Accueil > La Médiathèque > Dossiers > Quand la science entre en politique... > Augusto NERI, Bruno BACHIMONT : Des politiques fondées scientifiquement (...)

Enregistrer au format PDF

Quand la science entre en politique -vidéo

Augusto NERI, Bruno BACHIMONT : Des politiques fondées scientifiquement ?

Si l’expertise est remise en cause, c’est sans doute parce qu’elle paraît trop univoque et soumise à des conflits d’intérêt. On voit émerger de nouveaux concepts, mais aussi de nouvelles formes d’expertise, de « nouveaux experts »

Des politiques fondées scientifiquement ?

Augusto NERI, directeur de recherche, Institut national de géophysique et de vulcanologie (Pise, Italie)

Augusto Neri explique le grand fossé qui existe entre recherche et information au décideur, tout particulièrement dans le domaine de la vulcanologie, où l’incertitude est considérable. En la matière, on court toujours après la recherche de preuves pour fonder la décision. Les exigences de la recherche et celles du politique, n’ont pas le même pas de temps. Le politique attend des vulcanologues des certitudes, alors que ceux-ci ne connaissent pas la nature des systèmes sur lesquels ils travaillent, ne pouvant donc les quantifier. Ils ne disposent pas d’assez de temps ni de moyens pour analyser les données empiriques. En vulcanologie, l’expertise est donc un besoin critique, ce pourquoi il est essentiel de généraliser et de disséminer les bonnes pratiques, de communiquer les connaissances, pour réduire l’incertitude. Mais c’est un fait qu’il est difficile, pour le politique – qu’on songe à la catastrophe de l’Aquila – d’entendre que l’incertitude est la toile de fond de la recherche, le chercheur ne pouvant lui répondre par un oui ou un non. Une évaluation robuste des risques, appelée par la société, exige un nouveau paradigme.
(extrait de la lettre de l’université européenne d’été du 11 juillet 2014)

Bruno BACHIMONT, directeur à la recherche, Université de technologie de Compiègne

Bruno Bachimont voit dans le big data une deuxième révolution nominaliste – la première, a eu lieu au XIVe siècle, avec Ockham – tendant à substituer le calcul et la donnée à l’analyse fondée sur le langage. Big data ? Il se caractérise par la masse des données, leur dynamique et leur hétérogénéité. D’aucuns y voient un nouveau paradigme scientifique pour les sciences humaines et sociales, un effacement de la pratique savante critique au profit d’un empirisme directement au contact de la donnée, ou encore un ancrage objectif de la décision. La première révolution nominaliste se caractérisait par une nouvelle relation à la nature. La seconde fait reposer la compréhension du fait social sur une analyse statistique et langagière. On y gagne de nouvelles questions. La méthode – qui allie la rigueur de l’analyse à l’arbitraire de l’interprétation – appelle une nouvelle épistémologie de la donnée. Big data ? C’est avant tout des questions plutôt que des réponses.

Voir les autres entretiens de l’université européenne d’été dans ce dossier ainsi que les cartes postales vidéo et la lettre quotidienne publiés chaque jour durant l’université d’été : Les 5 numéros de la lettre et les cartes postales

mercredi 15 octobre 2014, par HUCHERY Mélissa