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Cycle national 2017-2018

Session 7 : L’erreur

14-16 mars 2018

Croiser les regards et se projeter jusqu’à apprécier l’erreur

Entre construire la décision et méconnaître, les thèmes respectifs des sessions organisées au Portugal et au Chili, que peut-on trouver, si ce n’est une certaine compétence ou appétence à regarder l’erreur en face ? Il est vrai, comme le fait remarquer un auditeur au retour du Portugal, que les chemins de la décision ne sont pas forcément évidents à décrypter. Ce constat fait l’hypothèse d’une trajectoire. L’idée de cette trajectoire enrichit considérablement l’opposition à la base de nombreux modèles économiques comme sociologiques qui est que soit les décisions sont prises en fonction de données objectives rigoureusement validées soit elles sont gouvernées par les logiques propres à la compétition politique. Peut-on aller jusqu’à dire que notre difficulté à voir ou à suivre les chemins de la décision est une méconnaissance ? Il y a au moins un intermédiaire qui est de porter attention au détail pour compenser l’erreur d’appréciation, cette « fausse grammaire des anticipations » selon la formule employée par Erving Goffman. Pour ce faire, rien de plus efficace que de croiser les regards, de reconstituer les interactions en face à face. Alors erreur et appréciations reprennent leur place. Nous allons le faire à différents niveaux.

C’est avec une bonne dose de réflexion et une belle pratique de la confiance que les regards de la promotion Jeanne Barret se croiseront sur les posters. L’année dernière, alors que nous travaillions sur la connaissance comme bien commun, les travaux s’attachaient à capter que qu’on pouvait penser, savoir, former, évaluer, freiner, désirer dans l’espace entre science et société. Cette année, lancés dans l’inconnu et l’incertain, nous passerons de propositions en propositions, d’imagination en imagination, un parlement, un nouveau média, un site d’adoption de chercheurs, une ruche citoyenne. Le croisement des regards devrait être porteur de fondation et d’une inscription plus durable de ces conceptions.

Le croisement est aussi celui du retour et du départ, du rangement et de la préparation des bagages. Le Portugal et le Chili, nous l’avons constaté après avoir décidé de ces destinations, ont la même forme. Territoires tout en longueur, bordés à l’ouest par la mer, Atlantique pour l’un qui porte sans doute le goût pour l’inconnu, Pacifique pour l’autre qui permet d’accéder à l’infini. Ils sont limités à l’est par une barrière infranchissable, la langue pour l’un et la cordillère des Andes pour l’autre. Ces deux pays, aux histoires politiques marquantes, le régime militaire d’Augusto Pinochet s’imposant le 11 septembre 1973, alors que prenait fin la dictature de Salazar avec la révolution des oeillets du printemps 1974, ont en commun de disposer de systèmes universitaires historiques et puissants et d’une organisation étatique de l’activité de recherche récente, le ministère de la science du Chili venant d’être posé sur les fonts baptismaux. Les analogies ont leurs limites, les erreurs d’appréciation, à l’étranger, sont légion. Partons du postulat que nous méconnaissons toujours et que le mieux sera de croiser nos réflexions pour nous préparer à ce prochain voyage.

Et enfin, pour regarder l’erreur en face, nous espérons beaucoup du croisement de vos regards, expériences et indulgences avec ceux des auditeurs de l’IHEDN. Parce que dans le monde scientifique comme dans le contexte social, le travail consiste à éviter, éluder, réduire ou corriger les erreurs et leurs effets. La « vulnérabilité de l’action créée l’erreur pratique », affirme la philosophe Sandra Laugier. Que se passe-t-il lorsque l’erreur est réhabilitée ? Cela signifie-t-il que l’on part du constat de vulnérabilité pour construire l’action et la décision ? Nous vous proposons, au-delà de croiser vos regards, de mettre vos imaginations en commun avec les auditeurs de l’IHEDN pour éclairer le chemin. Car, ainsi que le sociologue Albert Ogien nous le dira, « l’erreur est un non-lieu « , « elle de saute pas aux yeux, demande à être découverte, identifiée, évaluée et rendue publique », « il arrive que les verdicts d’erreur soient entourés d’un halo d’incertitude, et pourtant il est difficile de trouver des individus ne sachant ni utiliser le mot erreur, ni en détecter une dans les conditions familières ». « L’erreur pourrait être un concept dont on se sert pour suspendre l’action ». En suspendant l’action, on déclenche une enquête et certainement aussi l’imagination collective. C’est très certainement ce à quoi nous invitera le mathématicien et parlementaire Cédric Villani. Sans les erreurs que deviennent les modèles probabilistes ? Sans les fulgurances et les intuitions, avec le risque d’erreurs qu’elles emportent, pourrions-nous raisonnablement nous abstraire ? Je vous souhaite une session remplie de découvertes

Muriel MAMBRINI-DOUDET
directrice de l’IHEST

Publié le vendredi 6 avril 2018