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Etats-Unis

Les relations science/société aux Etats-Unis

Deux déclarations du Président Obama témoignent de la place de la science dans la société américaine. En avril 2009, il expliquait : « Science is more essential for our prosperity, our security, our health, our environment, and our quality of life than it has never been before ». Cette prééminence de la science était confirmée en janvier 2011 : « Maintaining our leadership in research and technology is crucial to America’s success. But if we want to win the future – if we want innovation to produce jobs in America and not overseas – then we also have to win the race to educate our kids. » La science étant essentielle pour assurer la prospérité future des États-Unis, comment le gouvernement promeut-il sa diffusion dans la société américaine ? Comment la société américaine participe-t-elle à la stratégie nationale en matière de recherche et d’innovation ? Plus globalement, comment appréhende-t-elle la science et s’implique-t-elle dans les débats soulevés par les sciences et les technologies ?

Citoyens et sciences : priorité à l’éducation aux sciences

L’enseignement des sciences constitue un enjeu de société pour les États-Unis. La résolution des grands problèmes mondiaux (la faim, l’énergie, la santé) comme les évolutions technologiques requièrent des personnels techniques et scientifiques qualifiés mais également des citoyens aptes à comprendre et suivre ces transformations majeures pour la société. L’intérêt accru pour l’enseignement des sciences est également lié aux nouveaux enjeux d’une compétitivité mondiale.

Les performances du système éducatif américain se sont dégradées au point que les États-Unis n’occupent plus que le 9e rang (contre le 1er auparavant) des pays de l’OCDE en matière d’accès à l’enseignement supérieur. Confirmant cette dégradation, le rapport PISA 2009 de l’OCDE plaçait les États-Unis en 24e position en matière d’enseignement des mathématiques et en 21e position concernant l’enseignement des sciences. Pour remédier à cette détérioration mais aussi répondre aux défis du XXIe siècle, le gouvernement fédéral a lancé de nombreuses initiatives en faveur de l’éducation en général et de l’enseignement des STEM (Sciences, Technology, Engineering and Mathematic) en particulier. Ces initiatives s’appuient sur deux rapports de l’Académie nationale des Sciences : Amener les sciences à l’école (2007) et Apprendre les sciences dans des environnements informels (2009).

Dès 2009, le président Obama fait de l’enseignement des sciences une priorité. L’objectif est d’accroitre de 50 % à l’horizon 2020 le nombre annuel de diplômés de l’enseignement supérieur mais aussi d’élever le niveau de qualification de toute la population en agissant au niveau de l’enseignement primaire et secondaire (recrutement de 100 000 professeurs en STEM d’ici 2020, adoption par les États de standards communs en matière d’éducation – programme Race to the Top, partenariats publics/privés pour définir les modalités d’un enseignement de l’innovation – programme Educate to Innovate). Comme le souligne Joan Ferrini-Mundy (Perspectives américaines dans Partager la science– L’illettrisme scientifique en question), quatre voies sont explorées pour permettre aux jeunes générations de progresser dans la maîtrise des sciences :

  • mieux former les enseignants ;
  • soutenir les recherches sur l’apprentissage des sciences ;
  • encourager une plus fréquente évaluation des matières scientifiques ;
  • élaborer des normes.

Démocratiser la science et les technologies : la formation du public et des scientifiques

Comment favoriser l’acceptation par la société des découvertes scientifiques et des innovations ? La question pourrait sembler ne pas se poser aux États-Unis. En effet, comme le souligne Jameson Wetmore, professeur à l’ASU, « les américains ne croient guère au principe de précaution et abordent favorablement les technologies émergentes ; ils apprécient le changement jusqu’à ce que quelque chose aille mal ». Si le public américain ne joue pas le rôle de lanceur d’alertes quant aux éventuels risques liés aux nouvelles technologies, les industriels, en revanche, se tiennent prêts à traiter tout problème potentiel. Dans le cas des nanotechnologies, ce sont eux qui ont appelé de leurs vœux et initié la mise en place d’un cadre réglementaire, meilleure arme à leurs yeux pour se défendre en cas de mise en cause de leur responsabilité (Aider les scientifiques et le public à réfléchir aux implications d’ensemble des nanotechnologies – La Science et le débat public).

Cette attitude « préventive » des industriels ne doit pas pour autant dispenser de former le public afin de lui permettre de comprendre les enjeux des controverses et les risques auxquels les technologies l’exposent. Mark B. Brown, professeur à la California State University, explique ainsi qu’il est nécessaire « de renforcer la légitimité des avis scientifiques par une meilleure participation du public, par une démocratisation de la science ». Comment mettre en œuvre cette démocratisation ? A une démocratie participative ou délibérative en matière de sciences et de technologie, Mark B. Brown pense nécessaire de privilégier une démocratie représentative, étant entendu que cette dernière doit comporter les dimensions de « participation, délibération, délégation, responsabilité et ressemblance » ( Comment les scientifiques représentent-ils les citoyens dans les débats publics ? – La Science et le débat public).

Les initiatives lancées par le Center for Nanotechnology in Society illustrent cette volonté de démocratiser la science appliquée au cas des nanotechnologies. Organisation d’une conférence de consensus, formation des scientifiques à la réflexion sur les implications de leurs recherches, incitation des scientifiques à présenter leurs recherches au grand public dans des musées, organisation de rencontres entre scientifiques et décideurs : autant d’actions qui visent à permettre au public et aux scientifiques de mieux comprendre les implications sociales de la science et des technologies et ainsi de pouvoir participer aux décisions et aux orientations en la matière.

Participation de la société civile à la gouvernance de la science : la place des think tank

Aux États-Unis, les think tank jouent un rôle majeur dans la définition de la politique scientifique et technologique américaine.
Parmi les principaux think tank spécialisés dans les domaines scientifiques et technologiques, on trouve l’American Association for the Advancement of Science, le Consortium for Science, Policy, and Outcomes, le National Research Council et l’Union of Concerned Scientists. Ils exercent une influence plus ou moins directe sur l’orientation de la politique scientifique et technologique américaine. Les moyens qu’ils utilisent pour disséminer le produit de leur analyse sont extrêmement variés et visent soit à atteindre directement les décideurs politiques (rapport, conseil, lobbying, témoignages, organisation de débats et de discussions), soit à cheminer dans la société civile (médias, opinion publique, professeurs, étudiants).

Créationnisme et Intelligent Design : de la fausse controverse à la définition juridique de la science

Le créationnisme et l’Intelligent Design se présentent comme des théories alternatives à la théorie de l’évolution. Bénéficiant d’une certaine audience aux États-Unis, les tenants de ces mouvements ont à plusieurs reprises tenter d’imposer l’enseignement de leurs théories à l’école au même titre que la théorie de l’évolution. Mettant en place une véritable stratégie du doute, les penseurs de l’Intelligent Design ont voulu infléchir la définition même de la science et de l’explication scientifique.

Leurs principaux arguments visent en effet à remettre en question le caractère scientifique de la théorie de l’évolution :

  • elle ne serait qu’une théorie et pas un fait ;
  • elle ne rendrait pas entièrement compte de la complexité irréductible des êtres vivants ;
  • elle serait scientifiquement controversée, d’où la nécessité d’enseigner la controverse et donc les théories alternatives.

Les tentatives d’imposer l’enseignement de leur théorie ont donné lieu à de célèbres procès, qui, s’ils ont conclu à l’ineptie des thèses créationnistes, ont surtout conduit le droit à établir une démarcation entre la science et la non science et ainsi abouti à une définition juridique de la science.

Post et transhumanisme : des marqueurs de la fascination pour la technologie

Les mouvements post et transhumanistes entendent en finir avec le corps qui enferme l’humanité dans des limites jugées trop étroites. Qu’il s’agisse simplement d’augmenter les performances de l’homme ou plus radicalement de promouvoir son successeur (la Singularité), ces mouvements tirent leur origine des NBIC, le programme américain de convergence des nanosciences, des biotechnologies et des sciences de l’information et de la cognition. Pour le philosophe Jean-Michel Besnier, ces mouvements s’adossent à une culture de l’émergence qui a pour toile de fond une fatigue d’être soi. Il explique leur succès par le fait qu’ils endossent des valeurs de croissance illimitée et de compétitivité considérées comme source de toute prospérité. « Ces mouvements transhumanistes répercutent naturellement la fascination pour l’innovation technologique considérée comme le moteur même de cette prospérité ».

On peut toutefois se demander à qui profiteront réellement ces innovations. En effet, Jameson Wetmore, professeur à l’ASU, rappelle que les conclusions d’une conférence de consensus sur les nanotechnologies, organisée dans 6 villes des États-Unis, ont pointé le problème de l’équité dans les traitements destinés à améliorer ou augmenter le corps humain (voir Aider les scientifiques et le public à réfléchir aux implications d’ensemble des nanotechnologies – La Science et le débat public).

Cette question n’empêche pas le développement des mouvements post et transhumanistes aux États-Unis, comme en témoigne la création en 2009 de la Singularity University, basée sur le site de NASA Ames et visitée par les auditeurs de l’IHEST. Fondée par Ray Kurzweil et Peter Diamandis, elle entend dispenser des formations courtes, de pointe, à destination de graduate students et de cadres. Elle compte parmi ses partenaires Google, la Xprize foundation et l’International Space university (basée à Strasbourg).

Pour approfondir cette question, voir L’homme simplifié


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Pour en savoir plus

Carnet du voyage d’études aux États-Unis (2009) :
PDF - 49.2 ko
Les relations science/société aux Etats-Unis : quels débats publics ? Quelle place pour les think-tanks ?
PDF - 50.4 ko
Compétition, coopération et confiance dans la recherche et l’innovation : quelles règles ?
Carnet du voyage d’études à Montréal et Chicago (2011) :
PDF - 61.5 ko
Science, éducation et société : une initiative en cours aux États-Unis
PDF - 58.9 ko
De l’étudiant à l’entrepreneur, une culture nord-américaine ?

Paroles de Chercheurs :
L’homme simplifié de Jean-Michel Besnier

Rapport de la Mission pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France aux Etats-Unis

Think Tanks - ONGs dans le domaine de l’Environnement aux États-Unis (01/11/2010)
La formation des enseignants en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques au primaire et au secondaire : un enjeu capital pour les États-Unis (01/05/2009)
Le rôle des think tanks dans la définition de la politique scientifique et technologique aux États-Unis (22/01/2008)]
Stratégie gouvernementale en matière d’éducation aux sciences

jeudi 9 janvier 2014, par HUCHERY Mélissa


Mots clés : États-Unis