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Les sociétés à l’épreuve du changement climatique

Laurent TURPIN - Le changement climatique : de la légitimité à la responsabilité

Discussion issue de l’Université européenne d’été 2010 : Quelle place pour la science dans le débat public ?

Laurent Turpin ouvre le débat sur le changement climatique en rappelant que si la science du climat est une science, une recherche pure, elle est aussi génératrice de normes sociales, politiques et économiques. C’est une science de la nature, indémontrable, mais réfutable. Comment cependant se forger une certitude sur l’état des connaissances scientifiques ? Qui est légitime à rendre compte des connaissances scientifiques ? Sous quelle forme faire apparaître l’état de cette science dans le public ? Dans les faits, certaines personnes s’invitent dans le débat alors qu’elles ne sont mues que par l’intérêt et l’idéologie, y compris des scientifiques compétents.

Cela dit, le changement climatique est une question ancienne, et depuis 1992 et la signature d’une convention-cadre par 192 pays, le climatologue se voit interpeller par le politique pour répondre à ce genre de question : comment empêcher toute perturbation anthropique dangereuse du système, dans un délai suffisant, pour que les écosystèmes puissent s’adapter et que le développement ne soit pas menacé ? Ce genre de questions, on le voit, est désastreux pour le scientifique, dès lors qu’il se voit convoquer comme expert.

De fait, la science climatique a connu une accélération prodigieuse ces trente dernières années, la prolixité de la littérature entraînant inévitablement un décalage entre l’état des connaissances et le rapport du GIEC. Cette science a produit deux résultats majeurs, grâce aux progrès réalisés en matière de modélisation : la réalité du changement climatique, d’une part, son attribution, depuis les soixante dernières années, majoritairement à l’activité humaine d’autre part. Par contre, aucun spécialiste du climat n’a annoncé une catastrophe climatique, pas plus que le GIEC, organisation qui travaille lentement, publie un rapport tous les quatre ans, rythme qui lui permet de faire du bon travail. Aussi y a-t-il toujours un décalage entre le rapport du GIEC et l’état de la science. C’est pourquoi un scientifique qui s’exprime sur le changement climatique est toujours confronté à ce dilemme : communiquer sur le rapport du GIEC ou la science en train de se faire.

Quant au scepticisme, dernier acteur du débat, il faut observer qu’il est le fait de personnes qui s’expriment hors du cadre de la science climatique, et qui avancent des arguments qui échappent à toute logique de réfutabilité, les médias étant très friands de leur donner une publicité qui leur assurera un débat animé. Que pensez de non spécialistes qui réfutent publiquement le travail de centaines d’experts qualifiés ? Cela dit, les vraies questions restent ouvertes. L’humanité confrontée à son propre avenir ? Ce n’est pas une question de science du climat, un philosophe comme Michel Serres observant qu’on dispose, pour gérer les problèmes qui touchent la planète, de structures de décisions héritées d’une époque où l’humanité n’avait pas conscience de tels enjeux.

Extrait de l’ouvrage " La science et le débat public", Actes Sud/IHEST

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Laurent TURPIN - Le changement climatique : qui agit, qui décide ?

jeudi 5 novembre 2015, par HUCHERY Mélissa