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L’innovation en Chine

Les domaines clés visés par le gouvernement

Les nanotechnologies

De quel pays parle-t-on ?
The case […] highlights elements of industrial policy carried out by the […] government not only by setting rules and providing infrastructure, but also by strategically selecting technology of the next generation and arranging large- scale public investment. The […] government justified the Initiative by calling for the scientific need for industrial competitiveness, an explicit integration of science and technology policy and industrial policy. Moreover, we find evidence that this program, […], was initiated and drafted by a small handful number of policy makers […]. At the same time, despite its intention to strengthen the industrial competitiveness, the bulk of the […] government fund continues to channel into universities and government labs and little into the private sector. Whether this goal will be achieved without more direct government focus on commercialization remains uncertain.
(Motoyama et al. 2011)

Ce qui précède est le résumé d’un article scientifique et les mots supprimés sont ceux qui indiquent clairement le pays. Le résumé décrit un mécanisme souvent mis en place en Chine pour encourager la R&D et l’innovation, mais il s’agit ici d’une analyse du secteur des nanotechnologies aux Etats-Unis avec la création de la National Nanotechnology Initiative.

Les nanotechnologies méritent donc une mention particulière car elles sont un bon exemple des fortes ressemblances des politiques industrielles de ces deux pays, quand le domaine nécessite des recherches très importantes et que le marché est lointain.

Les deux pays, comme beaucoup d’autres, font le pari que le développement des nanosciences et des nanotechnologies va grandement affecter de nombreux domaines de la recherche scientifique et du développement industriel, ainsi que de nombreux aspects de la vie quotidienne.

Une autre particularité des nanotechnologies, c’est que la Chine a commencé en même temps que les principaux pays développés et que la recherche y croît au même rythme qu’aux Etats-Unis et au Japon. Certains auteurs considèrent même que les Etats-Unis ont commencé à encourager fortement la recherche sur les nanotechnologies quand ils ont eu l’impression d’être à la traîne d’autres pays, dont la Chine.

Les débuts

Aux Etats-Unis, une poignée de scientifiques et d’ingénieurs ont persuadé le gouvernement que les nanotechnologies étaient la « prochaine chose nouvelle » et ils ont poussé la création de la National Nanotechnology Initiative (NNI) en 2000. Les acteurs clé ont été Mike Roco (alors directeur de programme à la National Science Foundation), Tom Kalil (adjoint suppléant du Président des Etats-Unis pour la politique technologique et économique, et directeur adjoint du Conseil économique national de la Maison blanche à l’époque) et Neal Lane (conseiller scientifique et technologique du président des Etats-Unis à l’époque).

Chunli Bai, un chimiste spécialiste des nanosciences, semble avoir joué un rôle équivalent en Chine. Il a notamment participé en 2000 à la création du Comité directeur national pour la nanoscience et la nanotechnologie pour superviser la politique et la planification nationales dans ces domaines. Le Comité implique le MOST, la Commission d’Etat au Plan et au Développement, le ministère de l’Education, l’Académie chinoise des sciences, l’Académie chinoise d’ingénierie et l’équivalent chinois de la National Science Foundation. Il n’y a aucun représentant de l’industrie. Ce n’est pas une situation exceptionnelle, il n’y jamais de représentants de l’industrie dans les instances qui élaborent la politique de l’innovation en Chine.

Un institut de recherche, le National Center for Nanoscience and Technology (NCNST), a été fondée en 2003, avec Bai comme directeur fondateur. Bai est actuellement le président de l’Académie chinoise des sciences.

Les financements

Au cours des dernières années, la National Nanotechnology Initiative a reçu du budget fédéral un financement d’environ 1,7 milliard de dollars par an. Selon le rapport Cientifica, la Chine a dépassé les Etats-Unis dans le financement en 2011 (en tenant compte de la parité du pouvoir d’achat). Les financements proviennent du Programme national de recherche et développement des hautes technologies (Programme 863), du Programme national de soutien pour la recherche fondamentale (Programme 973) et des programmes de la National Science Foundation chinoise.

En Chine, l’activité de recherche est concentrée dans les universités et les laboratoires affiliés à l’Académie chinoise des sciences (Figure 3). La situation est équivalente aux Etats-Unis et l’essentiel des financements va aux universités et aux National Labs.

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R&D activity distribution in various institutions – source National Center for Nanoscience and Technology of China (Research Report on Chinese High-Tech Industries).

La place de la Chine dans l’innovation mondiale

Une bonne mesure des capacités d’innovation d’un pays est le nombre de publications scientifiques. La Chine a dépassé les Etats-Unis dans ce domaine et elle est devenue l’un des leaders mondiaux de la recherche sur les nanotechnologies (Figure 4).

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Nanotechnology Publications by Five Top Producing Countries, 1990–2010 (Arora et al. 2013).

Une autre mesure de la valeur de l’innovation est le retour sur investissement de la R&D, c’est-à-dire le chiffre d’affaires des produits liés aux nanotechnologies. Sur ce critère, la Chine et les Etats-Unis sont en-deçà des attentes formulées au début des années 2000. Les spécialistes considèrent que les nanotechnologies en sont encore à leurs débuts et qu’il est trop tôt pour faire une telle évaluation aux Etats-Unis, en Chine ou ailleurs.

Les opposants aux nanotechnologies mettent en avant les effets potentiellement néfastes sur la santé. Ces questions de sécurité ont été abordées dès l’origine en Chine avec la création du Laboratory for Bio-Environmental Health Sciences of Nanoscale Materials en 2003 et la publication de normes nationales pour les nanotechnologies en 2005. La Chine considère que ses normes ont vocation à servir de base à une normalisation internationale.

Références

Assessing the early impacts of nanotechnology in China. Nanowerk. 05/12/2012.
Bai Chunli. Chinese Academy of Sciences.
• Chunli Bai. Ascent of Nanoscience in China. Science 309 (2005) 61-63.
• Cong Cao, Richard P. Appelbaum, Rachel Parker. “Research is high and the market is far away” : Commercialization of nanotechnology in China. Technology in Society 35 (2013) 55–64.
Dr. Mihail C. Roco. Senior Advisor for Nanotechnology. National Science Foundation.
National Center for Nanoscience and Technology (NCNST).
NNI Budget. United States National Nanotechnology Initiative.
Research Report on Chinese High-Tech Industries. U.S. China Economic and Security Review Commission. 01/01/2009.
• Sanjay K. Arora, Alan L. Porter, Jan Youtie, and Philip Shapira. Capturing new developments in an emerging technology : an updated search strategy for identifying nanotechnology research outputs. Scientometrics, 95 (2013) 351-370.
Tim Harper. Global Funding of Nanotechnologies & its Impact. Cientifica Ltd. 13/07/2011.
• Yasuyuki Motoyama, Richard Appelbaum, Rachel Parker. The National Nanotechnology Initiative : Federal support for science and technology, or hidden industrial policy ? Technology in Society 33 (2011) 109–118.
Yuliang Zhao. China`s Development for the Safety Assessment of Manufactured Nanomaterials. Lab for Bio-Environmental Health Sciences of Nanoscale Materials. The Chinese Academy of Sciences. OECD Nanosafety Workshop. 07/12/2005.

La technologie des circuits intégrés

Les particularités de l’industrie des semi-conducteurs

L’industrie des semi-conducteurs est mondialisée et « vertically disintegrated ». C’est-à-dire que les entreprises qui conçoivent les circuits intégrés ne les fabriquent pas elles-mêmes (elles sont fabless). La production mondiale est concentrée dans quelques entreprises, chacune étant spécialisée dans un type de composant. Intel et Samsung sont pratiquement les seules à avoir gardé la maîtrise de l’ensemble de la chaîne.

Une conséquence est que la maîtrise du savoir-faire technologique et la R&D pour la fabrication des composants sont concentrées dans quelques entreprises au monde. En revanche, cette organisation permet à de petites entreprises de concevoir des circuits intégrés et de les commercialiser dans le marché mondial.

L’industrie des circuits intégrés évolue sans cesse et les entreprises de conception de circuits intégrés doivent s’adapter très rapidement aux nouveaux développements. Il leur est difficile dans ces conditions de ne compter que sur la R&D interne de l’entreprise.

L’Etat de l’industrie des semi-conducteurs en Chine

L’industrie chinoise se concentre sur la conception des circuits intégrés. La capacité d’innovation de la Chine s’améliore, mais reste à la traîne de pays comme les Etats-Unis. L’industrie chinoise s’est renforcée par une combinaison d’acquisition-fusion visant à renforcer la propriété intellectuelle des entreprises, et de recours à la sous-traitance.

Les entreprises sont surtout actives dans le domaine de la téléphonie mobile. Elles profitent de l’existence de logiciels standards open source pour les Smartphone (ex : Android). Elles ont tendance à se concentrer sur le marché bas de gamme et leurs marges bénéficiaires sont faibles. Ceci limite les fonds dont elles disposent pour financer et développer leur R&D. Malgré tout, l’industrie chinoise obtient de bons résultats, ce qui augmente ses chances d’entrer sur le marché plus rentable des produits haut de gamme.

Les ambitions de la Chine

Le MLP a fixé les objectifs suivants pour l’innovation dans la technologie des circuits intégrés :

• Maîtriser les technologies de base pour les circuits intégrés et les autres composants clé. Le but est d’améliorer la capacité de développement nationale.
• Renforcer l’innovation intégrée dans l’industrie de l’information et améliorer la capacité de conception et de fabrication. Le but est d’obtenir des produits ayant un bon rapport coût-efficacité et d’améliorer la compétitivité de l’industrie de l’information.

Le MLP souligne l’importance de l’innovation nationale, de l’investissement dans la R&D et de la possession de la propriété intellectuelle.

Les aides en faveur de l’innovation pour l’industrie de l’information

En juin 2000, le Conseil des affaires de l’Etat a publié le Basket of Measures to Boost the Software and IC Industry, qui est considéré comme un document fondamental pour le développement de cette industrie. En janvier 2011, le Conseil des affaires de l’Etat a publié Several Policies to Further Encourage Software and Integrated Circuit Industries”, qui est plus connu sous le nom de Document 4.

On y retrouve les mesures incitatives habituelles pour favoriser l’innovation (avantages fiscaux, financement de programmes de recherche, bourses). Le plan se distingue cependant par une nouvelle politique fiscale le High and New Technology enterprise program (HNTE).

En bref, les entreprises peuvent profiter du programme, si elles sont désignées comme des entreprises d’innovation nationale. Les entreprises sont tenues de posséder les droits de propriété intellectuelle exclusifs en Chine de la technologie de base utilisée dans leurs produits et services. Dans le cas d’entreprises étrangères, elles doivent donner à leurs filiales chinoises une licence exclusive mondiale pour au moins cinq ans.

Les conditions imposées par le HNTE pour la gestion de la propriété intellectuelle sont dissuasives pour les entreprises étrangères car les impératifs politiques prennent le pas sur les considérations purement commerciales et économiques. En outre la procédure d’habilitation oblige les entreprises à donner des informations très détaillées sur leurs activités de R&D. Ces informations sont généralement jugées trop sensibles pour être communiquées à des tiers.

Conclusion

Les entreprises chinoises des circuits intégrés ont généralement des fonds insuffisants pour supporter une activité de R&D importante. Elles n’ont pas non plus nécessairement besoin, sur le plan commercial et économique, de mener une R&D active parce que l’industrie est fortement mondialisée et que la production est concentrée dans un petit nombre d’entreprises travaillant à façon.

Il existe une certaine contradiction entre la pression des pouvoirs publics en faveur d’une R&D et d’une innovation purement chinoises et la volonté d’obtenir des produits ayant un bon rapport coût-efficacité et une industrie de l’information compétitive.

Références

China’s High and New-Technology Enterprise (HNTE) Program. US-China Business Council. 21/06/2013.
Corporate Income Tax incentives for software and integrated circuit industries further clarified. KPMG. 21/05/2012.
Dieter Ernst, Barry Naughton. Global Technology Sourcing in China’s Integrated Circuit Design Industry : A Conceptual Frame-work and Preliminary Findings. East-West Center Working Papers, Economics Series, No. 131. 08/2012.
Document 4 : A Policy Interpretation. China Intellectual Property Rights Protection Website. 15/07/2011.
The National Medium- and Long-Term Program for Science and Technology Development (2006-2020) – An Outline. The State Council, People’s Republic of China. 31/01/2006.

L’aviation civile

Ce chapitre sert d’exemple pour montrer que l’acquisition du savoir-faire nécessaire dans un domaine de haute technologie ne nécessite pas seulement de l’argent mais aussi du temps.

L’industrie aéronautique civile en Chine

La construction d’avions de ligne régionaux et de moyen-courriers est l’un des Grands projets spéciaux mentionnés dans le MLP. Les dépenses de R&D sur les véhicules aériens et spatiaux se sont élevées à 3,33 milliards de RMB (390 millions d’euros) en 2007.

En 2008, le Conseil des affaires de l’Etat a approuvé la création d’une société publique dotée d’un capital de 19 milliards de yuan (2,2 milliards d’euros), la Commercial Aircraft Corporation of China, Ltd. (COMAC). La COMAC est chargée de l’assemblage de l’ARJ21 (un avion régional d’une capacité de 70 à 90 places) et du C919 (un moyen-courrier de la classe des Airbus A320). Elle envisage éventuellement à terme de concurrencer Airbus et Boeing.

En 2011, China Aviation Industry Corporation (AVIC, l’une des sociétés fondatrices de COMAC) a acquis deux sociétés américaines (Cirrus et Teledyne Continental Motors) pour accélérer l’appropriation du savoir-faire technologique nécessaire. En 2013, COMAC et Bombardier ont commencé une collaboration dans laquelle Bombardier agit comme conseiller pour l’ARJ21 et collabore avec COMAC pour le C919.

Les obstacles

Mais malgré les lourds investissements, les acquisitions, les collaborations et l’expérience précédente d’AVIC dans la conception et la construction d’un avion de chasse, la livraison des deux avions de ligne a pris beaucoup de retard. La livraison de l’ARJ21, initialement prévue pour 2007, a été reportée à « mi-2014 », et celle du C919 à 2018 (au lieu de 2015-2016).

Les problèmes sont de deux types :

• COMAC a choisi d’être, comme Boeing et Airbus, architecte-intégrateur. C’est-à-dire qu’elle fait appel à un très grand nombre de fournisseurs externes qui jouent tout à la fois le rôle de partenaires industriels chargés d’une partie de l’appareil et de sous-traitants. L’expérience montre qu’il est difficile de maîtriser ce type d’organisation. La livraison du Boeing 787 a pris trois ans de retard à cause des difficultés à synchroniser les actions de tous les fournisseurs.

• L’instance américaine, la Federal Aviation Administration (FAA), accompagne la Civil Aviation Administration of China (CAAC) dans le processus de certification de l’ARJ21 afin que cette dernière acquière une méthodologie conforme aux standards internationaux. Une fois ce processus terminé, la FAA reconnaître la CAAC comme une autorité de certification et les avions certifiés par la CAAC seront automatiquement reconnus par la FAA. Ils pourront alors entrer sur le marché international, notamment aux Etats-Unis. En revanche, le processus de certification du C919 ne démarrera pas tant que la certification de l’ARJ21 n’aura pas été validée par la FAA. Ceci pourrait retarder la livraison du moyen-courrier.

Références

Bradley Perrett. C919 May Be Largely Limited To Chinese Market. Aviation Week & Space Technology. 16/12/2013.
China Science & Technology Statistics Data Book 2007.
China’s AVIC International completes US acquisition deal. China Daily. 21/04/2011.
Comac aims to deliver first ARJ21 by end-2014. Flightglobal. 26/09/2013.
COMAC and Bombardier Sign Strategic Definitive Agreement on Phase II of Long-Term Collaboration. 17/06/2013.
COMAC’s Steep Learning Curve. AirInsight. 25/09/2013.
Russ Niles. Cirrus Acquired By Chinese Company. AVweb. 28/02/2011.
• Siva Govindasamy. China’s COMAC learns plane building isn’t easy. Reuters. 12/02/2014. http://uk.reuters.com/assets/print?aid=UKBREA1B10220140212
The Commercial Aircraft Corporation of China, Ltd. (COMAC).
The National Medium- and Long-Term Program for Science and Technology Development (2006-2020) – An Outline. The State Council, People’s Republic of China. 31/01/2006.

L’énergie – les centrales électriques à charbon

L’efficacité des centrales à charbon en Chine

Depuis le Onzième Plan quinquennal (2005-2010), la Chine privilégie l’installation de centrales à charbon plus efficaces et moins polluantes et ferme les anciennes centrales (Guideline for Building Large Ones and Shutting down Small Ones).

Depuis 2008, les centrales chinoises sont en moyenne plus efficaces et émettent moins de CO2 que les centrales américaines (Figure 5).

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Energy efficiency (left hand side) and carbon intensity (right hand side) of the Chinese and the American coal‐fired power plants (China 2030 : 2012).

Le processus d’innovation

Les centrales à charbon sont un bon exemple pour illustrer le processus d’innovation en Chine :

1. La technologie est achetée à une entreprise étrangère.
2. Par « assimilation et absorption », pour reprendre l’expression du MLP, l’entreprise chinoise acquiert un savoir-faire suffisant pour améliorer la technologie (innovation secondaire, ou « renforcement de l’innovation originale » toujours selon le MLP).
3. Cette étape est suivie de la création d’une coentreprise entre les deux sociétés (joint-venture) avec la mise en commun de la conception et de la construction (Tableau 1).

TechnologieAnnéesOrigine de la technologiePays fournisseur
sous-critique1980ImportationEtats-Unis
1989Coopération avec les entreprises étrangères pour la conception et la construction
supercritique1992ImportationSuisse
2000Japon
2004Coopération avec les entreprises étrangères pour la conception et la construction
ultra-supercritique2003ImportationJapon + Allemagne
2006Coopération avec les entreprises étrangères pour la conception et la construction

Les grandes étapes de l’amélioration des centrales à charbon en Chine (Yue 2012).

La création des coentreprises passe par de nombreuses questions juridiques. Clarifier tous les aspects de la propriété intellectuelle est notamment indispensable avant de pouvoir aboutir à un accord à long terme sur le partage des technologies.

Un exemple de coopération sur des technologies de pointe est GreenGen, un projet mené par un consortium des plus grandes entreprises chinoises de production d’électricité et de charbon, l’Etat chinois et une société américaine (la plus grande entreprise mondiale de charbon du secteur privé). Il a pour objectif d’évaluer la faisabilité économique d’une centrale à charbon à cycle combiné à gazéification intégrée (un IGCC) couplée avec le captage et le stockage du CO2 (le CSC). Une centrale de 250 MW est opérationnelle depuis avril 2012.

Le Douzième Plan quinquennal (2011-2015) n’a pas retenu le CSC pour limiter les émissions de CO2 car la technique ne sera pas être opérationnelle à court terme. Malgré tout, la Chine mène une recherche active dans ce domaine. Elle est à peu près au niveau de l’Union européenne pour le nombre de brevets déposés (Figure 6).

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Origine des brevets portant sur le captage du CO2 (Li et al. 2013).

Réferences

• Bingyun Li, Yuhua Duan, David Luebke, Bryan Morreale. Advances in CO2 capture technology : A patent review. Applied Energy 102 (2013) 1439–1447.
China 2030 : Building a Modern, Harmonious, and Creative High-Income Society. Conference Edition. The World Bank, Development Research Center of the State Council, the People’s Republic of China. 24/02/2012.
• Jeff Tollefson, Richard Van Noorden. Slow progress to cleaner coal. China moves forward with demonstration power plant as United Kingdom revives carbon-capture programme. Nature 484 (2012) 151–152.
• Li Yue. Dynamics of clean coal-fired power generation development in China. Energy Policy 51 (2012) 138–142.
The China Greentech Report 2013. 29/05/2013.
The Future of China’s Energy Market. IHEST. 08/05/2013.
The National Medium- and Long-Term Program for Science and Technology Development (2006-2020) – An Outline. The State Council, People’s Republic of China. 31/01/2006.
U.S.-China Clean Energy Research Center Annual Report 2012-2013. U.S.-China Clean Energy Research Center (CERC). 20/09/2013.

L’énergie – la conversion du charbon

Au début des années 2000, la Chine a parié sur la conversion du charbon car il n’était pas cher et que les autres énergies fossiles sont relativement rares en Chine.

En 2004, l’Etat a encouragé l’acquisition et le développement des techniques de conversion du charbon à travers le Key Advanced Technology Industry Development Priority Guide, en exemptant les technologies pertinentes de droits de douane et taxes sur la valeur ajoutée à l’importation (VAT) et en lançant divers projets de recherche à travers le Programme national de recherche et développement des hautes technologies (Programme 863).

Cette politique a été maintenue pendant le Onzième Plan quinquennal (2006-2010) et elle est également incluse dans le MLP. Un MLP sur l’industrie de la conversion du charbon a même été préparé en 2006, mais il n’a jamais été publié.

Les ambitions ont été réduites dans le Douzième Plan quinquennal (2011-2015) et l’accent a été mis sur la R&D pour les raisons suivantes :

• La différence de prix entre le charbon et les autres énergies fossiles est devenue trop faible pour que la conversion du charbon soit rentable.
• La conversion du charbon émet de très grandes quantités de gaz à effet de serre. A titre d’exemple, le bilan global de la conversion charbon-diesel fait que le diesel de synthèse produit trois fois plus de gaz à effet de serre que le diesel tiré du pétrole.
• Les différentes techniques de conversion utilisent d’énormes quantités d’eau. C’est un obstacle en Chine car la plupart des mines de charbon sont dans des régions arides.

Malgré tout, les provinces productrices de charbon souhaitent toujours développer des grands projets de conversion du charbon car elles y voient un moyen de soutenir l’économie locale.
Depuis deux ans, l’Etat semble avoir renoué avec une politique en faveur de la conversion du charbon. Il a donné son approbation à un certain nombre de projets de production de gaz naturel synthétique dans le Xinjiang et en Mongolie (Tableau 2). Il s’agit pourtant de provinces structuralement déficitaires en eau.

SociétéProvinceProduction annuelle prévue (en milliards de mètres cube)
DatangLiaoning4,0
DatangMongolie intérieure4,0
HuinengMongolie intérieure1,6
GuodianMongolie intérieure4,0
Xinmeng EnergyMongolie intérieure4,0
CNOOCShanxi4,0
China Kingho GroupXinjiang5,5
CPI CorporationXinjiang6,0
Xinwen Mining GroupXinjiang4,0

Tableau 2. Projets de conversion charbon-gaz naturel synthétique approuvés par l’Etat (Yang & Jackson 2013).

Ce changement de politique pourrait être dû à la nécessité de diminuer la pollution à Beijing et dans les autres mégapoles, la solution envisagée étant de remplacer l’ensemble des centrales électriques à charbon par des centrales à gaz.

Il reste cependant que le retour à des projets de conversion de charbon est en contradiction avec plusieurs objectifs majeurs du Douzième Plan quinquennal : réduire la dépendance au charbon, réduire l’utilisation de l’eau dans l’industrie, réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Réferences

• Chi-Jen Yang, Robert B. Jackson. China’s synthetic natural gas revolution. Nature Climate Change 3 (2013) 852-854.
L’avenir du marché de l’énergie en Chine. IHEST. 08/05/2013.
Michael Lelyveld. China’s Synthetic Natural Gas Plans Trigger Climate Concerns. Radio Free Asia. 21/10/2013.
Pierre MARION. La liquéfaction du charbon : où en est-on aujourd’hui ? IFP, Panorama 2008. 15/02/2008.
The China Greentech Report 2013. 29/05/2013.
The National Medium- and Long-Term Program for Science and Technology Development (2006-2020) – An Outline. The State Council, People’s Republic of China. 31/01/2006.

L’énergie nucléaire

Le nucléaire civil en Chine

Comme dans d’autres domaines, la Chine a commencé par importer la technologie. Elle a acheté des centrales « clé en main » et elle a construit des centrales dans le cadre de partenariats incluant un transfert de technologie. A partir du milieu des années 1990, la Chine avait un savoir-faire suffisant pour concevoir et construire des centrales nucléaires classiques (seconde génération).
L’industrie nucléaire chinoise est présente sur le marché international à titre individuel (ex : exportations vers le Pakistan et la Roumanie) ou en coopération avec de grands groupes occidentaux (ex : partenariat de China Guangdong Nuclear Power Group et d’EDF pour la construction de centrales nucléaires au Royaume-Uni).

La politique du nucléaire civil semble encore plus compliquée en Chine qu’ailleurs :

1. La politique et les relations diplomatiques jouent un rôle important (l’adoption d’une centrale russe de type VVER peu après l’accident de Tchernobyl en est un exemple). C’est l’une des raisons qui font que les réacteurs en service en Chine relèvent de plusieurs technologies, avec des modèles américains, canadiens, français et russes.

2. Les processus de décision sont particulièrement complexes en Chine à cause de la pluralité des instances de décision. D’autant que les responsabilités ne sont pas clairement définies ou qu’elles se chevauchent. NB on retrouve le même problème dans le secteur pétrolier chinois.

3. L’influence des hommes politiques semble particulièrement forte en Chine. Les chefs des grandes entreprises sont souvent de hauts responsables du Parti communiste et ils sont nommés par le Conseil des affaires de l’Etat (c’est le cas par exemple du président et du vice-président de la China National Nuclear Corporation). Une conséquence est que le rang hiérarchique dans l’appareil politique du responsable de la sûreté nucléaire peut être inférieur à celui du président de l’entreprise qu’il est censé contrôler. C’est un problème dans un pays où la hiérarchie pèse fortement sur les relations humaines.

4. On imagine volontiers que les décisions peuvent être prises et mises en œuvre facilement en Chine, puisque le pays a une longue tradition de pouvoir centralisé et que son organisation repose sur la prééminence d’un parti unique. Pourtant, la fragmentation des centres de décision (au niveau national et local) et leurs divergences d’opinion ont conduit à des politiques quelque peu contradictoires dans le domaine du nucléaire civil. C’est l’autre raison de la multiplicité des types de réacteurs (neuf technologies différentes en 2013).

Les principales conséquences sont :

• Une augmentation des coûts.
• Une dispersion de la R&D.
• Une certaine difficulté à faire adopter une culture de la sûreté nucléaire et une normalisation. Pour vaincre cette difficulté, l’agence chinoise chargée de la sûreté nucléaire (National Nuclear Safety Administration – NNSA) collabore régulièrement avec l’International Atomic Energy Agency et l’US Nuclear Regulatory Commission (ceci rappelle le schéma utilisé pour améliorer le savoir-faire de l’agence chargée la sûreté de l’aviation civile).

Les atouts de la Chine pour l’innovation dans le domaine du nucléaire

La Chine a tendance à avoir une approche plus ouverte en matière d’innovation que les pays occidentaux et elle teste plus volontiers les nouvelles technologies. De plus, elle n’a pas toujours la technologie et le savoir-faire nécessaires dans le domaine des énergies propres. Elle a donc opté pour l’importation de technologies, en offrant par exemple aux entreprises étrangères la possibilité d’exécuter des tests à grande échelle en Chine, celle-ci utilisant en contrepartie les technologies qui sont ainsi mises au point.
Le passage de la R&D à la démonstration de la faisabilité technique et économique est une étape cruciale du processus de l’innovation. En effet, dans les pays occidentaux les industriels répugnent à adopter une technologie qui n’a pas fait ses preuves car les premières installations sont généralement peu fiables et très coûteuses.

C’est ce que le PDG d’une grande entreprise américaine travaillant sur les énergies propres résumait par The technology was developed here, tested in China and is now finding a market here. La Chine y gagne un accès direct aux technologies les plus innovantes.

Par exemple, la société chinoise State Nuclear Power Technology Corporation construit les premiers réacteurs nucléaires utilisant la technologie AP1000 de Westinghouse. L’expérience acquise sert d’argument à Westinghouse pour obtenir la construction de réacteurs AP1000 aux Etats-Unis. Par ailleurs, Westinghouse et State Nuclear Power Technology Corporation ont créé une coentreprise (une joint-venture) pour construire des réacteurs plus puissants dérivant de l’AP1000. La société chinoise possède une partie de la propriété intellectuelle sur ces nouveaux réacteurs.

Réferences

L’avenir du marché de l’énergie en Chine. IHEST. 08/05/2013.

L’industrie pharmaceutique en Chine

Le contexte historique

L’industrie pharmaceutique chinoise est apparue au début des années 1950 suite à la décision politique de devenir autosuffisant pour tout ce qui touchait à la santé. En 1979, la Chine était capable de reproduire à peu près tous les médicaments occidentaux.

Même si la plupart des entreprises se limitent à la production de médicaments génériques, il existe une véritable R&D chinoise dans le secteur pharmaceutique.

Les grandes compagnies pharmaceutiques étrangères ont commencé à arriver en Chine dans les années 1980. Elles coopèrent avec les laboratoires de recherche chinois depuis les années 1990.

Les objectifs de la Chine dans le domaine pharmaceutique

La recherche dans le domaine de la santé est l’un des National Major High-Tech Projects et elle fait partie des Onzième et Douzième Plan quinquennaux pour la science et la technologie.

La Chine s’est fixé des objectifs ambitieux pour l’innovation dans le secteur pharmaceutique : le développement de trente nouveaux médicaments et la transformation d’environ deux cents médicaments existants pendant le Douzième Plan quinquennal. Les nouveaux médicaments seront probablement issus des biotechnologies.

Les financements

Les financements proviennent de l’Etat, des collectivités territoriales et des entreprises. Par exemple, le programme de cinq ans National Major Special Project On New Drug Development qui se terminait en décembre 2012 a reçu 9,7 milliards de RMB de l’Etat, 4,1 milliards de RMB des collectivités territoriales et 19,3 milliards de RMB des entreprises (soit en tout 3,87 milliards d’euros). Il a financé 1 251 travaux.

Le Programme national de recherche et développement des hautes technologies (Programme 863) a consacré jusqu’à 27 % de ses fonds aux biotechnologies et il a financé les trois-quarts des biomédicaments lancés entre 1986 et 2000.

Le financement public prévu pendant la période 2011-2015 est de l’ordre de 13 milliards de RMB pour la R&D sur les nouveaux médicaments (soit 1,52 milliard d’euro).

Les collectivités territoriales ont aussi leur propre politique de financement. Par exemple, la municipalité de Shanghai a injecté un milliard de RMB dans le Zhang Jiang Fund for Advancing the Industrialization of Bio-Pharmaceuticals (120 millions d’euros).

Les politiques en faveur de l’innovation dans le domaine pharmaceutique

Un certain nombre de sociétés pharmaceutiques issues des biotechnologies sont implantées dans les parcs scientifiques (on compte quatre-vingt parcs en Chine). Les gestionnaires des parcs espèrent maintenant convaincre les grandes entreprises chinoises et étrangères d’y installer leur R&D, l’objectif étant de créer des clusters favorables à l’émergence d’entreprises innovantes (que ce soit des start-up ou des spin-off).

Les parcs offrent des locaux à bas prix et des avantages fiscaux importants : L’impôt sur les sociétés, par exemple, est à 15 % au lieu de 25 %. La taxe peut être complètement levée pour les deux premières années et réduite de moitié les trois années suivantes. Les revenus créés par des transferts de technologie ou par de la consultance sont exonérés d’impôt en dessous de 5 millions de RMB (590 000 euros) et bénéficient d’une réduction de 50 % s’ils sont supérieurs à cette somme.

Les autorités nationales et locales chinoises ont également fortement encouragé les Chinois qui ont effectué une partie de leurs études à l’étranger à retourner en Chine (les rapatriés sont appelés hǎiguī). Le but est qu’ils accélèrent le développement économique du pays en apportant avec eux une approche différente et un savoir-faire dans le domaine de l’innovation. Le plan semble fonctionner : près de la moitié des start-up biopharmaceutiques ont été créées par des hǎiguī, alors qu’ils sont beaucoup moins nombreux que les entrepreneurs potentiels non-hǎiguī.

Un secteur fortement innovant en Chine

Entre 2003 et 2010, les entreprises pharmaceutiques chinoises ont lancé des essais sur l’homme pour 25 nouvelles molécules par an et mis sur le marché quatre médicaments innovants par an, en moyenne. Il s’agit de molécules qui n’ont jamais été commercialisées auparavant dans le monde.
Le nombre de publications scientifiques donne une bonne mesure de l’innovation dans le domaine biopharmaceutique. La Chine occupait la deuxième place en 2010, derrière les Etats-Unis. Il faut cependant noter que les articles chinois n’ont pas la même notoriété que les articles américains et britanniques.

Le National Major Special Project On New Drug Development qui se terminait fin 2012 a débouché sur 62 autorisations de mise sur le marché pour des médicaments innovants et 23 d’entre eux ont été commercialisés. Les travaux ont fait l’objet de 3 000 brevets dont 560 brevets internationaux.

Réferences

Bioindustry Development Plan Released by China —By 2020, bioindustry will be developed into a pillar of the economy. China Science and Technology Newsletter (2013 n° 3).
China Science and Technology Newsletter (2013 n°7). 10/04/2013.
China’s 12th Five-Year Plan : Healthcare sector. KPMG. 01/06/2011.
China’s major high-tech projects planned for 2006-2010. Chinese Government’s Official Web Portal. 06/03/2006.
Le Douzième Plan quinquennal pour la science et la technologie. La France en Chine – Ambassade de France. 20/12/2012.
Les biotechnologies en Chine. IHEST. 25/02/2013.
The 11th FYP. Chinese Government’s Official Web Portal.

Les plantes OGM en Chine

Les plantes génétiquement modifiées sont cultivées en Chine depuis 1996. Elles occupent moins de 3 % des terres arables. Il s’agit presqu’exclusivement de coton OGM résistant aux insectes.
Les scientifiques chinois ont commencé à travailler sur les plantes OGM dès les années 1980. Pour le coton, les essais en serre ont eu lieu au tout début des années 1990 et la commercialisation a été autorisée en 1997. Il y avait à cette date dans le monde quatre lignées issues des travaux des laboratoires publics chinois et une lignée de Monsanto.

Pendant la période 2003-2008, la Chine était seconde derrière les Etats-Unis et à égalité avec l’Inde pour le nombre de publications scientifiques sur les plantes OGM dans des revues internationales. La Chine a lancé en 2008 un programme de 2,54 milliards d’euros pour la R&D sur les plantes OGM.
L’industrie des biotechnologies végétales est très active en Chine. Un acteur important, et bon exemple de succès pour une spin-off, est Biocentury Transgene Corporation. La société a été fondée en 1998 par le China National Centre for Biotechnology Development de Beijing et les chercheurs qui avaient créé le coton OGM. Elle est considérée par le MOST comme un des fleurons du Programme national de recherche et développement des hautes technologies (Programme 863). La société consacre plus de 10 % de son chiffre d’affaire à la R&D et elle collabore avec des instituts de recherche à l’étranger (Bangladesh, Inde, Israël, Pakistan, Vietnam).

Un problème majeur rencontré par l’industrie des semences est la protection des droits de propriété intellectuelle. La loi ne semble pas offrir une protection efficace des nouvelles variétés, notamment parce que la définition de « variété végétale » n’est pas claire et aussi parce qu’il est facile de contourner le procédé breveté. En 2004 en Chine, les neuf dixième du coton OGM utilisant la construction génétique chinoise venaient de semences piratées (Monsanto avaient des problèmes similaires). Les entreprises chinoises considèrent que le manque de protection de la propriété intellectuelle n’incite pas à faire de gros efforts de R&D.

Réferences

Bioindustry Development Plan Released by China – By 2020, bioindustry will be developed into a pillar of the economy. China Science and Technology Newsletter (2013 n° 3).
Jikun Huang, Ruifa Hu, Scott Rozelle, Carl Pray. Development, Policy and Impacts of Genetically Modified Crops in China : A Comprehensive Review of China’s Agricultural Biotechnology Sector. 01/04/2010.
Katherine Linton, Mihir Torsekar. Innovation in Biotechnology Seeds : Public and Private Initiatives in India and China. Journal of International Commerce and Economics. 25/03/2010.
Les biotechnologies en Chine. IHEST. 25/02/2013.
Li Jinguang. A view on Plant variety under china’s Plant IP Protection system. China Intellectual Property Magazine. 15/06/2011.

vendredi 30 mai 2014, par HUCHERY Mélissa