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La ville au cœur des mutations sociales et technologiques : quels enjeux pour les politiques territoriales ?

Martin Chenot - L’aménagement du territoire

Martin Chenot est architecte et dirige l’école d’architecture de Saint-Etienne, école en plein renouveau dans une ville qui a du faire face au démembrement de ses activités économiques traditionnelles. Depuis une vingtaine d’années, Saint-Etienne se pose toute une série de questions sur la manière de sortir de cette crise des bases économiques. Comment faire pour que Saint-Etienne sorte de son état de ville industrielle en déliquescence pour devenir une véritable métropole ?

Je ne me limiterai pas au cas stéphanois même s’il est intéressant à approfondir puisqu’on est passé d’une concentration de production assez monolithique, liée aux politiques publiques nationales mises en œuvre depuis deux siècles, à une période de crise qui a montré que ce dispositif de concentration productif n’était pas durable. Les stéphanois ont donc été obligés de rebondir sur la question de la créativité à partir de la dynamique du design, dont l’expression récurrente se tiendra ces prochains jours à travers la biennale du design.

Je souhaitais avant tout réagir en décalage en ne posant pas simplement la question de la ville créative et en insistant sur l’importance de développer une pensée complémentaire sur l’apport des territoires « ruraux » par rapport à la dynamique de développement des villes.
Dans notre école, nous formons des architectes, membres demain de cette classe créative qui aura à penser, avec d’autres, l’aménagement des villes et des territoires dans un souci de composition de plus en plus complexe de l’espace et de la matière.
La question de l’innovation est centrale pour les architectes qui travaillent toujours à la conception de prototypes via un processus d’intégration et de synthèse basé sur une vision de ce qui pourrait être un mieux pour demain. Aujourd’hui, les architectes doivent intégrer une nouveauté : la prise de conscience collective que le monde est fini et que nous devons faire face à des enjeux de développement durable. Les précédents exposés ont mis en lumière que la ville était un enjeu central à l’échelle planétaire. En Europe, nous avons répondu à l’enjeu de développement durable avec le concept de ville compacte. Plus on « compacifie » la ville, plus on permet une économie de moyens et une proximité des interactions. Si les villes abritent 80 % de la population française et 50 % de la population mondiale, on ne doit pas pour autant négliger la nécessité de développer une pensée durable des territoires, en parallèle de la pensée durable des villes.

Il me semble que dans ce domaine nous devons avancer sur deux points. Tout d’abord, dans le champ des idées. Le développement du concept de ville compacte créé un certain nombre de principes qui peuvent nous conduire à des fausses routes si nous ne disons rien parallèlement sur les territoires durables. Dès que l’on parle des campagnes, qui sont aussi le lieu de naissance de la richesse de la ville, on s’aperçoit que les principes classiques d’aménagement durable ne sont pas applicables en territoire rural. Par exemple, la question de la mobilité ne se pose pas dans les mêmes termes en ville (où la compacité permet la mise en place des transports en commun) et dans un grand territoire rural. De même pour les questions d’énergie, de production alimentaire, de filières courtes de construction, etc. Il apparaît donc nécessaire de développer simultanément à la pensée des villes compactes, une pensée de ce qu’est un territoire durable compatible et complémentaire de la ville.

En développant ce principe d’aménagement du territoire autour de villes compactes, les villes ont pris les devants. Elles ont appris à maîtriser l’espace, se sont organisées dans ce sens faisant peser sur les grands territoires une pression, notamment spatiale. Or, ces territoires n’ont pas construit les outils leur permettant de résister à cette pression spatiale. Vouloir une ville compacte revient à fermer la consommation de l’espace et cette fermeture se reporte sur les territoires périphériques qui n’ont ni pris conscience de cet état de fait ni les outils pour y répondre.

Il ne faut donc pas simplement se limiter au constat que l’avenir de l’humanité se trouve dans les villes. L’avenir de l’humanité dépend plutôt de l’organisation des villes par rapport à leurs territoires. Il convient donc de développer davantage une pensée de l’organisation d’un territoire durable. C’est pour cette raison qu’avec d’autres écoles d’architectures, nous essayons de nous intéresser à la question du rural. Ce n’est pas évident puisque dans la culture des architectes, le rural renvoie d’une part la question de l’architecture vernaculaire et d’autre part à la question du régionalisme en architecture. Notre collectif essaie néanmoins de poser des bases qui permettront d’avancer sur la question du rôle des territoires ruraux dans le phénomène d’urbanisation à l’échelle française.

En association avec des écoles d’architectures et d’ingénieurs, nous essayons également d’avancer sur la question du bâtiment, sachant que l’enjeu porte aujourd’hui davantage sur la rénovation et la transformation du bâti existant que sur les bâtiments neufs. Dans ce domaine, les solutions techniques existent (isolation, production d’énergie, traitement des eaux) mais il reste à déterminer comment assembler ces éléments et comment l’homme peut y prendre sa place.
Pour répondre à cette question de la complexité, il nous a semblé important de décloisonner en mettant en relation les architectes qui ont une vocation d’ensemblier, les ingénieurs d’autres disciplines et les artistes. Cette démarche a pris la forme d’un projet unique en Europe : les grands ateliers de L’Isle d’Abeau. Dans ce lieu d’expérimentation, ingénieurs, artistes et architectes réfléchissent aux moyens de produire un habitat durable social à faible coût.

vendredi 9 janvier 2015, par HUCHERY Mélissa