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Université européenne d’été 2014

Quand la science entre en politique...

du 08 juillet au 11 juillet 2014

Orientation générale

Cette université cherchera à explorer le lien entre science et société au filtre de l’action politique. La science est-elle une démarche autonome, qui pourrait se politiser un moment et se dépolitiser ensuite ? Ces passages d’un registre à l’autre sont-ils bénéfiques à l’une ou l’autre partie ? Quelle articulation entre compétences des politiques et compétences du champ scientifique et technologique ? Ces compétences, qui sont de nature différente, s’expriment aussi bien dans l’élaboration des politiques publiques, la gestion des risques ou encore l’expertise. Ce sont ces trois domaines qui seront plus spécifiquement étudiés et les jeux d’acteurs qu’ils mettent en œuvre, dans une approche résolument européenne et internationale, les rapports de la science, des communautés scientifiques, des communautés industrielles d’innovation avec les politiques étant souvent différents d’un pays à l’autre.

Vous retrouverez prochainement en ligne les vidéos de cette université d’été dans un dossier consacré à la controverse.

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Présentation UDT 2014

Qu’ils soient énergétiques, climatiques, alimentaires, sanitaires ou environnementaux, la liste des sujets de tension sur lesquels la science et le politique se heurtent comme jamais auparavant n’en finit pas de s’allonger. Si l’on suit les analyses de Bertrand Russell, l’entreprise de la science – à l’origine tendue vers la recherche de la vérité – a été progressivement remplacée par une entreprise d’exercice du pouvoir, devenue dominante, en particulier par ses applications techniques. Le même observe que si on attendait d’elle que la raison remplace un système de croyances irrationnelles, elle conduit aujourd’hui à des doutes et des incertitudes, délicates à gérer pour le politique. Bruno Latour, dans ses travaux sur les science studies, insiste sur ces évolutions, montrant que les enjeux scientifiques recouvrent désormais les enjeux politiques et qu’on ne sait plus les distinguer.

Les défis qui marquent ce début de XXIe siècle sont à la fois technologiques et politiques. Ils sont au cœur des relations science-société et mettent en première ligne la science, alternativement reléguée au banc d’accusée ou parée des plus hautes vertus. Ainsi, si elle suscite une vive défiance lorsqu’elle est convoquée en faveur des OGM, du nucléaire, des pesticides ou des ondes électromagnétiques, c’est d’elle aussi qu’on attend une alimentation saine pour tous, le traitement des maladies ou des télécommunications rapides et accessibles à tous. Tout se passe donc comme si la science était à la fois cause des crises et seul recours pour en sortir.

Comment la science entre-t-elle en politique ? Est-elle capable de se politiser puis de se dépolitiser ? Si oui, ces allers retours entre la sphère scientifique et la sphère publique sont-ils objet de conflits ou de synergies ? Que nous apprennent les controverses sociotechniques, mais aussi les controverses proprement scientifiques, sur les rapports entre science et politique ?
C’est essentiellement dans le cadre de l’élaboration des politiques publiques de toute nature, incluant la recherche et l’innovation, et de la gestion des risques que se déploient ces échanges et se concrétisent les décisions. Comment le politique évalue-t-il le progrès scientifique, et avec quels acteurs ? L’engagement actuel en faveur de l’innovation influence-t-il les relations entre la science et le politique ? Les débats publics, témoins de la vie démocratique, sont au cœur de ces interactions, mais de nouveaux lieux apparaissent dans lesquels se discute aussi la décision. Comment les jeux d’acteurs se réorganisent-ils ? Comment la décision politique se jouera-t-elle à l’avenir ?

Les situations varient d’un pays à un autre, marquées par des contextes culturels et sociaux différents au sein même de l’Europe comme à l’international. Pour autant des synergies scientifiques émergent au plan mondial et dépassent les singularités nationales. Quelles leçons tirer des différentes expériences nationales et internationales ? A quels niveaux décision scientifique et décision politique doivent-elles s’articuler ?

Au cœur de ces échanges intervient un acteur particulier au statut ambigu : l’expert, ni chercheur en sciences, ni politicien. Historiquement, c’est vers lui que le politique se tourne pour gérer le développement de la technique et du progrès scientifique, mais aussi le contrôler. Si l’expertise paraît indispensable à une prise de décision éclairée, comment comprendre qu’elle paraisse de plus en plus disqualifiée ? Dans nos sociétés fondées sur la connaissance, comment comprendre que l’expert ait de plus en plus de mal à convaincre ?

L’expert est par ailleurs souvent confronté au juriste. Dans La science et le débat public, Rafael Encinas de Munagorri rappelle que les experts font partie intégrante du débat public, ne pouvant être réduits ni à des porte-parole de la science, ni à des incubateurs scientifiques du droit. Entre les domaines juridique et scientifique, l’expertise, ajoute-t-il, tisse des liens qui se nouent parfois de manière fort concrète entre spécialistes, l’association entre un juriste et un scientifique pouvant aboutir, notamment aux États-Unis, à un tandem redoutable. De multiples questions se posent quant au statut de l’expertise, qu’il s’agisse de ses différentes définitions, de son articulation avec le droit et la décision politique, de sa temporalité ou même de la responsabilité de l’expert.

L’expertise s’inscrit, comme toute activité, dans des contextes économiques et culturels et se définit différemment en France, aux États-Unis dans l’Union européenne, ou encore en Chine. Or derrière l’expertise se joue la confrontation des normativités et l’élaboration des normes, enjeu majeur pour le développement économique au cœur de la mondialisation. Se joue aussi la place des sciences et des technologies dans le débat public. Si l’expertise scientifique est remise en cause, c’est sans doute qu’elle parait trop univoque et soumise à des conflits d’intérêts. On voit alors émerger de « nouveaux experts » issus de la société civile et qui prennent une place croissante dans le débat public.

Face à leur compétence en matière de gestion des risques et les responsabilités qu’elle implique, de plus dans une période de controverses, de crises, marquées par les débats sur les valeurs et la mise en politique de la science, force est de constater que les élus sont particulièrement démunis. Comment mieux répondre à leurs attentes ? Peut-on concilier le temps long de la science avec les temps de l’innovation, de l’économie et du politique ? Quelle éthique peut-on assumer collectivement ? Quels regards les entreprises, les institutions de recherche, les relais d’opinion, les juristes, les élus portent-ils sur ces enjeux ? Telles sont quelques-unes des questions qui animeront l’université européenne d’été 2014.

Marie-Françoise CHEVALLIER-LE GUYADER
directrice de l’IHEST

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Conseil scientifique de l’université d’été :

Sous la présidence de Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader, IHEST

Bruno Bachimont, UTC
Yannick Barthe, CNRS, EHESS
Jean-Michel Besnier, Université Paris Sorbonne
Patrick Gaudray, Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé
Mathias Girel, Ecole normale supérieure, Paris
Pierre-Benoit Joly, INRA IFRIS
Étienne Klein, CEA
Laura Maxim, ISCC, CNRS
Laurent Neyret, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines
Pierre Toulhoat, INERIS
Heinz Wismann, EHESS

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Avec le soutien du PEPS « Leçons de la controverse » (MI CNRS /ISCC, porteur M. GIREL, ENS Ulm République des Savoirs, USR3608)

lundi 13 janvier 2014, par HUCHERY Mélissa