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Etats-Unis

L’Enseignement supérieur

En 2010, les États-Unis ont consacré 7,3 % de leur PIB à l’éducation, dont 2,8 % pour l’enseignement supérieur (quand la moyenne des pays de l’OCDE s’élève à 1,6 %). En 2011, ils accueillaient 16,5 % des étudiants en mobilité internationale, se plaçant ainsi comme le premier pays d’accueil devant le Royaume-Uni. Quant aux prestigieuses universités américaines, elles occupent les quatre premières places du classement de Shanghai (en 2012, sur les 10 premières universités, 8 sont américaines). Quelles sont les caractéristiques et les spécificités du système d’enseignement supérieur américain qui permettent d’expliquer de tels résultats ? Quelles sont ses zones d’ombres ?

Les caractéristiques du système américain

Le système d’enseignement supérieur américain se caractérise par une très grande diversité, une forte logique d’autorégulation, un degré élevé de décentralisation et une large autonomie des établissements.
Parce qu’ils sont autonomes et que leur mode de financement ne dépend que partiellement des subventions publiques, les établissements ont une forte interaction avec le monde des entreprises. Cette étroite relation entre universités et entreprises s’exerce tant en termes d’échanges financiers que de production, de transfert et de valorisation de la connaissance. On note également une importante mobilité des acteurs (étudiants, professeurs, chercheurs) entre les structures d’enseignement et de recherche et les entreprises.

La gouvernance

En l’absence de lois nationales spécifiques à l’éducation, la création et la reconnaissance des établissements et des diplômes comme le statut des étudiants ne relèvent pas de l’État fédéral.
Si le ministre de l’Éducation a pour mission d’assurer l’égalité dans l’accès à l’enseignement et de promouvoir l’excellence académique, c’est au niveau des États que la politique d’éducation est prise en charge. Bien que géré par différentes strates indépendantes (État fédéral, États, comtés, municipalités, universités), le système d’enseignement reste cohérent car porté par des objectifs communs : éthique, qualité, excellence, société, professionnalisation.

Les acteurs du monde de l’éducation sont nombreux et jouent chacun un rôle défini :

  • l’État fédéral, à travers la National Science Foundation, définit la stratégie et les grandes orientations ; à titre d’exemple, la NSF a lancé en 2010 le programme «  Preparing the Next Generation of STEM (Science, Technology, Engineering and mathematics) Innovators : identifying and developing our nation’s Human Capital » pour soutenir le mouvement de formation d’innovateurs et d’entrepreneurs ;
  • le comté est en charge de l’école et du collège ;
  • les États interviennent au niveau des universités. Parmi les acteurs du monde de l’éducation, il faut également citer les fondations qui financent pour moitié les institutions d’enseignement supérieur et les think tank qui nourrissent une réflexion en amont et font le lien avec le monde politique.

Les modes de financement

Le financement des études supérieures dépend des établissements :

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Il provient :

  • des frais d’inscriptions payés par les étudiants ; ils ont augmenté de plus de 30 % ces 10 dernières années ;
  • de subventions des États (en décroissance régulière) ;
  • de fonds locaux (subventions municipales, donations privées) ;
  • des contrats de recherche et des contrats avec l’industrie ;
  • du support fédéral en faveur de l’éducation qui n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies. 72 % des étudiants reçoivent une aide pour le financement de leurs études. Ces aides proviennent soit de l’État fédéral (bourses, prêts, fédéral work-study, déductions d’impôts), soit des États, des acteurs privés et des établissements (bourses, prêts non fédéraux). L’aide fédérale représente près de 65 % du total des aides accordées aux étudiants. Malgré son importance, le support du gouvernement fédéral ne couvre pas l’augmentation du coût des études. Ainsi, la part restant à la charge des étudiants a augmenté de 20 % en 10 ans.

Les différents établissements de formation

Les instituts de formation peuvent être catégorisés selon deux critères principaux :

  • leur statut (public, privé à but non lucratif, privé à but lucratif) ;
  • le plus haut niveau de diplôme qu’ils délivrent. Concernant les études « undergraduate », les community colleges délivrent des diplômes bac +2 (associate degree) et les colleges des bachelor of Art ou des bachelor of Science (bac +4). Les études graduate (research ou professional master’s – Bachelor +2, PhD – Bachelor +5) sont proposées par les universités.

Toutes les institutions privées et la plupart des institutions publiques ont le statut de corporations. Elles sont donc indépendantes et gèrent elles-mêmes les questions académiques, administratives, de recherche de fonds et de relations publiques.
Les établissements de formation ne délivrent pas de diplômes nationaux mais des diplômes accrédités par des sociétés d’accréditation, elles-mêmes labellisées par le ministère de l’éducation.
Ces agences d’accréditation sont soit régionales (les plus prestigieuses), soit nationales, soit spécialisées.

Les universités

Les différents types d’universités
Les universités américaines sont divisées en :

  • grandes universités, dites de recherche (celles que l’on retrouve dans le classement de Shanghai et qui représentent moins de 10 % des 4200 établissements d’enseignement supérieur américains) ;
  • universités publiques bénéficiant d’un financement significatif des États fédérés ;
  • universités privées qui bénéficient néanmoins d’importants crédits de recherche de l’État fédéral ou de bourses.

Les instituts de technologies (pour la plupart privés) sont semblables aux universités mais se consacrent essentiellement à l’étude des sciences et de la technologie.

Les facteurs d’attractivité des universités américaines
Chaque université a la volonté d’atteindre l’excellence et donc de disposer des meilleurs professeurs, des meilleurs étudiants et des meilleures méthodes d’enseignement. Pour attirer les meilleurs, elles mettent en œuvre un projet d’établissement construit à partir des idées et des souhaits des chercheurs. Elles accordent une large autonomie aux enseignants dans le choix de leurs travaux de recherche et de leur enseignement. Elles font preuve d’une exigence sans faille sur la qualité de l’enseignement et des diplômes décernés. Elles offrent des moyens pour l’enseignement et la recherche mais aussi pour la création de start-up.

Les partenariats universités - entreprises
Les centres de recherche des universités sont toujours en quête de financements et trouvent des partenaires dans les entreprises qui investissent lourdement dans la R&D. A titre d’exemple, le MIT a mis en place des transferts de technologies avec divers groupes industriels.
Les universités, notamment celles dotées d’une business school ou proposant des études de commerce, réussissent à créer des partenariats nombreux et à long terme avec le secteur privé. Les meilleurs étudiants choisissent souvent leur université en fonction des liens solides qu’elle a su établir avec le milieu des affaires.

Quelques éclairages sur les universités visitées par les auditeurs de l’IHEST

Université de Berkeley

Occupant le 3e rang du classement de Shanghai, l’université de Berkeley est une université publique dont la stratégie s’organise autour de la sélection des étudiants et du recrutement des professeurs. Les étudiants, aux origines familiales et socio-professionnelles très diverses, sont sélectionnés en fonction de leur capacité à surmonter les obstacles. Quant aux professeurs, ils sont embauchés très jeunes et s’engagent pour l’excellence des étudiants. La recherche menée à Berkeley est financée essentiellement par des fonds fédéraux même si la part de financement par l’industrie tend à augmenter. Berkeley rayonne au niveau international puisqu’elle attire des étudiants du monde entier qui viennent y effectuer un doctorat ou un stage post-doctoral et essaiment dans la Silicon Valley (30 % des compagnies qui se créent dans la Silicon Valley viennent de Berkeley).

Université de Stanford

Au 2e rang du classement de Shanghai, l’université de Stanford s’inscrit dans un écosystème régional (Palo Alto, Silicon Valley) propice à la valorisation de la recherche et à l’innovation. La réussite de cet écosystème repose sur l’interactivité des acteurs, la mobilité entre les univers publics et privés, la communication ouverte et le dialogue permanent mais aussi sur des facteurs culturels et sur la qualité de vie du territoire (infrastructures, enseignement, santé, etc.). Les étudiants contribuent à l’innovation dès leur entrée dans l’enseignement supérieur.

Arizona State University

Créée en 1958, l’ASU occupe la 79e place du classement de Shanghai 2013 et fait partie des 50 premières universités américaines. Son budget annuel s’élève à 2 milliards de dollars dont 25 % proviennent de l’État d’Arizona. L’ASU est animée par la volonté de développer l’accès à l’enseignement supérieur de qualité pour tous dans un État où vivent de nombreuses minorités (voir Vers une nouvelle université avec Michael Crow, président de l’ASU). Elle accueille les étudiants qui le souhaitent en proposant de nouvelles méthodes pédagogiques fondées sur la pluridisciplinarité et en favorisant la créativité des étudiants autant que leur esprit analytique. Les frontières des champs d’études sont redéfinies, intégrant dans un même département des disciplines autrefois séparées. Cette mobilité disciplinaire facilite le transfert technologique. La recherche menée au sein de l’ASU doit viser des fins utilement applicables pouvant apporter des solutions aux problèmes les plus pressants auxquels la société est confrontée.
L’ASU cherche donc à établir un nouveau paradigme d’enseignement supérieur public fondé sur l’excellence universitaire, un accès et une inclusion démographique aussi large que possible, un impact maximum au plan sociétal, économique et écologique grâce à une recherche axée sur la résolution de problèmes complexes répondant aux besoins et aux attentes de la société.

Université de Phoenix

Fondée en 1976, cette université privée est tournée vers l’enseignement numérique car elle entend offrir un accès à l’enseignement supérieur à toutes les personnes qui le souhaitent, notamment celles déjà sur le marché du travail. L’université de Phoenix innove et profite des possibilités offertes par les nouvelles technologies : cours en ligne depuis 1989, cours dématérialisés depuis 2000, bibliothèque numérique en libre accès pour ses étudiants. Son ambition est de développer un enseignement supérieur de masse tout en maintenant un haut niveau de service. Ce modèle, qui n’entre pas en compétition avec les grandes universités « classiques », constitue un puissant levier de démocratisation de l’accès au savoir.

Université de Chicago

Cette université très focalisée occupe le 8e rang aux USA et le 9e dans le classement de Shanghai. Elle se compose de 4 départements (humanités, sciences sociales, biologie et physique), 6 écoles professionnelles auxquels s’ajoutent 2 laboratoires du département de l’énergie (DOE). Elle accueille 15 000 étudiants et son budget annuel s’élève à 2,6 milliards d’euros de budget. Les valeurs qu’elle promeut sont la rigueur, l’intensité du travail et la discussion afin de développer l’esprit critique de ses étudiants.

Illinois Institute of Technology

Cette école internationale, dont les mots d’ordre sont excellence, éducation centrée sur la technologie, entrepreneuriat et éthique, met en œuvre des dispositifs pédagogiques originaux comme par exemple le travail des étudiants en groupe avec un industriel. L’IIT soutient également les entrepreneurs, comme en témoigne la construction d’un incubateur au sein de l’University Technology park.

Les enseignants chercheurs

La gestion des ressources humaines des structures d’enseignement supérieur et de recherche est très compétitive, d’où l’importance accordée à l’excellence de la recherche. Les universités s’efforcent d’attirer les meilleurs professeurs (quelle que soit leur nationalité) en mettant en œuvre un processus de sélection très sévère : après une sélection sur dossier puis un entretien avec quelques professeurs du département, les candidats doivent donner une conférence devant les professeurs et les étudiants.
Au terme de ce processus de recrutement, le candidat se voit offrir un contrat d’un an (renouvelable ou non) ou de plus longue durée (tenure track) qui mène normalement au bout de 7 ans à la titularisation (associate professor). Il faudra encore quelques années à l’associate professor pour devenir full professor, poste le plus élevé.
Si les professeurs jouissent d’une grande autonomie et sont libres de construire leurs enseignements, ils sont constamment évalués sur la quantité et la qualité de leurs travaux de recherche et de leurs publications, leurs qualités d’enseignant et leur implication dans la vie universitaire. L’enseignant chercheur doit en outre obtenir l’essentiel du financement de ses recherches.
Le processus de recrutement puis d’évaluation continue vise à s’assurer du haut niveau de performance des enseignants chercheurs.
Les universités de recherche les plus prestigieuses cherchent à attirer les professeurs les plus reconnus en leur offrant des salaires très élevés et en créant des chaires dotées de fonds propres offrant des conditions de travail exceptionnelles.

Les étudiants

En 2009, les États-Unis comptaient 19,6 millions d’étudiants répartis dans 4182 établissements d’enseignement supérieur (39,3 % dans les universités publiques, 35,5 % dans les community colleges publics et 23,5% dans les universités privées).

Caractéristiques de l’étudiant américain
L’étudiant américain est formé pour surmonter les problèmes par une méthode de « renforcement positif » ; il est autonome, acteur de sa formation (c’est lui qui définit son cursus en choisissant ses matières) et travaille dans le « pratique » (lien avec la recherche, mise en situation de créer). Des programmes (par exemple l’Interprofessionnal Projects Programm mis en place depuis 1995 par l’IIT au sein de la « Boutique à idées ») visent à promouvoir leur créativité et à les initier à la pluridisciplinarité tout en complétant leur enseignement. Ce type de programme positionne les cursus universitaires dans la continuité de la carrière. Ce continuum précocement établi entre l’étudiant, le chercheur et l’entrepreneur permet une insertion plus efficace de l’étudiant dans la vie professionnelle.

Relation étudiants-professeurs
Il s’agit d’une relation :

  • symétrique dans laquelle les étudiants sont responsables de leur apprentissage et sont guidés plutôt que sanctionnés par le corps professoral ;
  • de professionnel à professionnel où l’étudiant est un professionnel en devenir mis en situation professionnelle à travers l’association du monde économique et de l’université pendant la formation.

Attractivité internationale
Les États-Unis constituent le premier pays d’accueil des étudiants internationaux avec 690 923 étudiants enregistrés en 2009-2010 (augmentation de 3 % par rapport à l’année précédente). Cette attractivité s’explique par un recrutement plus actif, une réputation et une visibilité grandissante à l’étranger et un accroissement des partenariats d’échanges ainsi que de la coopération scientifique.
Les doctorants étrangers représentent aujourd’hui un tiers du total (contre un cinquième il y a vingt ans) et leur désir de rester aux États-Unis s’est accru pour atteindre près de quatre cinquièmes d’intentions positives.

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Pour en savoir plus

Carnet du voyage d’études aux États-Unis (2009) :
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L’exercice de la recherche en Californie et en Arizona : quelles spécificités ?
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Actualité des facteurs de créativité en Californie : mobilité, éducation ?
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L’enseignement supérieur en Arizona, cas de l’Arizona State University et de l’University of Phoenix
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L’enseignement supérieur dans le monde numérique : diversité des statuts, modes opératoires
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Comment la Californie et l’Arizona préparent-ils l’après crise ? Quel investissement dans la recherche, l’enseignement supérieur et l’innovation ?
Carnet du voyage d’études à Montréal et Chicago (2011) :
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Chicago, ville créative
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Les institutions de recherche et d’enseignement supérieur : spécificités et
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De l’étudiant à l’entrepreneur, une culture nord-américaine ?
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Science, éducation et société : une initiative en cours aux États-Unis
Rapport de la Mission pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France aux États-Unis – L’enseignement supérieur aux États-Unis (04/03/2011)
Regard sur l’éducation 2013 – Les indicateurs de l’OCDE

jeudi 9 janvier 2014, par HUCHERY Mélissa