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La controverse

L’éthique est-elle au service du politique pour gérer les controverses ?

Patrick Gaudray est directeur de Recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Chercheur en génétique, sa carrière a commencé par une thèse d’état en virologie moléculaire à Nice.

L’étude d’altérations génétiques de cellules cancéreuses (Salk Institute, San Diego, Californie), l’a conduit à rechercher des marqueurs moléculaires de progression tumorale dans les cancers de la vessie et du sein. Il a participé à la cartographie du génome humain (projet HUGO), puis à la caractérisation fonctionnelle d’un gène dont les altérations prédisposent à un cancer familial, la néoplasie endocrinienne multiple de type 1 (MEN1).

Directeur de onze thèses de doctorat, et rapporteur de dix-sept, il est auteur ou co-auteur d’environ 100 publications scientifiques, (>3400 citations ISI, H-index = 30), et a été invité à donner plus 75 conférences en France et dans quatorze pays étrangers.
Ancien directeur scientifique adjoint des sciences de la vie du CNRS (génétique, génomique, biologie du développement, et cancer) de 2001 à 2006, et ancien président du conseil scientifique des Conférences Jacques Monod du CNRS de 2008 à 2011, il est aujourd’hui conseiller scientifique de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie (IHEST), membre du Comité Ethique et Cancer de la Ligue Nationale Fran¬çaise Contre le Cancer, et, depuis 2008, membre du Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE), où il préside la section technique.

Résumé

Le fait que, ainsi que l’a dit Heinz Wismann, « l’innovation n’est pas automatiquement positive du fait de sa déconnexion ou de son découplage d’avec le progrès » parce que, dit-il : « depuis le milieu du XIXe siècle, nous sommes entrés dans une civilisation pour laquelle la nouveauté a acquis une valeur absolue », nous place de plus en plus devant l’exacerbation de positions apparemment irréconciliables, et donc de controverses que la société a bien du mal à gérer.

Qu’on pense aux nanotechniques ou à l’embryon humain, aux plantes génétiquement modifiées ou au mariage dit pour tous et ses implications dans la nature des familles, au soi-disant « principe » de précaution ou à la fin de vie, la société est très divisée, et cette division conduit les politiques à la recherche, probablement utopique, d’un consensus social dont il n’ont pas les clefs. Ainsi, la tentation est grande de déléguer cette recherche de clefs soit à l’économie qui s’affirme comme pouvoir absolu et incontournable, soit à l’éthique à laquelle on donne le rôle d’affirmer « le bien », comme s’il s’agissait, là encore, d’un absolu.

Entre la soumission à l’économie et le refuge sous le parapluie de l’éthique que personne ne comprend très bien tant le terme est galvaudé, on peut avoir le sentiment d’une démission du politique de sa responsabilité de gérer le « vivre ensemble ». Entre tous les comités qui se prétendent relever de la réflexion éthique, les relations qu’ils entretiennent avec diverses instances qui ont parfois le désir de les utiliser, les instrumentaliser, il est difficile de se faire un chemin dans ce que la réflexion éthique peut apporter à la société, et de comprendre comment cette réflexion se place dans, ou en marge des différends, polémiques et controverses qui agitent cette société.

mercredi 9 octobre 2013, par HUCHERY Mélissa