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Cycle national de formation 2018-2019

Session 1 : de l’élaboration et des usages de la connaissance

24 - 27 septembre 2018 - Saline royale d’Arc-et-Senans • Le Creusot

Séance d’intégration du cycle national 2018-2019

L’inconnaissance, vecteur d’inventivité  : ce titre du cycle 2018-2019, un peu abscons dans sa formulation, nous le reconnaissons volontiers, n’est-il pas provocateur, pour l’IHEST, institut dont la mission est de former par la science des cadres dirigeants et de diffuser ainsi la culture scientifique dans la société ? Car enfin, n’est-il pas admis, n’est-il pas évident que ce soit plutôt la connaissance, donc la science, qui soit vecteur d’inventivité ? En quoi le fait de ne pas connaître conduit-il à l’inventivité ?

Toute l’histoire humaine ne démontre-t-elle pas le contraire, à savoir que l’inventivité naît précisément de l’accumulation des connaissances, puis, génération après génération, de leur remise en question, de leur confrontation à la diversité humaine, à des milliards de cerveaux actifs à des époques différentes, avec des moyens techniques ou technologiques différents, vivant dans des espaces et des civilisations différentes ? A l’opposé, n’est-ce pas l’inconnaissance, ou l’ignorance, le fait de ne pas connaître alors que la connaissance est disponible, mais aussi l’inexistence de connaissance, qui stimule le désir de savoir, de connaître, donc de chercher, de créer, d’inventer ? Comment donc, à partir de l’inconnaissance, et/ou des connaissances déjà accumulées construit-on la connaissance, comment s’élabore-t-elle ? Quels chemins, quelle démarche la recherche suit-elle pour parvenir à la science ? Enfin quels usages fait-on de la connaissance, une fois celle-ci produite ? Mathias Girel posera ainsi les défis de l’ignorance.

Se poser de telles questions est un exercice moins abstrait qu’il ne pourrait sembler dès l’abord. Ainsi, par exemple, nous sommes aujourd’hui confrontés à une déviance du principe de Condorcet, qui voulait que la connaissance préservât les citoyens de toute manipulation et produisît des citoyens éclairés. Deux cents ans après, alors que l’éducation s’est très largement diffusée, une tendance se développe, malheureusement invasive, qui entend placer les opinions au même rang que les faits, les croyances au même niveau que les connaissances. D’autant que, comme le montrera Albert Ogien à propos de la sociologie, «  il n’est pas toujours aisé de récuser les croyances au nom de leur manque de scientificité ». Voilà qui impose que l’on se penche sérieusement sur la conception condorcienne : on assiste aujourd’hui à une tentative de manipulation des citoyens par une manipulation de la connaissance, parce qu’elle est en devenir, et non une vérité révélée. Mais cette question des « fake news » est le haut de l’iceberg. Dans tous les domaines de la société qui demandent la mise en œuvre de politiques publiques : l’éducation, la défense, la santé, l’économie, l’écologie et l’environnement, l’exercice de la démocratie, l’Europe…, l’usage de la connaissance, fondée parfois sur l’ignorance ou une connaissance partielle, se met au service d’objectifs qui sont loin d’être scientifiques et qui finissent par la mettre à mal. Les présentations de Laurent Turpin sur la question du changement climatique aux Etats Unis ou de Sylvie Chevillard sur les rayonnements ionisants fourniront des exemples à l’analyse des auditeurs. Cet usage de la connaissance est pourtant essentiel pour permettre un débat démocratique où les passions s’estompent au profit de la recherche de zones de consensus : nous l’expérimenterons en conviant les auditeurs à participer à une consultation citoyenne pour l’Europe.

Ce débat sur la connaissance, et sur son autre face l’inconnaissance, et sur les conséquences qu’elle entraîne pour la société s’impose. En effet, les progrès fulgurants de la technologie ces vingt dernières années, autour du numérique et de l’intelligence artificielle notamment, invitent les décideurs publics et privés à interroger les modèles économiques et sociaux qui furent ceux du XXe siècle et qui sont encore les nôtres, mais pour combien de temps ? La visite au Creusot proposera assurément quelques réponses aux auditeurs.

L’inconnaissance se tapit donc au cœur de la société de la connaissance. L’appréhender nous invite sans doute à revoir nos postures, à changer de paradigme, à modifier nos visions.C’est précisément le rôle de l’institut que de proposer ces réflexions et ce décentrement. En commençant par le commencement, et par se poser la question de l’élaboration des connaissances et de leur usage par et dans la société. C’est l’objet de ces premières rencontres. Excellente session à tous

Sylvane CASADEMONT
directrice de l’IHEST

Publié le mercredi 26 septembre 2018