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Cycle national 2017-2018

Session 6 : Le Portugal, terre européenne d’innovation les dynamiques de décision

Lisbonne • 5-8 février 2018

Petit pays (88500 km2) situé au bout de la péninsule ibérique, à l’extrême ouest de l’Europe, le Portugal a, à partir du XVe siècle, étendu son territoire grâce à la conquête de terres inconnues sur trois continents. Au XXe siècle, le pays est marqué par les révoltes de son empire colonial devenu trop lourd (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Sao Tomé-et-Principe, Cap-Vert, Timor oriental, Goa, Daman et Diu, Macao), et l’accompagnement de la décolonisation. Il est marqué aussi par l’isolement voulu par le régime autoritaire imposé par António de Oliveira Salazar, président du Conseil des ministres du Portugal de 1932 à 1968, jusqu’à la Révolution des oeillets en 1974. C’est ainsi qu’en 1986, le Portugal est discrètement entré dans la Communauté économique européenne (CEE). La politique européenne a été vite intégrée à toutes les politiques internes du pays. Le Portugal s’est engagé dans de profondes réformes économiques et sociales donnant l’image de « bon élève » au sein de l’Union européenne, favorisant la modernisation rapide du pays, en particulier de ses infrastructures.

Le Portugal a conservé des relations privilégiées avec ses anciennes colonies et oeuvré à valoriser sa situation d’intermédiaire entre l’Europe et le monde lusophone1. Longtemps terre d’émigration vers diverses contrées –en 2005, la diaspora portugaise représentait 50% de la population totale du pays– le Portugal a inversé son flux migratoire pour devenir terre d’accueil. Il a connu de profondes transformations démographiques à partir de la fin de la période dictatoriale et de l’entrée dans l’Europe pour connaître des problématiques démographiques similaires à nombre d’autres pays européens (baisse des naissances, vieillissement de la population).
Dans le domaine de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, l’investissement du Portugal a été multiplié par 3 en 30 ans. Si le pays s’est assurément modernisé grâce à un rattrapage remarquable par rapport aux autres pays européens, il a été freiné dans sa progression par la crise financière de 2011. Ayant intégré le groupe des pays d’excellence en termes de publications scientifiques les plus citées à partir des années 2000, son ambition stratégique de se hisser au niveau des pays en tête de file en termes de recherche, d’enseignement supérieur et d’innovation –celle-là même qui lui a permis de combler son déficit historique dans ces domaines en seulement 30 ans– n’a pour autant pas fléchi, et les signes de la reprise économique s’accumulent depuis plusieurs mois. Le Portugal affiche sa volonté de devenir une terre d’accueil de l’innovation.

Ce voyage de l’IHEST au Portugal s’attachera à saisir les dynamiques de décision qui sous-tendent la structuration récente –et toujours en cours– de l’écosystème de la recherche, de l’enseignement supérieur et de l’innovation, avec ses acteurs, son organisation, son histoire et son ancrage dans ses particularités géopolitiques.

Trois dimensions seront particulièrement étudiées durant de voyage :

La forte dynamique de rattrapage du Portugal à partir de son entrée dans la CEE

La volonté politique, l’impulsion de l’Etat centralisé –au travers des mesures prises pour combler le déficit historique d’organisation de la recherche– les investissements consacrés à l’écosystème de la recherche et de l’enseignement supérieur, mais aussi le défi actuel du Portugal de se propulser au meilleur niveau européen avec notamment le Plan national de la science, de la technologie et de l’innovation 2017-2020, sont autant de points qui seront abordés pour illustrer la dynamique d’engagement du pays et en dégager des particularités en termes de décision et de passage à l’action.

Les hommes et les femmes au cœur des conquêtes de l’inconnu

Que ce soit dans son histoire ancienne, marquée par la conquête de terres lointaines sur plusieurs continents, ou dans son passé plus proche, avec la constitution à partir de la Révolution des oeillets d’une importante diaspora, les hommes et les femmes constituent une force sur laquelle l’Etat portugais investit directement. Avec la crise démographique et le vieillissement de la population, les flux se sont inversés, longtemps terre d’émigration le Portugal est devenu pays d’immigration. Géopolitique, mobilités et diaspora, politique de la jeunesse et softpower portugais feront l’objet d’un intérêt particulier pour illustrer les politiques d’accueil, qu’elles concernent le secteur du tourisme en pleine expansion, ou qu’elles œuvrent à l’attractivité du pays en vue d’accueillir en résidence permanente diverses catégories de personnes ou d’organisations (artistes, étudiants, retraités, industries, start up…). Nous chercherons à approcher le rapport des Portugais avec l’inconnu.

Le domaine stratégique de l’énergie avec l’essor des énergies renouvelables

Nous examinerons, sur le temps long, les jalons qui ont permis au Portugal de devenir l’un des pays les plus en pointe en termes de production des énergies renouvelables. En mai 2016, 100% de la production d’électricité a été assurée par les seules énergies renouvelables (solaire, hydroélectrique et éolienne) pendant plus de quatre jours, prouesse d’ailleurs relevée dans de nombreux articles de la presse française. L’étude de la préparation du Plan E4 de l’énergie dans le contexte des incitations européennes au développement des énergies renouvelables, les choix politiques opérés, les divers types d’acteurs impliqués et les décisions engagées seront l’occasion de plonger au cœur des dynamiques de décision, mais aussi d’éclairer les relations et la mobilité entre les divers groupes d’influence impliqués : scientifiques, politiques, lobbyistes et entrepreneurs. Un éclairage utile pour revisiter les situations dans d’autres pays.

Muriel MAMBRINI-DOUDET

Directrice de l’IHEST

Publié le lundi 12 mars 2018