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Cycle national 2017-2018

Session 2 : L’incertain

18-19 octobre 2017

Aux sources de l’évolution, l’incertain : l’erreur se produit, imprévisible, indécidable, féconde. Est-ce pour cette raison que la question de la formalisation de l’incertain a traversé tout le vingtième siècle1 ? Statisticiens et modélisateurs ont déployé et déploient encore tout un arsenal de maîtrise de l’incertain. Pascal Le Masson, à Arc-et-Senans, nous le rappelait, entre 1940 et 1950, les modèles statistiques de décision dans l’incertain se sont multipliés, constituant le soubassement scientifique des formations en management. Aujourd’hui, on explore le potentiel de nouvelles probabilités, tel le “cerveau Bayesien”2pour décider et agir.

Avec les statistiques, la maîtrise de l’incertain est devenue tellement efficace, la capacité à renouveler le référentiel tellement remarquable, qu’elles en arrivent à masquer leurs limites et leurs effets. Pourtant, ces passages entre les théories statistiques et les théories de la décision pourraient être indicateurs. À bien y regarder, certaines méthodes statistiques sont associées à des types et des ordres politiques. La fascination pour les nombres et leur pouvoir ordonnateur est forte et ancienne3. Elle n’est pas propre aux cultures de l’Occident.

Notre propension à tout ordonner nous entraînerait-elle à régler trop rapidement le sort de l’incertain avec force probabilités ? Lorsqu’une telle question se pose, nous déployons classiquement deux moyens à l’IHEST. Le premier est de suivre et mettre en contraste les pensées des spécialistes. En particulier pour cette session, nous avons demandé à nos orateurs, spécialiste de l’évolution, statisticien, mathématicien explorateurs des limites de leur discipline, de faire aussi état de leurs créations ; elles soulèvent toutes « les ordres ». Le second est de prendre un objet et d’y projeter de multiples regards disciplinaires. Là, il nous fallait un objet fondamentalement porteur d’inconnu et choisir, pour cette session, de faire état de sa condition incertaine : le changement climatique. Cette session regardera l’histoire du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et de ses effets dans les sphères qui « comptent ».

Et de manière toute nouvelle cette année, nous ajoutons un troisième moyen. Il est peut-être de l’ordre de cette troisième voie dont il a été fait état à plusieurs reprises lors de votre session d’intégration à Arc-et-Senans, celle qui est recherchée face à l’incertitude du contexte. Ce moyen, c’est votre sagacité collective. Nous vous confions une mission : « traquer les ordres ».

Muriel MAMBRINI-DOUDET
directrice de l’IHEST

1. Il n’est pas certain, comme nous le verrons dans une prochaine session, qu’il en soit de même au XXIe siècle avec le big data qui induit un nouveau régime d’intelligibilité des données et qui relègue la construction des hypothèses et de la finalité d’usage.
2. La théorie Bayésienne fournit un modèle mathématique de la manière optimale de mener un raisonnement plausible en présence d’incertitudes, Stanislas Dehaene, Cours du Collège de France 2012.
3. Alain Supiot, La gouvernance par les nombres, 2015 Fayard

Publié le mercredi 7 février 2018