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Chine : science, innovation et société

Les défis sociétaux en Chine

Démographie, questions sociales, environnement : nombreux sont les déséquilibres engendrés par la gigantesque transformation engagée en Chine depuis une trentaine d’années. Comment répondre à ces grands défis sociétaux sans pour autant ralentir la marche en avant du pays : telle est la problématique à laquelle la Chine est aujourd’hui confrontée ?

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Les trois grands défis environnementaux

Le pendant direct de la croissance soutenue de la Chine est la forte hausse de sa consommation d’énergie et, corollairement, de son niveau de pollution. Le pays se trouve ainsi aujourd’hui confronté à trois défis environnementaux majeurs : augmenter la production d’énergie, garantir l’accès à l’eau et limiter les pollutions.

Augmenter la production énergétique en limitant les gaz à effet de serre

Le constat

Conséquence d’une croissance rapide axée sur l’industrie, la consommation énergétique chinoise a très fortement augmenté au cours des années 1990. Pays le plus peuplé au monde, la Chine est en effet :

  • le plus gros consommateur d’énergie,
  • le plus gros utilisateur de charbon (70% de l’origine de l’énergie consommée contre 20% pour le pétrole) au monde,
  • le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre.

En 2009, les chinois ont ainsi consommé 2 252 GTEP, soit 4% de plus que les Etats-Unis dont les habitants consomment pourtant individuellement cinq fois plus d’énergie que les chinois. Bien que l’efficacité énergétique ait augmenté en Chine plus vite qu’ailleurs, en 2007 il fallait toujours 50% d’énergie de plus que la moyenne mondiale pour produire un dollar de PIB. Conséquence de cette consommation : la Chine doit aujourd’hui faire face à un niveau important de pollution induite ayant un effet sur l’environnement et ses populations.

Les actions mises en place

Goulot d’étranglement potentiel pour la croissance économique et enjeu géopolitique pour garantir les besoins croissants du pays, la gestion de l’énergie constitue donc un objectif crucial en Chine. Un ambitieux programme de recherche, de développement et d’innovation dans le domaine des énergies renouvelables (éolien, hydraulique, captage du CO2) et des technologies durables (ressources naturelles) a donc été mis en place. Les chinois font par ailleurs de gros efforts pour maîtriser la consommation énergétique des bâtiments (Pour en savoir plus sur ce sujet, voir texte Le développement urbain durable).

Garantir un accès à une eau de qualité pour tous

Le constat

Les problèmes liés à l’eau en Chine sont nombreux :

  • Plus de 660 villes chinoises (soit environ 160 millions de personnes) souffrent de pénurie d’eau.
  • La consommation d’eau par habitant en Chine correspond au quart de la moyenne mondiale.
  • L’écart entre population rurale et population urbaine continue de se creuser.
  • 90% des eaux souterraines et 75% des eaux des lacs et rivières sont considérées comme polluées.
  • 278 villes n’ont aucune unité de traitement des eaux.

Les actions mises en place

Devant ce constat, l’Etat a notablement renforcé la réglementation et les contrôles et créé en 2008 un ministère de l’environnement.
A Wuhan, ville pilote au niveau national (visitées par les auditeurs de la promotion Christiane Desroches-Noblecourt), des actions de restauration de son écosystème ont été engagées (Pour en savoir plus sur ces actions, cliquez ici).
Un gros travail de sensibilisation a également été mené auprès de la population, ce qui a conduit à une réduction notable des consommations d’eau entre 2006 et 2012. Les entreprises seraient également conseillées par les services municipaux pour réduire leur consommation.
Si les actions menées à Wuhan semblent cohérentes et en phase avec les enjeux, on est en droit de s’interroger sur la possibilité de répétition d’une telle expérience sur l’ensemble des autres mégalopoles chinoises qui, d’après les Nations Unies, vont devoir fournir de l’eau à 340 millions d’habitants supplémentaires de 2005 à 2030.

Poursuivre le développement chinois en limitant les pollutions

Le constat

La Chine peine à trouver un équilibre entre développement économique et respect de l’environnement. Elle doit en effet aujourd’hui faire face à un niveau important de pollution induite ayant un effet sur l’environnement et les populations.

  • 90% des déchets industriels ne sont pas recyclés.
  • Des milliards de tonnes de déchets sont stockés dans des déchetteries sauvages et illégales qui polluent durablement la terre et les nappes phréatiques.
  • La Chine engloutit 40% du ciment et de l’acier produits dans le monde et ne traite légalement que 5% de ses déchets industriels (1% seulement sont recyclés).

Les actions mises en place

Pour faire face à cette situation, un certain nombre de mesures ont été prises. Au niveau des déchets industriels, une filière de retraitement cherche à se mettre en place mais peine à convaincre par le surcoût qu’elle impose aux entrepreneurs. Au niveau des déchets ménagers, deux voies de progrès sont à l’étude et un débat anime le pays quant au traitement final des déchets : faut-il les enfouir ou les incinérer ? L’enfouissement demande de la surface, l’incinération des installations techniques très au point pour ne pas augmenter le niveau de pollution des zones urbaines. Pour répondre à cette question, le gouvernement a lancé une consultation nationale au sujet des projets d’incinérateurs. Concernant la collecte enfin, le vaste complexe de Binhai, à l’est de Pékin, a mis en place un système pneumatique de ramassage des ordures ménagères à hauteur de 2 000 tonnes par jour. Adossé à une centrale d’incinération, cela permet d’envisager la production d’énergie à hauteur de 146 MW.

Le développement urbain durable

Depuis son ouverture à l’économie de marché en 1976, la République populaire de Chine a parcouru un chemin spectaculaire dans le domaine de l’urbanisme. Et pour cause, en l’espace de 30 ans, elle est passée d’une population rurale à 80% à une population majoritairement urbaine. Et avec 30 millions d’urbains en plus chaque année, la révolution urbaine continue. Logement, transports, énergie : la Chine est aujourd’hui appelée à penser un développement urbain durable.

Le logement

Le constat

Le parc immobilier chinois se caractérise par sa très grande hétérogénéité. A Pékin, Wuhan ou Shanghai cohabitent ainsi :

  • Quelques traces d’habitats traditionnels (les hutongs), voués au tourisme ou à la gentrification, comme autour du Temple des lamas à Pékin.
  • Des bâtiments peu élevés vieillissant mal.
  • Des immeubles mieux construits, plus récents, de plus grande taille mais aux faibles qualités esthétiques.
  • Des bâtiments modernes et récents, parfois de très grande hauteur, répondant à toutes les normes internationales de design et de confort.

Du fait de l’amélioration des standards, la surface moyenne d’un appartement est passée de 20 m2 dans les années 80 à 35 m2 aujourd’hui, l’objectif étant à terme de 85 m2. Cela se traduit par une augmentation des prix, en lien avec le passage, en 20 ans, d’un système d’attribution des logements urbains par l’Etat à la création d’un véritable marché privé. D’où une difficulté à se loger pour les plus pauvres.

Les solutions envisagées

Pour faire face à cette situation, le gouvernement a lancé en 2010 un plan de construction de 6 millions de logements sociaux de 60 m2 chacun dans une trentaine de villes. Il est encore difficile d’apprécier les conditions de relogement des populations concernées, ni l’appréciation de leur qualité de vie.

Les transports

Le constat

La problématique des transports en Chine doit s’apprécier différemment à l’échelle nationale et à l’échelle des villes. Si à l’échelle nationale, les autorités se sont lancées dans un vaste programme de développement des aéroports, des autoroutes et des lignes de TGV, à l’échelle des villes, la situation de l’automobile et des transports en commun reste une réelle préoccupation des pouvoirs publics. Actuellement en travaux, la plupart des grandes agglomérations ne disposent pas encore d’un réseau de transports atteignant les quartiers neufs le plus souvent construits en banlieue sur d’anciennes zones agricoles. Ces agglomérations connaissent donc des embouteillages et une pollution par les gaz d’échappement très importante alors même que le taux d’équipement des ménages en voiture n’est pas encore comparable à celui des pays développés. A cela s’ajoute le fait qu’acquérir une automobile est un signe de réussite sociale. Orienter le développement urbain de façon à réduire les émissions de CO2 est donc désormais une priorité des pouvoirs publics.

Les solutions envisagées

Pour sortir de cette impasse, plusieurs solutions sont aujourd’hui à l’étude.

. Les pouvoirs publics réfléchissent notamment à une meilleure interconnexion des réseaux de métro, trains intercités et autres moyens de transports publics.
. A Wuhan, une limitation simultanée de la circulation a été mise en place, selon les jours, en fonction du chiffre terminal de la plaque d’immatriculation des voitures.
. Autre solution envisagée : jouer sur le tarif des cartes grises en forte augmentation.
Malgré ces efforts, il n’est pas certain que la Chine, premier marché automobile mondial, parvienne rapidement à préserver ses grandes villes de l’augmentation du nombre de véhicules.

La consommation énergétique des bâtiments

Le constat

Pays le plus peuplé au monde, la chine est également le premier consommateur d’énergie au monde. Avec 2 252 GTEP consommés en 2009, la Chine consomment 4% de plus que les USA dont les habitants consomment pourtant, individuellement, cinq fois plus d’énergie que les chinois.

Les solutions envisagées

Avant même la gestion des déchets qu’ils produisent, les chinois sont donc appelés à faire, au niveau urbain, d’importants efforts pour maitriser l’énergie consommée par les bâtiments, tant résidentiels que tertiaires. De nouvelles normes de construction ont donc été produites. Leur bonne mise en œuvre est vérifiée. Réponse la plus sensée au défi énergétique, cette démarche d’éco-construction est progressivement en train de s’imposer sur l’ensemble du territoire, aussi bien au nord où les hivers sont rigoureux qu’au sud où les étés sont très chauds.

lundi 25 novembre 2013, par HUCHERY Mélissa