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Université d’été 2017

Le débat au microscope

Au cours de ces quatre journées, plusieurs temps de réflexions partagées ont permis aux participants de regarder « le débat au microscope ».

Étonnements et questionnements

• Le débat se trouve le plus souvent à l’intersection de plusieurs dimensions : l’idéologie comme moyen de décider rapidement, la connaissance pour explorer la complexité, la décision pour trancher.

• Incarnant désormais une forme d’expertise reconnue, les parties-prenantes sont aujourd’hui invitées à participer au débat. Pour autant, les questions les concernant restent nombreuses : sont-elles des vectrices d’idéologies ou au contraire les garde-fous permettant de prévenir les idéologies ? Comment renforcer la capacité du citoyen à tenir son rôle ?

• Quelles sont les conditions de la mise en débat ? Le citoyen doit-il participer à la formulation des sujets à soumettre au débat ? Quelle politisation du débat ? Qui doit en être le régulateur ?

• La vie même du débat est aujourd’hui modifiée du fait de la ré-articulation opérée par le numérique entre l’échange présentiel et l’échange à distance. Les plateformes numériques peuvent-elles permettre l’instauration du débat ? Si oui, quelles règles, quelle éthique mettre en place ?

• La dimension du « temps » occupe une place centrale dans le débat : le temps pour créer les conditions du débat, le temps pour accompagner les parties prenantes, le temps pour rencontrer autrui. Aujourd’hui, il n’est pas rare que cette temporalité du débat entre en tension avec d’autres formes de temporalités (celle des médias, celle de la science, celle du politique).

• Comment régler la question du passage à l’échelle ? Comment passer du témoignage permettant d’entrer dans la complexité au débat public plus général ?

• Le débat et ses argumentaires se structurent toujours autour de champs de force, de représentations symboliques, d’opinions. La formation ne suffit pas aujourd’hui à nous arracher à ces champs de force. Comment inscrire dans un logiciel national l’apprentissage du débat ?

• Le terrain, le concret, le témoignage apparaissent aujourd’hui comme autant de points de départ envisageables pour le débat. Contrairement aux principes et aux concepts clivant qui ont tendance à figer le débat, l’expérience partagée et l’étude de cas constituent une excellente porte d’entrée dans la complexité d’un sujet. Elles facilitent le décentrement, ce qui permet de dépasser les premiers affrontements et d’ouvrir la discussion.

• Lorsque l’on envisage les modalités d’instauration du débat public, on se trouve très confrontés à la question de l’espace public dans lequel s’inscrira ce débat. Comment envisager cet espace ? Comment donner corps et vie à ces espaces où le dialogue et l’écoute sont possibles ? Comment est-il possible de produire collectivement de la connaissance et de l’expertise au sein de ces interstices où parviennent à se rencontrer différents publics ?

Place du savoir dans le débat

• Dans le débat, la connaissance peut être envisagée à travers deux angles différents : - La connaissance comme moyen pour comprendre les enjeux du débat. - La connaissance comme matériau donné aux participants pour travailler.

• Pour débattre, il est essentiel de partager une définition de ce qui est vrai, à une époque où l’on a plutôt l’habitude de pratiquer le doute systématique.

• En préalable d’un débat, il est important de partager des savoirs qui ouvrent pour construire une pensée commune et un langage commun. Ces savoirs peuvent renvoyer à des contenus scientifiques mais aussi à des théories sur le débat lui-même.

• Avant de débattre, il est important de partager des connaissances sur la démarche méthodologique employée et sur la manière dont le public se saisit d’une problématique. Il est par exemple essentiel de savoir caractériser les connaissances (de leur associer une valeur) pour savoir quoi en faire.

• Dans le débat, l’imagination joue un rôle central. Qu’elle soit suscitée par une rencontre ou par une mise en situation réelle ou fictionnelle, elle apparaît comme un premier élément de connaissance, un moyen d’ouverture et de projection vers l’avenir, au contraire des principes qui parfois enferment.

• S’il est très positif de raconter des histoires et de partir de l’expérience dans le débat, il est aussi essentiel de ne pas faire l’économie d’un effort d’abstraction.

• Les matériaux de connaissances doivent être variés : ils sont un point de départ au débat, pas un résultat. Ils donnent d’ailleurs plus souvent lieu à des questionnements qu’à des résultats. Se pose de ce fait la question de savoir comment faire converger des connaissances de l’ordre artistique, technique ou relevant de l’expérience personnelle.

• Le débat est un moyen de « faire connaissance » : c’est en dialoguant ensemble, en créant un langage commun dans cet interstice qu’est l’espace du débat que l’on parvient à fabriquer de la connaissance. La connaissance peut en ce sens être considérée comme la « soeur de l’écoute » en ce qu’elle permet de mettre en mouvement vers autre chose.

• Dans le cadre d’une politisation du débat, il est possible d’envisager le droit au débat comme un dispositif de paix.

• Le débat est un décentrement permanent, une itinérance féconde, qui permet d’expliciter des choses que l’on n’aurait pas su dire, de rendre les frontières poreuses, bref de faire bouger les lignes.

• Il n’y a pas une vérité mais des vérités. Si nous avons le droit de questionner la science, nous avons également le devoir de questionner les questionneurs.

Publié le lundi 6 août 2018,
mis à jour le mardi 7 août 2018