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Promotion 2018-2019 Elinor Ostrom

« Peut-on encore se permettre d’ignorer d’autre modes de gouvernance ? »

Les auditeurs du cycle national de formation 2018-2019 ont choisis de donner à leur promotion le nom d’Elinor Ostrom, politologue et économiste américaine spécialiste de la gouvernance économique, en particulier des biens communs. Témoignage des auditeurs.

Les interactions entre sciences et société ont rapidement évolué au cours des dernières décennies. Partant d’une approche principalement descriptive du monde par les sciences, le défi de l’interdisciplinarité (avec l’émergence du développement durable) a été abordé collectivement, puis, parallèlement à l’émergence des outils numériques, un cadre de sciences plus participatives s’est développé permettant aux citoyens d’intervenir dans le processus de recherche.
Cette transformation du lien entre sciences et société se trouve aujourd’hui réaffirmé par le choix d’Elinor Ostrom comme emblème de notre promotion de l’IHEST.

En effet, la formation de l’IHEST nous amène à construire des liens, voire des habitudes de travail entre la recherche, les secteurs privés et publics, ainsi que la société civile. Les travaux d’Elinor Ostrom ont montré que pour les biens communs, la coopération entre acteurs locaux permet une meilleure gestion, plus durable que la compétition ou le laisser-faire, qui aboutit à une surexploitation des ressources. Elle apportait là une réfutation de la « tragédie des biens communs » théorisée par le biologiste Garrett Hardin dans son article de 1968 dans Science. Ces travaux lui ont valu d’être la première femme (et la seule à ce jour) à recevoir le prix Nobel d’Economie.

Les biens communs peuvent désigner des ressources naturelles, (une forêt, les pêcheries, une ressource en eau, …), mais aussi des biens immatériels (la recherche scientifique, la culture, les langues et traditions, …). Depuis des siècles l’avancement de la recherche scientifique s’est appuyée sur ces principes d’ouverture, de coopération, de diffusion, de démocratisation. Cette gestion collective du patrimoine intellectuel, crée le cadre d’émergence de nombreuses innovations.

Dans le monde informatique, une application des biens communs est le logiciel libre, parfois considéré comme « fer de lance des communs numériques ». Les logiciels libres sont des logiciels dont le code source est accessible et modifiable par tous, dont les développements futurs et la gouvernance sont gérés par une communauté. Cela peut sembler utopique, mais a donné lieu au développement de logiciels largement utilisés par de nombreux acteurs, par exemple Linux, le système d’exploitation de 70 % des serveurs d’internet, Wikipédia, l’encyclopédie de référence, etc.

Au centre de ce schéma de pensée, il y a la notion de dilemme social, c’est-à-dire les cas où la quête de l’intérêt individuel conduit à un résultat plus mauvais pour tous que celui résultant d’un autre type de comportement. A l’heure du plus grand défi pour notre humanité : continuer à vivre sur Terre, à l’heure des secousses sociales qui interrogent et nous obligent à plus de démocratie, à l’heure de changements démographiques qui nous amènent à considérer l’humanité toute entière et non comme une somme de nations, peut-on encore se permettre d’ignorer d’autre modes de gouvernance ?

Nous pouvons témoigner de la richesse d’un dialogue intime et équitable entre représentants de la recherche, d’administrations publiques, d’entreprises privées et de corps sociaux au sein de notre promotion de l’IHEST. Une dynamique aussi fertile amène à considérer des solutions inattendues à nos problèmes de gestion de la ressource. Quel plus beau nom qu’Elinor Ostrom pour guider nos réflexions communes vers un monde meilleur ? Gageons qu’une dynamique aussi fertile conduira à rendre les hommes meilleurs dans leur écosystème et dans les trajectoires de société qu’ils dessinent.

Publié le vendredi 5 avril 2019