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Cycle national de formation 2018-2019

De l’usage du secret : utilité, valeur, danger

Le secret est une connaissance partagée par un nombre restreint de personnes qui la cachent aux autres. C’est donc aussi une inconnaissance intentionnelle.

A partir de cette notion de secret, la session 3 du cycle national 2018-2019 "L’inconnaissance vecteur d’inventivité" a été l’occasion d’aborder aussi bien l’inflation des théories du complot que l’intelligence économique, la géopolitique, la propriété intellectuelle, la science ouverte, les lobbies, la manipulation de l’information que les recherches en cryptologie.

La journée commence avec un rappel historique de l’usage du secret, qui était un art dans la gouvernance au Moyen-Âge. L’historien Jean-Baptiste Santamaria explique comment les princes médiévaux maîtrisaient le secret pour assoir leur pouvoir politique.
En ce qui concerne la science, l’usage du secret permettait de protéger ce savoir des mauvais usages.
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« Que vient faire la science dans la théorie du complot ? »

Pour le journaliste Nicolas Chevassus-au-Louis, elle sert avant tout d’argument d’autorité qui doit permettre de faire face aux défis conspirationniste. En effet, Contrairement aux rumeurs, les théories du complot entendent démontrer leurs énoncés en singeant la méthode scientifique par un raisonnement hypercritique, aisément réfutable sur le plan logique, mais très difficile à contrer en pratique. Il souligne également le développement massif, depuis une quinzaine d’années, des "journaux prédateurs", gratuits et accessibles sur internet, publient des articles, complotistes ou non, sans vérification. C’est un gros dysfonctionnement dans le monde scientifique.

Le secret est également présent dans le monde des entreprises. Philippe Laurier, créateur de l’incubateur ParisTech Entrepreneurs, présente les inégalités de situation de pays et leurs créateurs d’entreprises en matière de préservation du secret.
Un créateur d’entreprise technologique est tiraillé entre l’impératif de faire reconnaître ses qualités différenciatrices, et de protéger un patrimoine dont la captation préluderait à la perte de cette différenciation. Fragilité qu’aggrave une asymétrie de transparence, au détriment des créateurs, notamment dans les pays obligés de s’adresser à des investisseurs ou des prospects étrangers pour espérer grandir, donc obligés de transmettre de l’information à un autre écosystème susceptible au final de le concurrencer.

L’après-midi, organisé en partenariat avec France Brevets, Didier Patry a mis en parallèle la notion de secret avec le droit de la propriété intellectuelle. Historiquement, le secret a été dans le domaine des arts et celui des métiers de l’artisanat, l’un des principaux outils utilisés pour s’assurer un domaine d’activité privilégié et d’exclusivité permettant d’écarter les non-initiés et les concurrents du champ de la connaissance. Il est aussi la raison pour laquelle a pu naitre le droit des brevets dont l’objectif premier fut la divulgation des inventions et la propagation des techniques. Aujourd’hui, la tension entre brevets et secret demeure et les deux véhicules apparaissent comme des choix qui s’opposent

JPEGCalice Becker, maître parfumeur et directrice de l’Ecole de parfumerie Givaudan, est venue témoigner de l’usage du secret et de la non protection des fragrances par le droit. La jurisprudence de la Cour de cassation refuse encore à ce jour d’accorder une quelconque protection à la fragrance composant le parfum en la considérant comme une simple mise en œuvre d’un savoir-faire.
Les secrets du parfum, et de sa composition olfactive ne sont dont pas protégé, la profession se régule grâce à des ententes entre les acteurs ( peu nombreux) du secteur.

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Autre témoignage, celui d’Arnaud de la Fouchardière, directeur de Vitirover, qui propose des robots comme solution alternative à l’utilisation du glyphosate. Robots dont le processus de fabrication doit rester secret, mais une communication importante a été mise en place pour faire connaître cette alternative.

La seconde journée de la session s’est penchée sur le secret à l’épreuve du numérique, et notamment de l’intelligence artificielle, qui selon David Naccache, chercheur en cryptologie, apporte aussi bien à l’attaquant qu’au défenseur des outils nouveaux.

Publié le mardi 20 novembre 2018,
mis à jour le lundi 11 février 2019