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Le temps de l’éducation

Verbatim

Créativité et passé

« Le nouveau ne saurait exister que porté par quelque chose qui est ancien. La création est un décalage qui s’opère à partir de ce qui est déjà là. La créativité en soi n’existe pas », Heinz Wismann.

Repas français et liturgie

« Le repas français n’est pas une satisfaction immédiate d’un désir primitif de s’alimenter. C’est un moment qui comporte la socialisation d’un désir partagé. J’irais même jusqu’à dire [qu’il] est la liturgie telle qu’on la pratiquait à l’église. Il n’est rien d’autre que la messe », Heinz Wismann.

Notation et agrégation

« Le système français de la notation part d’un principe religieux (…). Les Jésuites faisaient dépendre l’appartenance au troupeau des fidèles d’un certain nombre d’exercices (…). Les trois maîtres-mots étaient alors : discipline, exercice et agrégation (…). Dans la mesure où c’est un exercice d’humiliation qui a permis aux professeurs agrégés d’accéder au troupeau, ces derniers demandent à leurs élèves les mêmes exercices d’humiliation, un alignement sur les exigences », Heinz Wismann.

Mooc et modèle standard


« Globalement, l’enseignement à distance n’est pas autre chose qu’une massification de la forme scolaire traditionnelle (…) cela n’a donc pas grand intérêt en termes d’apprentissage. Si, en revanche, on a une vision qui est de l’ordre de l’engagement et de l’interaction, cela peut devenir des outils formidables »
, Jean-Claude Ruano-Borbalan

La science et l’Etat

« Dans un très beau livre intitulé Seeing like a State, James Scott prend l’exemple de la géométrie ou de l’arpentage et montre que c’est pour pouvoir prévoir le nombre de fûts que se développe la science de l’arpentage et les corps d’ingénieurs arpenteurs », Jean-Claude Ruano-Borbalan.

Apprenant et transmission

« Nous avons vraiment besoin de plus de débats autour du bon niveau de transmission et du bon niveau de liberté pour l’élève. Avec l’apprentissage personnalisé et l’apprentissage par la découverte, l’idée est vraiment que l’apprenant suive son propre intérêt et apprenne par lui-même », Janet Looney.

Automatismes et littératie

« Il y a une montée en puissance des automatismes qui est peu prise en compte par l’école et qui invite à une analyse critique attentive (…) non seulement du texte mais de ce qui se cache derrière, (…) des systèmes sémiologiques en particulier autour des algorithmes. Si l’on a aujourd’hui besoin d’une littératie numérique du texte, on a aussi besoin de cette littératie pour la technique », Sophie Pène.

Fablab et collaboration


« Le Fablab pourrait être un lieu symbolique de collaboration entre le professeur de français et le professeur de géographie. Il pourrait être aussi un lieu d’expérience pour des enseignants avec leurs élèves »
, Sophie Pène.

MOOC et Madagascar

« Le MOOC est aussi une machine à faire de belles histoires. Un collègue enseignant, également professeur d’épidémiologie à l’Institut Pasteur, a repéré à Madagascar des candidats potentiels pour son master. Il s’est déplacé et a pu obtenir des bourses pour permettre à quatre étudiants malgaches de suivre le master », Philippe Dedieu.

Numérique et inégalités

« Le CNAM s’adresse à des gens qui n’ont pas eu la chance de suivre des études. Nous devons prendre garde à ce que le numérique ne contribue pas à creuser les inégalités (…) à priver des publics de notre offre d’enseignement », Philippe Dedieu.
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Le Musée des arts et métiers et la médiation des techniques

Dans une première vie, au 19ème siècle, le musée du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) était une sorte de… fablab ! Dans la chapelle, des démonstrateurs faisaient tourner des machines, amenées jusque-là grâce à un double rail traversant le musée. Responsables d’ateliers, inventeurs et autres bricoleurs venaient voir comment elles fonctionnaient, raconte Yves Winkin, voyant la machine de Vaucanson en action, Jacquard aurait par exemple décidé de l’améliorer et inventé ainsi les techniques pour mécaniser le tissage. Mais au fil du 19ème siècle, le musée va progressivement s’éteindre ; les démonstrateurs sont devenus des académiques et des titulaires de chaires et travaillent davantage à partir de livres que de machines.

C’est cet esprit initial de musée vivant qui renaît depuis la rénovation du site, engagée dans les années 1990. Les techniques ne se résument pas aux machines, rappelle Yves Winkin, ce sont aussi « des savoir-faire incorporés (…) des tours de main, des rythmes et des odeurs ». Toute la gageure est aujourd’hui de maintenir les machines exposées « dans un certain degré de vie, de vivacité, d’interpellation des différents publics » grâce notamment à l’intervention de médiateurs, qui parlent devant les objets. Mais comment faire pour restituer les gestes des utilisateurs des machines, faire parler des corps ?

Pour le directeur de la culture scientifique et technique du Cnam, la réponse n’est pas dans la sur-numérisation (lunettes Google, casques de réalité augmentée,…). Le numérique étant entré dans notre quotidien, il ne lui semble pas pertinent de multiplier les outils numériques, par ailleurs très vite frappés d’obsolescence. Non seulement ces équipements ont un coût mais ils risquent de lasser les visiteurs qui « attendent un autre point de vue ».

Trois dispositifs sont à privilégier, selon lui, pour faire vivre le musée du Cnam et proposer une médiation des techniques.

Il y a bien sûr l’exposition, qui reste un dispositif multimédia efficace, permettant une véritable immersion dans une époque et un contexte. Par exemple, en 2018, le musée présentera une exposition sur le rôle du feu dans la révolution industrielle qui sera très « immersive » avec « beaucoup de bruits, d’odeurs et si possible de la chaleur » précise Yves Winkin, pour recréer l’atmosphère des ateliers sidérurgiques des 18ème et 19ème siècles. Cependant monter ce type d’exposition est lourd (en général trois ans) et cher (un demi-million d’euros en moyenne).

Une autre approche consiste à explorer le rapport art/sciences. Il s’agit de montrer comment des objets anciens peuvent retrouver vie lorsqu’ils sont interpellés par des pièces d’art contemporain. C’est le cas, par exemple, avec l ’exposition « Et pourtant elle tourne » présentée au Mudam de Luxembourg dès juillet 2015 en partenariat avec le Cnam. Ou encore des expositions de dessinateurs (Bilal en 2013, Tardi en 2015) qui scénarisent les objets du musée leur offrant ainsi une deuxième ou troisième vie. La performance, l’installation, la danse contemporaine sont aussi des manières de redonner une vie symbolique aux pièces exposées. La danse établit un lien avec tout ce qui relève du patrimoine immatériel, ces savoir-faire incorporés qui ne se disent pas.

Enfin l’utilisation du livre devient une autre manière de faire des expositions. Les techniques d’impression, d’édition et de distribution actuelles offrent beaucoup de souplesse et on peut utiliser le livre pour produire des expositions satellites en lien avec la grande exposition déployée dans tout le musée.

Aujourd’hui, un musée de société doit brasser des disciplines, interpeller le public, poser des questions, insiste Yves Winkin et, en ce sens, le musée des Confluences à Lyon est une réussite. A ses yeux, il faut tenter la « rupture humoristique » et la « rupture poétique » dans la muséographie pour provoquer, selon les termes de Coleridge à propos du théâtre, une « suspension volontaire de l’incrédulité ».

jeudi 22 octobre 2015, par HUCHERY Mélissa