Accueil > La Médiathèque > International > CHINE > Chine : science, innovation et société > Les relations science – société

Enregistrer au format PDF

Chine : science, innovation et société

Les relations science – société

Pensée confucéenne, facteur linguistique, ordre établi : nombreux sont les facteurs dont il faut tenir compte pour comprendre les relations entretenues par la société chinoise avec la science.

Education : le poids de l’ordre établi

La pensée confucéenne accorde une importance cruciale à l’éducation : les hommes, égaux à la naissance, sont perfectibles. Chacun est donc appelé à se cultiver. Mais qu’en est-il précisément de l’éducation en Chine ? L’école se caractérise par un enseignement transmissif fort – fondé sur l’apprentissage par cœur, le respect de la parole du maître, la difficulté à accepter le questionnement et le doute, répétition – et un parcours scolaire sélectif et ponctué d’examens et de concours. Dans un système aux racines confucianistes où l’autorité et la parole de l’enseignant ne sont jamais remises en cause et où persiste un très fort rapport de subordination entre le maître et l’élève, peu d’efforts ont été réalisés pour développer chez l’étudiant la pensée autonome, l’esprit critique ou le goût de la découverte. Or pour que perdure la croissance, la Chine a besoin de rendre possible les innovations de rupture, ce qui nécessite un peu d’irrévérence par rapport à l’ordre établi et un vent de liberté que plusieurs décennies de révolution culturelle ont empêché de souffler.

Mathématiques : l’absence de logique hypothético-déductive

La comparaison des Neuf chapitres sur l’art mathématique, un classique de la Chine ancienne, avec les Éléments d’Euclide montre deux visions très différentes des mathématiques. Alors que l’ouvrage d’Euclide est fondé sur des postulats, des axiomes et des propositions à la base de la pensée scientifique occidentale, les Neuf chapitres proposent un ensemble de recettes pratiques. Certains n’ont ainsi pas hésité à suggérer l’idée que la capacité d’abstraction indispensable aux mathématiques n’avait pas pu se développer en Chine. Contre cette hypothèse, Karine Chemla affirme que la capacité d’abstraction existe bel et bien en Chine, même si elle prend des chemins surprenants qui échappent à une lecture superficielle de la pensée chinoise. Selon l’historien Joseph Needham, plus que dans l’absence d’abstraction, c’est dans l’absence de logique hypothético-déductive que réside le problème. Centrale dans la pensée grecque et dans l’approche occidentale des sciences, cette construction intellectuelle est en effet selon lui indispensable à la pratique scientifique en ce que, en formulant des hypothèses et en les soumettant à l’épreuve des faits, elle autorise un esprit critique.

La figure du sage et l’absence de doute

Condition nécessaire à la science dans la conception occidentale, le doute est synonyme d’égarement pour l’intellectuel chinois. Sans idée, le sage chinois est celui qui cherche à englober tous les points de vue dans le sien. Au « je pense » comme fondement d’une pensée se voulant originale, il préfère en effet le « j’ai entendu dire que ». Le sage chinois n’est donc pas en quête d’une connaissance rationnelle fondée sur une rupture entre le sujet et l’objet, mais d’une sorte de connivence locale, subjective et informelle.

Pour en savoir plus...

Carnet de voyage Chine (2012)

PDF - 52.4 ko
L’excellence scientifique chinoise : mythe ou réalité ?

PDF - 55.2 ko
La culture chinoise, l’éducation et la science

Dossier Sciences et technologie en Chine sur le site de l’ambassade de France en Chine (http://www.ambafrance-cn.org/Lettre-d-information-no3-Juillet-Aout-2012-Science-et-Technologie-en-Chine.html)

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de Galilée chinois, par François JULLIEN

lundi 25 novembre 2013, par HUCHERY Mélissa