’épreuve, un travail de compréhension des mécanismes de la violence et de la déshumanisation. Après-guerre, elle s’implique dans la lutte contre la misère et s’élève contre l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie. Son parcours, à la croisée de la recherche et de l’engagement, témoigne d’une exigence intellectuelle indissociable d’une responsabilité morale. Germaine Tillion incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la connaissance, la lucidité et le respect de la dignité humaine.
2014-2015 : Émilie du Châtelet
Émilie du Châtelet (1706–1749), mathématicienne et philosophe des Lumières
Mathématicienne, physicienne et philosophe française, Émilie du Châtelet s’impose comme l’une des grandes figures scientifiques du XVIIIe siècle. Elle est notamment connue pour sa traduction commentée des Principia d’Isaac Newton, qui contribue à diffuser en France les fondements de la physique moderne. Par ses propres travaux, elle approfondit la compréhension des notions d’énergie et de mouvement, participant activement aux débats scientifiques de son temps. Dans un milieu largement dominé par les hommes, elle affirme avec rigueur et audace sa place dans le champ intellectuel. Son œuvre témoigne d’un dialogue fécond entre science et philosophie, au cœur de l’esprit des Lumières. Émilie du Châtelet incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la raison, la transmission des savoirs et l’émancipation intellectuelle.
2013-2014 : Boris Vian
Boris Vian (1920–1959), écrivain, musicien et esprit libre
Écrivain, ingénieur et musicien, Boris Vian incarne une figure singulière de la création au XXe siècle. Auteur de romans marquants comme L’Écume des jours, il développe une œuvre à la fois poétique, inventive et profondément critique à l’égard de son époque. Trompettiste de jazz passionné, il participe activement à la diffusion de cette musique en France, notamment à Saint-Germain-des-Prés, haut lieu de la vie intellectuelle et artistique d’après-guerre. À travers ses écrits, ses chansons et ses engagements, il explore les tensions entre créativité, liberté et conformisme social. Son style, mêlant fantaisie et gravité, interroge les normes et ouvre des espaces d’expression nouveaux. Boris Vian incarne ainsi une figure du progrès fondée sur l’imagination, la liberté et la capacité à réinventer les formes culturelles.
2012-2013 : Léonard de Vinci
Léonard de Vinci (1452–1519), artiste, ingénieur et génie universel
Figure emblématique de la Renaissance, Léonard de Vinci incarne l’union des arts et des sciences dans une quête inlassable de connaissance. Peintre de chefs-d’œuvre tels que La Joconde, il est aussi un inventeur prolifique, explorant des domaines aussi variés que l’anatomie, l’hydraulique ou l’ingénierie militaire. Son approche, fondée sur l’observation minutieuse de la nature et l’expérimentation, anticipe la méthode scientifique moderne. À travers ses carnets, il imagine des machines et des dispositifs en avance sur son temps, témoignant d’une créativité sans frontières. Refusant les cloisonnements disciplinaires, il développe une vision globale du savoir, où l’art éclaire la science et réciproquement. Léonard de Vinci incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la curiosité, l’invention et l’unité des connaissances.
2011-2012 : Christiane Desroches-Noblecourt
Christiane Desroches-Noblecourt (1913–2011), égyptologue et passeuse de patrimoine
Égyptologue française de premier plan, Christiane Desroches-Noblecourt a consacré sa vie à l’étude et à la préservation des civilisations antiques. Spécialiste de l’Égypte pharaonique, elle joue un rôle déterminant dans la sauvegarde des temples de Nubie menacés par la construction du barrage d’Assouan, en mobilisant la communauté internationale sous l’égide de l’UNESCO. Son engagement contribue à une prise de conscience mondiale de la valeur du patrimoine culturel et de la nécessité de sa protection. Chercheuse rigoureuse et grande pédagogue, elle œuvre également à la diffusion des savoirs auprès d’un large public. À travers ses travaux et son action, elle relie recherche scientifique, coopération internationale et transmission. Christiane Desroches-Noblecourt incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la connaissance, la sauvegarde du patrimoine et le partage des cultures.
2010-2011 : Benoît Mandelbrot
Benoît Mandelbrot (1924–2010), mathématicien et inventeur des fractales
Mathématicien franco-américain, Benoît Mandelbrot a profondément renouvelé la manière de décrire les formes et les phénomènes complexes. Chercheur notamment chez IBM, il développe la géométrie fractale, qui permet de modéliser des structures irrégulières présentes dans la nature, des nuages aux côtes maritimes. Son célèbre « ensemble de Mandelbrot » illustre une vision du monde où l’ordre et le chaos coexistent à toutes les échelles. En s’éloignant des modèles classiques, il ouvre de nouvelles perspectives en physique, en finance ou en informatique. Son approche, à la croisée des disciplines, met en lumière la richesse des formes naturelles et la puissance des outils mathématiques pour les appréhender. Benoît Mandelbrot incarne ainsi une figure du progrès fondée sur l’exploration de la complexité, l’intuition et l’innovation scientifique.
2009-2010 : Claude Lévi-Strauss
Claude Lévi-Strauss (1908–2009), anthropologue et penseur des structures humaines
Anthropologue français majeur, Claude Lévi-Strauss a profondément renouvelé l’étude des sociétés humaines en développant l’approche structuraliste. Professeur au Collège de France, il s’appuie sur ses enquêtes de terrain, notamment en Amazonie, pour analyser les systèmes de parenté, les mythes et les organisations sociales. Son œuvre met en lumière les structures profondes qui organisent la pensée humaine, au-delà de la diversité des cultures. À travers des ouvrages comme Tristes Tropiques, il conjugue rigueur scientifique et réflexion sur la place de l’homme dans le monde. Sensible aux transformations du XXe siècle, il alerte sur l’érosion de la diversité culturelle et des équilibres naturels. Claude Lévi-Strauss incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la connaissance des sociétés, le respect des différences et la compréhension des structures du vivant social.
2008-2009 : Hubert Curien
Hubert Curien (1924–2005), physicien et artisan de la coopération scientifique
Physicien français et grand serviteur de la science, Hubert Curien a joué un rôle déterminant dans le développement de la recherche et de la coopération scientifique en Europe. Spécialiste de cristallographie, il s’engage très tôt dans les politiques scientifiques et contribue à structurer de grandes institutions, notamment le CNES et l’Agence spatiale européenne. Ministre de la Recherche et de la Technologie, il œuvre au rapprochement entre science, industrie et société. Convaincu que le progrès se construit collectivement, il défend une vision ouverte et collaborative de la recherche, à l’échelle internationale. Son action contribue à renforcer la place de l’Europe dans les grandes aventures scientifiques et technologiques. Hubert Curien incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la coopération, la vision stratégique et le service de l’intérêt général.
2007-2008 : Gérard Mégie
Gérard Mégie (1946–2004), physicien de l’atmosphère et acteur de la recherche climatique
Physicien français, Gérard Mégie a consacré ses travaux à l’étude de l’atmosphère et des phénomènes liés à la couche d’ozone. Spécialiste reconnu au CNRS, qu’il préside de 2000 à 2004, il contribue à structurer la recherche française et à renforcer sa visibilité internationale. Ses recherches sur la chimie atmosphérique participent à une meilleure compréhension des interactions entre activités humaines et équilibres climatiques. Engagé dans la diffusion des savoirs, il œuvre à rapprocher science et société autour des grands enjeux environnementaux. À la croisée de la recherche et de la responsabilité publique, il accompagne la montée en puissance des questions climatiques dans le débat scientifique. Gérard Mégie incarne ainsi une figure du progrès fondée sur la connaissance des systèmes complexes, l’engagement scientifique et la prise de conscience écologique.
2006-2007 : Pierre-Gilles de Gennes
Pierre-Gilles de Gennes (1932–2007), physicien et explorateur de la matière molle
Physicien français de renommée internationale, Pierre-Gilles de Gennes a profondément renouvelé la compréhension des systèmes complexes, en particulier ceux de la matière molle. Professeur au Collège de France, il développe des travaux pionniers sur les polymères, les cristaux liquides et les interfaces, ouvrant la voie à de nombreuses applications industrielles et technologiques. Ses recherches, couronnées par le prix Nobel de physique en 1991, illustrent une capacité remarquable à transposer des concepts entre disciplines. Curieux et pédagogue, il s’intéresse aussi à des sujets du quotidien, comme la physique des mousses ou des adhésifs. Son approche, à la fois fondamentale et appliquée, met en lumière la fécondité des croisements scientifiques. Pierre-Gilles de Gennes incarne ainsi une figure du progrès fondée sur l’exploration, l’interdisciplinarité et l’invention.

