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La controverse

Des controverses sans fin ?

Des controverses sans fin ?
Entretien avec Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien, professeur émérite, université de Nice Sophia-Antipolis, directeur de la collection Science ouverte au Seuil, fondateur et directeur de la revue Alliage

Jean-Marc Lévy-Leblond Physicien (théoricien), épistémologue (expérimentateur) et “critique de science”. Professeur émérite de l’université de Nice, a enseigné dans les départements de physique, de philosophie et de communication. Directeur des collections scientifiques des éditions du Seuil, et de la revue Alliage (culture, science, technique). Auteur de nombreux articles scientifiques spécialisés et d’ouvrages de recherche (principalement sur la théorie quantique et la théorie de la relativité), ainsi que de plusieurs essais sur les rapports entre science et société, en particulier du point de vue de la culture, dont, parmi les plus récents : La vitesse de l’ombre (Aux limites de la science), Seuil, 2006 ; La science (n’)e(s)t (pas) l’art, Hermann, 2010 ; Le grand écart (La science entre technique et culture), Manucius, 2012.

Résumé

Nombre de controverses scientifiques révèlent, en arrière-plan de leurs aspects circonstanciels (enjeux socio-politiques, affrontements idéologiques, intérêts professionnels, etc.), un fond épistémologique essentiel, persistant et sans doute irréductible. Il en va ainsi des débats sur l’origine et l’âge de l’Univers, qui ne cesse de renvoyer à l’aporie du fini et de l’infini, dont Kant a bien montré le caractère d’antinomie indépassable. Ou de la notion de vide, dont les derniers avatars conduisent à des formulations apparemment paradoxales (la nature profondément dynamique du « vide quantique »). Ou encore de l’opposition sans cesse réactivée entre déterminisme et contingence des phénomènes naturels. Et même, exemple plus simple et peut-être plus provocant, de la question de savoir si c’est la Terre qui tourne autour du Soleil ou l’inverse (sur laquelle trébuchent toujours nombre de nos contemporains). La réflexion sur de tels affrontements conceptuels montre que le mouvement de la science consiste moins à apporter des réponses définitives à certaines questions, qu’à les déplacer, ouvrant ainsi de nouveaux espaces à des controverses qui pouvaient sembler closes. Les limitations de notre appréhension intellectuelle et d’abord de nos expressions langagières rendent sans doute inévitable cette permanente résurgence.
Il semble nécessaire de garder ces contraintes fondamentales présentes à l’esprit dans tout débat sur des controverses scientifiques ou techniques, aussi lié soit-il aux contingences concrètes.

Bibliographie

Lévy-Leblond (J.M.), Aux contraires (l’exercice de la pensée et la pratique de la science), Gallimard, 1996
Lévy-Leblond (J.M.), article « doute », Encyclopædia Universalis, septembre 2007

mercredi 9 octobre 2013, par HUCHERY Mélissa