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Les sociétés à l’épreuve du changement climatique

Brésil : politiques agricoles, protection de l’environnement, avenir énergétique

En 2010, pour la première fois, l’IHEST s’est rendu dans un pays émergent. Le choix du Brésil s’inscrit dans la continuité de l’année de la France au Brésil, grand succès qui a vu se dérouler en un an plus de 500 manifestations et a rendu manifeste la connivence qui unit les deux pays.
Pour asseoir ces relations privilégiées, la France et le Brésil ont signé en décembre 2008 un partenariat stratégique qui fait à la coopération scientifique et technique une place centrale. La France est la deuxième destination d’accueil des étudiants brésiliens après les USA (avec plus de 2 700 visas de longue durée en 2008), des collaborations scientifiques fructueuses se sont nouées et certaines initiatives françaises (les lois sur l’innovation, par exemple) sont suivies avec attention, voire adaptées, par nos partenaires brésiliens.
Mais symétriquement, le Brésil a lancé une politique ambitieuse de développement fondée sur ses ressources économiques et intellectuelles propres, qui est moins bien connue en France alors même qu’elle a participé à la croissance économique spectaculaire du pays depuis 10 ans et à un développement scientifique et technologique qui force l’admiration.

Ayant placé en 2011 le cycle national sous le thème des frontières, l’IHEST a trouvé au Brésil un terrain très riche pour alimenter les réflexions de la promotion sur les frontières du développement et le rôle que l’éducation, l’environnement, la politique scientifique et le soutien à l’innovation jouent dans leur évolution.

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Carnets du voyage d’études au Brésil
Promotion Claude Lévi-Strauss, 2009-2010

Agriculture, environnement, développement

La journée du mardi s’est déroulée à l’université de Brasilia et a porté sur les questions de développement durable et de protection de l’environnement. Dans son accueil, Marcel Bursztyn, du Centre de développement durable de l’université de Brasilia, a évoqué les paradoxes et les difficultés que rencontrent les approches interdisciplinaires – en particulier le développement durable - et la spécificité du Centre qui forme non seulement les étudiants mais aussi les fonctionnaires en poste.

La question agricole, fondamentale au Brésil, a été abordée dans une première table ronde. Le Brésil a deux secteurs agricoles et deux ministères de l’agriculture : l’un pour l’agrobusiness (500 000 agriculteurs, très exportateur et réactif), l’autre pour l’agriculture familiale (4 millions d’agriculteurs, dont les 2/3 sont pauvres). Tout l’enjeu est de concilier les intérêts économiques de chaque type d’agriculture pour soutenir le développement rural, tout en protégeant l’environnement (et particulièrement les zones forestières) de l’expansion de la surface agricole. L’innovation technologique, mais aussi organisationnelle et infrastructurelle, est amenée à jouer un rôle dans ce développement agricole durable, comme l’ont rappelé Diana Coutinho, du Service d’analyse stratégique de la Présidence de la République, et Derli Dossa, chef de la gestion stratégique au ministère de l’Agriculture.

Une seconde table ronde, sur les politiques forestières et les services environnementaux, a permis de comprendre les enjeux complexes qui s’attachent à la préservation et à la valorisation des ressources forestières au Brésil, tels qu’ils apparaissent dans la loi de gestion de la forêt publique. La forêt amazonienne représente une surface de plus de 5 millions de kilomètres carrés au Brésil et le rythme de déforestation a décru dans les années récentes. Les intervenants (José Natalino Silva, directeur du service forestier brésilien – SFB ; Plinio Sist, chercheur au CIRAD ; Antoine Grimaud, de l’AFD et Frédérique Seyler, chercheuse à l’IRD) se sont accordés sur le fait qu’il y avait nécessité de mieux comprendre les dynamiques sociales et environnementales des milieux forestiers au Brésil, de manière à pouvoir agir au mieux : un défi particulier est d’accorder les types de propriété foncière (public, privé, collectif,…) avec les usages effectifs de la forêt.
Enfin, la journée du mardi s’est achevée sur une dernière rencontre autour du thème de la propriété intellectuelle et des brevets sur le vivant. La position du Brésil sur ce sujet a récemment évolué : alors que le pays avait entrepris de ne respecter que sélectivement la propriété intellectuelle (par exemple, en choisissant de développer précocement les versions génériques de médicaments brevetés par les multinationales de la pharmacie), la protection des ressources génétiques présentes dans les milieux naturels a conduit le pays à modifier sa doctrine et ses pratiques. Par ailleurs, autre aspect de ces questions, la loi sur l’innovation, adoptée en 2004 et inspirée de la loi française, apporte un cadre précis aux scientifiques et universités pour gérer la valorisation de leurs recherches et les relations avec les entreprises.

jeudi 5 novembre 2015, par Patricia MULLER