Accueil > Les Formations > L’université d’été > Précédentes universités > 2010 Le débat public > Université d’été 2010 : pourquoi certains objets scientifiques entrent-ils dans (...)

Enregistrer au format PDF
Quelle place pour la science dans le débat public ?

Université d’été 2010 : pourquoi certains objets scientifiques entrent-ils dans le débat public ?

Michel Griffon

Université européenne d’été
Quelle place pour la science dans le débat public ?
25-29 août 2010 - Arc-et-Senans
COMPTE RENDU



III. La confrontation démocratique et la structuration des débats sur les sciences
III.2. Pourquoi certains objets scientifiques entrent-ils dans le débat public ?

Michel Griffon observe qu’après les Trente Glorieuses, période au cours de laquelle la recherche et la technologie ont bénéficié d’une image favorable, une ombre a été jetée sur la science par un chapelet d’affaires qui ont provoqué des débats publics. Pourquoi les objets scientifiques font-ils débat ? Dans les faits, les débats portent peu sur la science, mais sur les objets technologiques qui ont envahi le quotidien. Qu’entend-on par ailleurs par débat public ? S’agit-il du dialogue entre scientifiques devant un public ? De la publicité donnée au débat ? Des oppositions médiatisées d’un certain nombre de points de vue de scientifiques ? Faut-il y inclure les actions hors la loi ? Est-ce le débat public institutionnel ? Est-ce les institutions du débat, comme la commission nationale du débat public ? S’agit-il d’un débat qui porte sur la science, l’éthique, le politique ou l’économique ?

Pour répondre à ces questions, M. Griffon identifie et analyse plusieurs affaires qui ont émaillé l’histoire récente : nitrates dans les petits pots de bébé ; huile de colza transgénique ; PVC des bouteilles plastiques ; sang contaminé ; nucléaire ; pesticides ; nanotechnologies ; vaccination ; réchauffement climatique ; viande issue d’animaux clonés ; fauchage de tournesols obtenus par mutagenèse ; saumon OGM. Dans tous ces cas, la science et la technologie sont mis en cause, qu’il s’agisse de la recherche publique ou de la recherche privée.

Comment tirer de tous ces cas des éléments explicatifs génériques ? Pour y répondre, M. Griffon analyse le cas des OGM, dont il rappelle l’historique, de 1960, année de la découvert du code génétique, jusqu’en 2010, année de la destruction de plantes non OGM obtenues par mutagenèse. Quant au débat sur les OGM, il se caractérise par une préférence pour les extrêmes plutôt que le choix du débat raisonnable, choix qui aboutit au blocage perpétuel, Dans tous les cas, on assiste à une amplification médiatique, une théâtralisation qui tient beaucoup de la tragédie classique.

Dès lors, pourquoi des débats de société ? On peut affirmer sans se tromper que la liste des applications scientifiques et techniques va s’allonger considérablement. Tous les grands pays de l’OCDE sont en train de consacrer des budgets conséquents à la science et la technologie. Dans le même temps, les peurs suscitent le débat, donc les retards. De surcroit, un tel mécanisme crée un éthos de la méfiance et de la défiance, lequel va renforcer un mécanisme de production de conflictualité. Les mécanismes à l’œuvre minent la confiance : distanciation entre les citoyens et l’ensemble du système ; anonymisation des produits ; disparition des liens de solidarité ; virtualisation des circuits de l’argent ; distance vis-à-vis de la connaissance et de la technologie.

Bref, la science et la technologie avancent de plus en plus vite, plus vite que les capacités de la société à les comprendre et les intégrer. Des événements technologiques fâcheux renforcent la méfiance, sans compter les forces irrationnelles, la préférence pour le conflit, l’émotion ou la dénonciation radicale à l’œuvre. Ce nouveau contexte exige de promouvoir l’éthique, le débat, la critique raisonnable dans la science elle-même, orientations que l’ANR prend en compte, en incitant chaque scientifique qui présente un projet à s’interroger sur ces questions. Comment constituer une éthique de la confiance ? L’ANR entend organiser un séminaire national avec ses partenaires sur cette problématique, et consacrer un budget pour la production audiovisuelle, en lien avec les chaînes éducatives, pour créer une production massive d’information scientifique à destination du monde scolaire. Enfin, l’Agence demande systématiquement à tous les projets qu’elle finance d’établir une fiche sur leur utilité ou leur nocivité pour la société.


jeudi 7 avril 2011, par Olivier Dargouge