Accueil > La Médiathèque > International > CHINE > Les ressources en eau en Chine face aux changements climatiques > L’effet des changements climatiques sur les ressources en eau

Enregistrer au format PDF

Les ressources en eau en Chine face aux changements climatiques

L’effet des changements climatiques sur les ressources en eau

Comment peut-on prévoir l’évolution du climat au XXIe siècle ?

En gros, le climat résulte d’une part de l’humidité et de la température locale et, d’autre part, des écarts de température entre différentes zones géographiques (principalement entre l’équateur et les pôles). Les vents et les courants sont dus aux écarts de température.

Si on ne tient pas compte des mouvements de l’atmosphère, la température résulte localement d’un équilibre entre l’apport d’énergie par le rayonnement solaire et l’énergie perdue sous forme de rayonnements infrarouges (ils sont émis en direction de l’espace). Les pertes par rayonnements infrarouges diminuent lorsque la concentration des gaz à effet de serre augmente. L’augmentation de température qui en résulte est facile à calculer.

Mais ceci n’est qu’une première approximation. En réalité, l’augmentation de la température modifie de nombreux éléments, notamment la couverture nuageuse et les vents, qui agissent à leur tour sur la température. Des simplifications sont indispensables pour que le calcul reste possible. Les simplifications adoptées diffèrent selon les scientifiques (on dit qu’ils n’utilisent pas le même modèle).

( Climate Change 2007 : Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to the Fourth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. 2008-03-03 p. 44,

L’eau en questions-réponses. IHEST. 2012-02-04 pp. 9-15)

Qu’est-ce que les Representative Concentration Pathways (RCPs) ?

Les Representative Concentration Pathways (RCPs) sont la troisième génération de scénarios sur l’évolution du climat d’ici 2100. Ils figurent dans le cinquième rapport du GIEC (IPCC’s Assessment Report 5 – AR5) et ils remplacent les Special Report on Emissions Scenarios (SRES) utilisés dans les deux rapports précédents. Ces scénarios sont tirés de la littérature scientifique. Ils ont ensuite été adaptés et actualisés.

Pour construire les quatre scénarios, de nombreux aspects ont été pris en compte, y compris les données socio-économiques. Les RCP fixent des trajectoires ou des séries chronologiques pour la concentration de gaz à effet de serre (GES), les taux d’émissions et le forçage radiatif. Ils précisent également l’utilisation des terres. Ils ne précisent pas les données socio-économiques (Tableau 5).

Available information from RCPs and resolution Resolution (sectors)Resolution (geographical)
Emissions of greenhouse gasesCO2Energy/industry, landGlobal and for 5 regions
CH412 sectors0.5°×0.5° grid
N2O, HFCs, PFCs, CFCs, SF6SumGlobal and for 5 regions
Emissions aerosols and chemically active gases
SO2, Black Carbon (BC), Organic Carbon, (OC), CO, NOx, VOCs, NH312 sectors0.5°×0.5° grid
Speciation of VOC emissions0.5°×0.5° grid
Concentration of greenhouse gases
(CO2, CH4, N2O, HFCs, PFCs, CFCs, SF6)Global
Concentrations of aerosols and chemically active gases
(O3, Aerosols, N deposition, S deposition)0.5°×0.5° grid
Land-use/land-cover dataCropland, pasture, primary vegetation, secondary vegetation, forests0.5°×0.5° grid with subgrid fractions, (annual maps and transition matrices including wood harvesting)

Tableau 5. Informations fournies pour les quatre RCP. Les RCP vont jusqu’à 2100. La grille de 0.5°x0.5° se réfère à des "cellules" d’un demi-degré de latitude et de longitude (il y en a 518 400 en tout) (Graham WAYNE. The Beginner’s Guide to Representative Concentration Pathways. Skeptical Science (2013). 2013-08-25).

Le nombre accolé au RCP indique le forçage radiatif vers 2100 (Tableau 6).

RCPDescription
RCP2.6Forçage radiatif passant pas un pic d’environ 3 W / m2 avant 2100 et diminuant ensuite
RCP4.5Une voie de stabilisation intermédiaire dans laquelle le forçage radiatif est stabilisée à environ 4,5 W / m2 après 2100
RCP6.0Une voie de stabilisation intermédiaire dans laquelle le forçage radiatif est stabilisée à environ 6,0 W / m2 après 2100
RCP8.5Le forçage radiatif atteint plus de 8,5 W / m2 en 2100 et continue à augmenter pendant un certain laps de temps

Tableau 6. Les quatre RCP étudiés dans le cinquième rapport du GIEC
(Working Group III Report "Climate Change 2014 : Mitigation of Climate Change". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-11-28 p. 1270).

([19], [39], [72] p. 1270)

Qu’est-ce que le forçage radiatif ?

La température de la surface de la Terre est déterminée par l’équilibre entre le rayonnement solaire incident et le rayonnement infrarouge sortant. Le forçage radiatif est la mesure de la capacité d’un gaz, ou d’autres agents de forçage, d’affecter cet équilibre et de contribuer ainsi au changement climatique. Il est exprimé en Watt par mètre carré (W / m2).

Les gaz à effet de serre ont la propriété d’absorber le rayonnement infrarouge venant de la Terre et de le réémettre vers la Terre, augmentant ainsi le bilan énergétique de la Terre. Ceci conduit finalement au réchauffement de la planète.

Dans le cas du GIEC, le forçage radiatif est en outre défini comme la variation par rapport à l’année 1750 et se réfère à une valeur moyenne annuelle globale.

(Radiative Forcing. Carbon Offset Research and Education (CORE) Initiative. 2011,

Working Group III Report "Climate Change 2014 : Mitigation of Climate Change". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-11-28 p. 1269)

A quoi servent les RCP et qui les utilise ?

Construire des modèles climatiques à partir de zéro est un processus très coûteux et très long. De plus, il est difficile de comparer les modèles entre eux si les hypothèses de base diffèrent trop.

Les RCP résolvent ces problèmes en fournissant des ensembles de données à partir desquelles les chercheurs peuvent initialiser leurs modèles. Ceci ne supprime pas l’intérêt des études ultérieures. En effet, comme le montre le Tableau 7, il est possible d’aboutir au même forçage radiatif en 2100 en partant de projections socio-économiques ou de scénarios de développement technologique très divers.

RCPRCP compatible avec les scénarios suivants :

RCP2.6 |Utilisation décroissante du pétrole

Faible intensité énergétique
Population mondiale de 9 milliards en 2100
Augmentation de l’utilisation des terres agricoles pour produire des bioénergies
Augmentation de l’élevage intensif
Réduction de 40 % des émissions de méthane
Les émissions de CO2 restent à leur niveau actuel jusqu’en 2020, puis diminuent et deviennent négatifs en 2100

|Pic de concentration de CO2 autour de 2050, suivi d’une baisse à environ 400 ppm d’ici 2100|
|RCP4.5 |Faible intensité énergétique|
|^|Programmes de reboisement forts|
|^|Diminution de l’utilisation des terres cultivées et des pâturages en raison de l’augmentation des rendements et des changements alimentaires|
|^|Politiques climatiques rigoureuses|
|^|Emissions de méthane stables|
|^|Les émissions de CO2 augmentent légèrement puis baissent à partir de 2040|
|RCP6.0 |Forte dépendance aux combustibles fossiles|
|^|Intensité énergétique Intermédiaire|
|^|Augmentation de l’utilisation des terres agricoles et baisse de l’utilisation des prairies|
|^|Emissions de méthane stables|
|^|Pic des émissions de CO2 en 2060 à 75 % au-dessus du niveau actuel, puis une décroissance jusqu’à 25 % au-dessus du niveau actuel|
|RCP8.5 |Trois fois plus d’émissions de CO2 en 2100 qu’aujourd’hui|
|^|Augmentation rapide des émissions de méthane|
|^|Utilisation accrue des terres cultivées et des pâturages pour faire face à l’augmentation de la population|
|^|Population mondiale de 12 milliards d’ici 2100|
|^|Baisse du taux de développement de la technologie|
|^|Forte dépendance aux combustibles fossiles|
|^|Haute intensité de l’énergie|
|^|Pas de mise en œuvre des politiques climatiques|

Tableau 7. Différents scénarios socio-économiques peuvent conduire au même forçage radiatif
(Detlef P. van VUUREN, Jae EDMONDS, Mikiko KAINUMA, Keywan RIAHI, Allison THOMSON, Kathy HIBBARD, George C. HURTT, Tom KRAM, Volker KREY, Jean-Francois LAMARQUE, Toshihiko MASUI, Malte MEINSHAUSEN, Nebojsa NAKICENOVIC, Steven J. SMITH, Steven K. ROSE. The representative concentration pathways : an overview. Climatic Change 109 (2011) 5–31. 2011-08-05. doi:10.1007/s10584-011-0148-z).

Le RCP8.5 est cohérent avec les scénarios supposant qu’il n’y aura pas d’autres politiques climatiques que celles qui sont en œuvre actuellement ou en cours d’adoption. Ce sont les scénarios de référence ou scénarios « business as usual ».

Les prévisions d’un modèle pris isolément n’ont pas beaucoup d’intérêt. En revanche, la comparaison des prévisions obtenues en prenant un grand nombre de modèles utilisant le même RCP donne des informations sur la robustesse des prévisions et leurs incertitudes. Les experts considèrent que les prévisions sont robustes lorsqu’elles sont retrouvées par tous les modèles et que les questions restent ouvertes lorsque les prédictions divergent beaucoup. La Figure 10 et le Tableau 8 montrent les prévisions dans l’état actuel des connaissances.


Figure 10. Représentation typique d’une prévision climatique dans les publications du GIEC (Working Group I Report "Climate Change 2013 : The Physical Science Basis". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-06 p. 1316).
Dans cette figure, il y a 32 modèles pour la RCP2.5, 42 pour RCP4.5, 25 pour RCP6.0 et 39 pour RCP8.5 (les quatre "ensembles"). Notez la variation considérable de valeurs au sein d’un ensemble. Elle est très visible dans le graphique et bien résumée les boîtes à moustache qui figurent à droite..

Scénario2046–20652081–2100
moyenneplage probablemoyenneplage probable
RCP2.61,00,4 à 1,61,00,3 à 1,7
RCP4.51,40,9 à 2,01,81,1 à 2,6
RCP6.01,30,8 à 1,82,21,4 à 3,1
RCP8.52,01,4 à 2,63,72,6 à 4,8

Tableau 8. Augmentation de la température moyenne à la surface du globe (°C) dans les années 2050 (colonne 2046-2065) et 2100 (colonne 2081-2100)
(Working Group I Report "Climate Change 2013 : The Physical Science Basis". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-06 p. 90, p. 149, [4] p. 44). Pour chaque scénario RCP quelques dizaines de modèles climatiques (un ensemble) ont été pris en compte pour déterminer la moyenne et la fenêtre probable. Comme on le voit, la variabilité est considérable.

(Climate Change 2007 : Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to the Fourth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. 2008-03-03 p. 44,

( Working Group I Report "Climate Change 2013 : The Physical Science Basis". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-06. p. 90, p. 149, Climate Change 2007 : Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to the Fourth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. 2008-03-03. p. 44).

(Climate Change 2007 : Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to the Fourth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. 2008-03-03. p. 44,

L’eau en questions-réponses. IHEST. 2012-02-04. pp. 9-15,

Working Group I Report "Climate Change 2013 : The Physical Science Basis". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-06. p. 90, p. 149, p. 1036, p. 1316)

Quelles sont les prévisions du GIEC pour la Chine ?

Les prévisions du GIEC portent sur des zones très étendues, elles ne concernent pas un pays en particulier. Elles sont malgré tout exploitables dans le cas de la Chine car le pays représente une part importante des zones Tibetan Plateau et Eastern Asia du GIEC (Figure 11).

Figure 11. Position de la Chine dans les zones Eastern Asia et Tibetan Plateau du GIEC ( Les deux rectangles Annex I : Atlas of Global and Regional Climate Projections. Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-21. pp. 1370-1373).
Une silhouette de la Chine est superposée à la figure originale pour faciliter la lecture.

La Figure 12 montre les évolutions probables de la température en été et en hiver selon les quatre scénarios présentés dans le Tableau 3.

Dans le scénario RCP8.5 la moitié des modèles prévoient une augmentation de température comprise entre 4 et 6 °C d’ici les années 2080-2100 (un peu plus en hiver dans le Tibetan Plateau). Dans les scénarios optimistes (RCP6.0 et RCP4.5) la température augmentera de 2 à 4 °C d’après la moitié des modèles.


Figure 12. Augmentation probable des températures vers 2080-2100 en hiver et en été dans les zones Tibetan Plateau et Eastern Asia du GIEC (Annex I : Atlas of Global and Regional Climate Projections. Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-21.pp. 1370-1371). Pour chaque scénario (RCP), plusieurs modèles (ensemble) ont été pris en compte. La médiane et la fenêtre probable sont représentées par des boîtes à moustaches équivalentes à celles de la Figure 10.

En revanche le volume des précipitations ne changera probablement pas beaucoup d’ici la fin du XXIe siècle. L’augmentation devrait être de l’ordre de 10 % dans tous les cas de figure.

Le devenir des glaciers himalayens reste un problème ouvert. Le GIEC considère cependant qu’il n’aura pas d’impact sur le débit des grands fleuves chinois car ils sont avant tout tributaires de la mousson d’été.

(Annex I : Atlas of Global and Regional Climate Projections. Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-21. pp. 1370-1373,

Working Group II Report "Climate Change 2014 : Impacts, Adaptation, and Vulnerability". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-10-15. p. 242)

Quelle a été l’évolution du climat en Chine au XXe siècle ?

La Figure 13 montre l’évolution de la température et des précipitations au cours de la seconde moitié du XXe siècle en Chine.


Figure 13. Evolution de la température (a) et des précipitations (b) au cours de la seconde moitié du XXe siècle en Chine (Kehui XU, John D. MILLIMAN, Hui XU. Temporal trend of precipitation and runoff in major Chinese Rivers since 1951. Global and Planetary Change 73 (2010) 219-232. 2010-08-28. doi:10.1016/j.gloplacha.2010.07.002).
]). Notez que dans (a) la couleur rouge indique une augmentation de la température tandis que dans (b) une augmentation des précipitations est marquée en bleu.

La baisse de la pluviométrie observée dans le nord de la Chine est due à une modification de la circulation atmosphérique qui empêche la mousson d’été de monter aussi haut que dans le passé. Il en résulte une sécheresse accrue dans le nord de la Chine et des inondations plus au sud dans le bassin du Yangtze (Figure 13, Figure 14).


Figure 14. Modification des précipitations en été au cours des années 1961-2006 ( Working Group I Report "Climate Change 2013 : The Physical Science Basis". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-06. p. 1270).
Une silhouette de la Chine est superposée à la figure originale pour faciliter la lecture. A gauche : tendance calculée sur le volume total de précipitation.
A droite : tendance calculée en ne gardant que les jours où la pluviométrie était exceptionnellement forte. L’été est défini comme juin, juillet, août dans l’hémisphère Nord et décembre, janvier, février dans l’hémisphère Sud. L’unité est en pourcentage d’augmentation sur 50 ans. Un pointillé recouvre les zones où tendances sont statistiquement significatives.

(Kehui XU, John D. MILLIMAN, Hui XU. Temporal trend of precipitation and runoff in major Chinese Rivers since 1951. Global and Planetary Change 73 (2010) 219-232. 2010-08-28. doi:10.1016/j.gloplacha.2010.07.002,

Working Group I Report "Climate Change 2013 : The Physical Science Basis". Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 2014-01-06.p. 1228, p. 1270)

Quelles sont les prévisions pour les ressources en eau en Chine ?

La Figure 15 montre l’évolution probable de la température, des précipitations et de l’évapotranspiration dans la première moitié du XXIe siècle dans le scénario RCP8.5 (qui correspond à peu près au scénario business as usual).


Figure 15. Changements de la température (a), des précipitations (b) et de l’évapotranspiration (c) pour la période 2020-2049 par rapport à la période 1971-2000 (Guoyong LENG, Qiuhong TANG, Scott RAYBURG. Climate change impacts on meteorological, agricultural and hydrological droughts in China. Global and Planetary Change 126 (2015) 23-34. 2015-01-31. doi : 10.1016/j.gloplacha.2015.01.003).

La température devrait augmenter de 1 à 4 °C. La plus forte augmentation est attendue dans le nord-ouest, le sud-ouest et le nord de la Chine, la plus faible dans le sud. L’effet du changement climatique sur les précipitations est beaucoup plus variable. La Chine occidentale et septentrionale, et la côte sud connaîtront une augmentation de 5 à 15 % des précipitations alors qu’elles diminueront dans le centre et le sud-ouest de la Chine (la baisse pouvant aller jusqu’à 10 %). L’évapotranspiration augmentera en raison de la hausse des températures, en particulier dans le sud-ouest, le nord-ouest et dans certaines parties de la Chine du nord.

L’augmentation de l’évapotranspiration due au réchauffement annulera l’effet de l’augmentation des précipitations vers la fin du XXIe siècle (Figure 16).


Figure 16. Changements du volume des précipitations (à gauche) et bilan Précipitations – Evapotranspiration pour la période 2070-2099 par rapport à la période 1971-2000 (LENG GuoYong, TANG QiuHong, HUANG MaoYi, HONG Yang, Leung L RUBY. Projected changes in mean and interannual variability of surface water over continental China. Science China Earth Sciences (2014). 2014-12-08. doi:10.1007/s11430-014-4987-0).

(LENG GuoYong, TANG QiuHong, HUANG MaoYi, HONG Yang, Leung L RUBY. Projected changes in mean and interannual variability of surface water over continental China. Science China Earth Sciences (2014). 2014-12-08. doi:10.1007/s11430-014-4987-0,

Guoyong LENG, Qiuhong TANG, Scott RAYBURG. Climate change impacts on meteorological, agricultural and hydrological droughts in China. Global and Planetary Change 126 (2015) 23-34. 2015-01-31. doi : 10.1016/j.gloplacha.2015.01.003)

Les sécheresses vont-elles s’aggraver en Chine ?

Oui. La sécheresse augmentera au XXIe siècle en Chine sauf dans le nord et le nord-est.

L’agriculture sera très touchée dans les régions arides du nord-ouest et du sud-ouest de la Chine (avec une augmentation des sécheresses de plus de 60 %). En revanche, les baisses de débit des cours d’eau varieront beaucoup en fonction des régions. Elles seront importantes dans le sud-ouest (plus de 80 % par endroit), le centre et le sud seront moyennement touchés, la situation s’améliorera dans le nord-est.

La Figure 17 montre l’évolution probable des sécheresses les plus graves dans trois cas de figure : 1) l’absence de précipitations pendant de plusieurs semaines à plusieurs années (SPI – phénomène météorologique initial) ; 2) la baisse de l’humidité du sol (SSWI – impact sur l’agriculture) ; 3) la baisse du débit des cours d’eau et de la recharge des nappes phréatiques (SRI – impact sur l’industrie).


Figure 17. Changements dans la durée et l’intensité des sécheresses les plus graves entre 1971-2000 et 2020-2049 ([72]). SPI : absence de précipitations pendant de plusieurs semaines à plusieurs années. SSWI : baisse de l’humidité du sol. SRI : baisse du débit des cours d’eau et de la recharge des nappes phréatiques.

Les régions où la fréquence des SRI et des SSWI les plus graves augmentera de plus de 70 % d’ici les années 2050 abritent respectivement 20 % et 10 % de la population chinoise.

(Guoyong LENG, Qiuhong TANG, Scott RAYBURG. Climate change impacts on meteorological, agricultural and hydrological droughts in China. Global and Planetary Change 126 (2015) 23-34. 2015-01-31. doi : 10.1016/j.gloplacha.2015.01.003)

Le climat est-il le seul facteur affectant les ressources en eau ?

Non. Même en dehors de tout changement climatique, la demande en eau excédera bientôt les ressources dans le scénario business as usual (Figure 18). Le décalage entre la demande et la ressource est dû à la croissance rapide de l’industrie et à l’urbanisation.

La demande devrait atteindre 820 milliards de mètres cube en 2030 alors qu’elle était de 618 milliards en 2013. Augmenter les ressources de 200 milliards de mètres cube en une quinzaine d’année est une vraie gageure.

Le problème est aggravé par la pollution de l’eau, ce qui la rend inutilisable pour bon nombre d’utilisations et diminue d’autant les ressources exploitables (Figure 21, Figure 23).


Figure 18. Ecart entre la ressource en eau et la demande vers 2030 (Charting our Water Future. The 2030 Water Resources Group. 2009-12-01. p. 57).
(Charting our Water Future. The 2030 Water Resources Group. 2009-12-01. p. 57, p. 59)

Le changement climatique influera-t-il sur la consommation d’eau de l’industrie ?

Oui, tout au moins pour l’eau utilisée pour le refroidissement des centrales électriques, soit près d’un tiers de la consommation de l’industrie.

En effet, les besoins en eau pour le refroidissement augmentent très vite lorsque l’écart de température entre l’eau qui entre dans l’installation et celle qui en sort diminue. Par exemple, là où il fallait un mètre cube par seconde quand l’écart de température était de 10 °C, il en faudra deux si l’écart est de 5 °C.

Généralement la hausse des températures s’accompagne d’une baisse du débit des cours d’eau (Figure 17). Il n’est pas possible alors de pomper assez d’eau pour répondre à la demande et la seule solution est de faire tourner la centrale au ralenti. Cela a été le cas en Europe pendant la canicule de 2003.

Le réchauffement climatique aggravera le phénomène. On prévoit que vers 2040 une centrale classique fonctionnera à moins de 75 % de sa capacité nominale 90 jours par an et à moins de la moitié de sa puissance 50 jours par an en Europe (scénario du type RCP8.5 Tableau 3).

(Charting our Water Future. The 2030 Water Resources Group. 2009-12-01. pp. 57-58,

Dirk RÜBBELKE, Stefan VÖGELE. Impacts of climate change on European critical infrastructures : The case of the power sector. Environmental Science and Policy 14 (2011) 53-63. 2010-11-13. doi:10.1016/j.envsci.2010.10.007,

Michelle T. H. van VLIET, John R. YEARSLEY, Fulco LUDWIG, Stefan VÖGELE, Dennis P. LETTENMAIER, Pavel KABAT. Vulnerability of US and European electricity supply to climate change. Nature Climate Change 2 (2012) 676-681. 2012-06-03. doi : 10.1038/nclimate1546,

Bastian HOFFMANN, Sebastian HÄFELE, Ute KARL. Analysis of performance losses of thermal power plants in Germany – A System Dynamics model approach using data from regional climate modeling. Energy 49 (2013) 193-203. 2012-12-28. doi : 10.1016/j.energy.2012.10.034)

Le changement climatique influera-t-il sur la consommation d’eau de l’agriculture ?

La réponse n’est pas claire. En effet, comme le montre la Figure 19, les liens entre la consommation d’eau et le volume des récoltes sont très compliqués car de nombreux facteurs interfèrent.

Le lecteur qui souhaite approfondir ce point est invité à consulté le dossier de l’IHEST sur l’agriculture en Chine.


Figure 19. Relations schématiques entre les changements climatiques, les ressources en eau et l’agriculture au cours de la seconde moitié du XXe siècle en Chine (Shilong PIAO, Philippe CIAIS, Yao HUANG, Zehao SHEN, Shushi PENG, Junsheng LI, Liping ZHOU, Hongyan LIU, Yuecun MA, Yihui DING, Pierre FRIEDLINGSTEIN, Chunzhen LIU, Kun TAN, Yongqiang YU, Tianyi ZHANG, Jingyun FANG. The impacts of climate change on water resources and agriculture in China. Nature 467 (2010) 43-51. 2010-09-02. doi:10.1038/nature09364).
ET : Evapotranspiration.

(Charting our Water Future. The 2030 Water Resources Group. 2009-12-01. p. 57,

Shilong PIAO, Philippe CIAIS, Yao HUANG, Zehao SHEN, Shushi PENG, Junsheng LI, Liping ZHOU, Hongyan LIU, Yuecun MA, Yihui DING, Pierre FRIEDLINGSTEIN, Chunzhen LIU, Kun TAN, Yongqiang YU, Tianyi ZHANG, Jingyun FANG. The impacts of climate change on water resources and agriculture in China. Nature 467 (2010) 43-51. 2010-09-02. doi:10.1038/nature09364,

Xiao-jun WANG, Jian-yun ZHANG, Shamsuddin SHAHID, En-hong GUAN, Yong-xiang WU, Juan GAO, Rui-min HE. Adaptation to climate change impacts on water demand. Mitigation and Adaptation Strategies for Global Change (2014). 2014-06-01. doi : 10.1007/s11027-014-9571-6)

Le changement climatique influera-t-il sur la consommation d’eau des habitants ?

L’effet de la hausse des températures est difficile à cerner. Il existe bien un certain consensus pour dire que la consommation d’eau augmentera, mais l’ampleur de l’augmentation varie beaucoup d’une étude à l’autre.

Le facteur prédominant n’est pas le changement climatique mais la croissance rapide de l’urbanisation. En effet, un citadin consomme deux fois plus d’eau qu’une personne vivant en zone rurale (Figure 20).


Figure 20. Consommation d’eau en ville et dans les zones rurales (Dave DORÉ, Guo PEIYUAN, Anna-Sterre NETTE, Jiali AN. Water in China. Responsible Research Pte Ltd. 2010-02-22. p. 53).

(Charting our Water Future. The 2030 Water Resources Group. 2009-12-01. pp. 57-58,

Dave DORÉ, Guo PEIYUAN, Anna-Sterre NETTE, Jiali AN. Water in China. Responsible Research Pte Ltd. 2010-02-22. p. 53,

Xiao-jun WANG, Jian-yun ZHANG, Shamsuddin SHAHID, En-hong GUAN, Yong-xiang WU, Juan GAO, Rui-min HE. Adaptation to climate change impacts on water demand. Mitigation and Adaptation Strategies for Global Change (2014). 2014-06-01. doi : 10.1007/s11027-014-9571-6)

mardi 8 septembre 2015, par HUCHERY Mélissa