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Les sociétés à l’épreuve du changement climatique

Jean Cassien BILLIER - La justice climatique a-t-elle un sens ?

La justice climatique a-t-elle un sens ?

Jean Cassien Billier propose une approche éthique de la justice climatique. Selon l’article 3 de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il incombe aux parties de préserver le système climatique dans l’intérêt des générations présentes et futures, sur la base de l’équité et en fonction de leurs responsabilités communes, mais différenciées, et de leurs capacités respectives. La question est donc de penser une responsabilité commune, mais différenciée. Comment penser une différenciation qui soit juste ? On tente de trouver des critères pour imaginer un mode de distribution qui soit juste entre responsabilité des maux ou bienfait du phénomène du changement climatique. Une asymétrie évidente apparait entre les pays riches, qui émettent le plus de gaz à effet de serre, et les pays pauvres, qui eux en émettent moins, mais en subissent beaucoup plus les conséquences car ils ont moins de ressources pour faire face aux effets du changement climatique et également moins d’influence sur les décisions internationales pour obtenir des aides. Les effets sont donc injustes.

La distribution de responsabilité la plus simple serait de dire que les vieux pays riches sont « coupables », mais ceci est une approche trop simpliste. Il existe quatre méthodes pour établir la responsabilité : par valeur absolue, qui consiste à se pencher sur l’émission de gaz à effet de serre entre 1990 et aujourd’hui ; par intensité carbone, c’est-à-dire l’émission de CO² par unité de consommation énergétique ; et par tête, qui atténue le calcul précédent par la taille du pays. Ces trois premières méthodes indiquent une divergence absolue sur l’identité de celui qui serait responsable. Intuitivement et habituellement, on se tourne vers une quatrième méthode, celle de la responsabilité historique : celui qui a émis le plus dans le passé est le responsable. Cette dernière méthode est fortement remise en cause car il y a également divergence selon les méthodes de calcul. Emerge un autre principe qui renverse la question de la responsabilité : celui de la responsabilité prospective selon lequel on oublie le passé et doivent agir ceux qui sont en capacité de payer. Au final, tout ces principes sont justes intuitivement mais présentent des faiblesses, les délibérations internationales peuvent s’appuyer dessus tout en sachant qu’ils sont instables. Il n’existe pas de méthode qui ne soit pas controversée pour établir la responsabilité.

Compte rendu de l’intervention de Jean-Cassien BILLIER lors de l’université d’été 2015

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Jean-Cassien BILLIER - La justice climatique a-t-elle un sens ?

Est-il possible de penser une « justice climatique » ?

Dans l’article intitulé Penser la justice climatique, Pierre-Yves Néron montre que la tentation de penser une justice climatique constitue un défi d’une ampleur considérable pour nos théories de la justice, que ces dernières soient libérales ou non.

A cela deux raisons principales :
– Les changements climatiques posent des problèmes de nature mondiale alors que nos théories de la justice sociale ne s’appliquent qu’aux questions de distribution qui surgissent entre les membres d’un même Etat.
– Les changements climatiques posent la question de la nature de nos responsabilités morales à l’égard des générations futures. Or dans le cadre de nos théories de la justice, il n’y a pas de sens à parler d’obligation à l’égard des générations futures puisqu’il n’y a pas, entre la génération actuelle et celles futures, d’authentique coopération marquée par la réciprocité.

« En raison de sa nature internationale et intergénérationnelle, la question de la lutte aux changements climatiques représente un défi pour l’ensemble de nos conceptions « classiques » de la justice distributive, qui de manière générale semblent échouer à nous proposer des outils pour saisir cette complexité. Et ce constat n’est que théorique puisque certains vont même jusqu’à présenter l’échec du protocole de Kyoto comme un exemple paradigmatique de ce qui cloche avec ces théories classiques notamment libérales ».

Penser la justice climatique, par Pierre-Yves Néron, Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale, vol.14, N°1, 2012 (PDF)

jeudi 5 novembre 2015, par HUCHERY Mélissa