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L’eau en questions-réponses

6-L’utilisation de l’eau de pluie et autres eaux alternatives

Les pouvoirs publics incitent-ils les particuliers à utiliser l’eau de pluie ?

Oui. Depuis la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006, des mesures ont été prises afin d’inciter les particuliers à utiliser des ressources en eau autres que le réseau de distribution d’eau potable. En particulier, un crédit d’impôt facilite l’installation d’équipements de récupération des eaux de pluie.
Ces ressources dites « alternatives » sont principalement l’eau de pluie, l’eau des puits et les eaux retraitées à la sortie des stations d’épuration. La priorité est donnée à la récupération et l’utilisation de l’eau de pluie tombant sur les toits. Elle concerne en priorité les ménages ayant une maison individuelle comme résidence principale (56 % de la population). Un peu plus de la moitié d’entre eux habitent une commune rurale et ils ont généralement accès à un puits.
Le Conseil économique, social et environnemental, puis le Conseil d’Etat, se sont interrogés sur le bien-fondé de ces mesures au regard des risques pour la santé et des économies réellement réalisées. On peut aussi se demander jusqu’à quel point ces mesures sont compatibles avec la prévention des risques naturels et la valorisation climatique de l’eau de pluie en milieu urbain.

Références

Quelles sont les alternatives au réseau de distribution d’eau potable ?

Les principales alternatives à l’eau potable distribuée par le réseau public sont l’eau de pluie qui tombe sur le toit, l’eau du puits et les eaux retraitées à la sortie des stations d’épuration.
La ressource en eau pluviale potentiellement exploitable dépend de la surface du toit, de la pluviométrie et de l’efficacité du système de collecte (ex : pertes par évaporation). Elle est par exemple comprise entre 32,5 et 52 mètres cube par an pour une maison de 100 m2 en Ile-de-France (pluviométrie moyenne actuelle de 650 mm × une surface de captage de 100 m2 × 0,5 à 0,8 selon l’efficacité du système de collecte). Le nombre maximal de jours secs consécutifs en été conditionne le volume d’eau à stocker pour éviter une pénurie (environ trois semaines dans la majeure partie du pays).
Les puits assurent une ressource plus régulière que la pluie. Elle reste malgré tout sensible aux fluctuations de la pluviométrie car les particuliers n’ont accès qu’à des nappes superficielles. Un puits peut tarir à cause d’un forage chez un voisin. Il incombe à la justice de résoudre ce type de conflits et d’assurer un égal accès de tous à l’eau.
Les stations d’épuration sont les seules ressources alternatives où la quantité d’eau ne dépend pas de la pluie mais du nombre d’habitants. Elles ne sont donc pas sensibles aux périodes de sécheresse, ce qui est un avantage certain dans le cas de l’irrigation.

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Les eaux alternatives sont-elles potables ?

L’eau de pluie n’est pas potable. Elle est souillée par les polluants présents dans l’air (15 à 25 % de la pollution totale) et par ceux qu’elle entraîne lorsqu’elle ruisselle sur le toit (75 à 85 % de la pollution totale). Trois exemples : 1) on trouve des micro-organismes pathogènes provenant des fientes d’oiseaux ; 2) dans 10 % des contrôles on observe une concentration de pesticides supérieure à la valeur admissible ; 3) la pollution par les nitrates est voisine de la valeur maximale autorisée. L’eau de pluie étant corrosive, la pollution chimique est aggravée si l’eau ruisselle sur un revêtement métallique ou du fibrociment. L’utilisation de l’eau de pluie dans les maisons est d’ailleurs interdite lorsque le toit est en fibrociment.
L’eau de pluie qui a ruisselé sur le sol est très polluée (ex : micro-organismes transmis par les animaux, micropolluants).
La réponse est moins tranchée pour l’eau de puits car elle peut être tout à fait potable. Elle est malgré tout souvent de mauvaise qualité. C’est un phénomène général : dans 30 % des cas, les points de captage d’eau souterraine ayant un très faible débit ont une qualité microbiologique insuffisante (ils représentent 80 % des cas de non-conformité). Ceci est dû aux infiltrations d’eau de ruissellement et à la pollution des nappes phréatiques superficielles.
Non seulement l’eau rejetée par les stations d’épuration n’est pas potable, mais elle est pratiquement inutilisable sans un traitement poussé, notamment parce qu’elle contient une concentration élevée de micro-organismes pathogènes.

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Est-il envisageable de rendre potable les eaux alternatives ?

A part dans le cas des puits fournissant une eau de très bonne qualité, les eaux alternatives ne peuvent pas être rendues potables sans un traitement poussé. Par exemple, il faut que l’eau utilisée soit d’une qualité microbiologique très supérieure à l’eau de baignade pour qu’une simple filtration suivie d’une désinfection aux UV suffisent. Il faut aussi que les concentrations de certains produits chimiques (ex : nitrates, pesticides) soient très basses car ces polluants ne sont pas éliminés par un traitement aussi simple. L’eau de pluie captée sur les toits ne répond pas à ces exigences.
La potabilisation de l’eau de pluie demande des installations et un savoir-faire qui dépassent les moyens des particuliers. En Allemagne, les spécialistes ne l’envisagent que si l’installation est contrôlée en continue par des professionnels.
Il existe un niveau de qualité minimum en dessous duquel il est interdit de produire de l’eau potable, quelle que soit la technique utilisée pour la potabilisation. La loi interdit de produire de l’eau potable à partir de l’eau rejetée par les stations d’épuration.

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Quelle est la réglementation française sur l’utilisation des eaux alternatives ?

Le propriétaire d’un terrain est propriétaire de l’eau de pluie et de l’eau du puits à hauteur de ce qu’il peut capter. En revanche, l’utilisation qu’il peut en faire est encadrée par la loi.
La plupart des mesures sont prises au titre de la protection de la santé :

  • L’utilisation de l’eau de pluie est strictement interdite dans les locaux accueillant des personnes fragiles (ex : enfants, malades, personnes âgées) ou dans lesquels on fabrique des produits destinés notamment à ces personnes. Plus généralement, il est interdit de l’utiliser pour la boisson, la préparation des aliments, le lavage de la vaisselle et l’hygiène corporelle (la moitié des familles possédant un puits l’utilise pour l’eau potable).
  • Tout raccordement permanent ou temporaire du réseau d’eau potable et du réseau d’eau alternative est formellement interdit. Le respect de cette interdiction est très important car le réseau public de distribution d’eau potable peut être très rapidement contaminé par l’eau alternative (une décontamination coûte plusieurs centaines de milliers d’euros).
  • Il faut éliminer tout risque de confusion ou de mélange avec l’eau potable à l’intérieur des bâtiments.
  • La réglementation stipule un entretien annuel minimum afin d’éviter les mauvaises odeurs et une pollution supplémentaire des eaux alternatives. Le propriétaire de l’installation doit tenir à jour un carnet sanitaire où sont notées toutes les interventions. Les autres mesures relèvent du service de l’assainissement. Elles prévoient la facturation des eaux rejetées à l’égout. La réglementation allemande est aussi stricte que la réglementation française.

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Comment le respect de la réglementation est-il contrôlé ?

Le respect de la réglementation repose quasi-exclusivement sur le civisme des propriétaires car les communes n’ont pas les moyens matériels d’exercer un contrôle. Par exemple, le propriétaire est obligé de déclarer à la mairie qu’il installe un système de récupération d’eau pluviale. C’est une démarche volontaire dont il a l’initiative. Pourtant, il peut bénéficier des déductions fiscales correspondantes sans être obligé de présenter le récépissé de déclaration.
Quand le propriétaire joue le jeu, le système est en théorie sans faille : 1) la présence d’un réseau d’eau de pluie à l’intérieur d’un bâtiment et les volumes d’eau rejetée à l’égout doivent être déclarés à la mairie ; 2) le propriétaire de l’installation tient à jour semestriellement un carnet portant sur toutes les opérations d’entretien et sur les volumes d’eau utilisés ; 3) un agent du service public de distribution d’eau potable peut venir contrôler l’installation ; 4) le préfet peut imposer un délai de mise en conformité.
De la même façon, les agents du service de l’eau peuvent contrôler les installations permettant d’utiliser l’eau du puits à l’intérieur d’un bâtiment.

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Que peut-on faire avec les eaux alternatives ?

L’analyse des utilisations de l’eau amène à distinguer au moins deux types d’eau :

  • L’eau destinée au contact avec les aliments ou au contact prolongé avec le corps humain. Elle est obligatoirement potable.
  • L’eau pour les autres usages. Elle n’est pas obligatoirement potable. Elle doit cependant être d’une qualité microbiologique suffisante pour que le public ne risque pas d’être contaminé lorsque l’eau est sous forme de gouttelettes dans l’air (ex : jet d’eau, chasse d’eau, arrosage).
  • Le lavage du linge occupe une position intermédiaire. En Belgique, les pouvoirs publics incitent à utiliser l’eau de pluie. En Allemagne, l’utilisation de l’eau de pluie est fortement déconseillée lorsqu’il y a des personnes fragiles (ex : jeunes enfants, personnes âgées, malades). En France, le lavage du linge n’est envisageable qu’avec équipement assurant notamment une désinfection de l’eau. L’eau de pluie peut être utilisée à l’extérieur des bâtiments pour arroser et laver le sol et les véhicules. Elle peut être utilisée à l’intérieur des maisons pour les WC et pour laver le sol. L’utilisation des eaux alternatives n’est jamais obligatoire. En Allemagne par exemple, un locataire a obligatoirement accès à l’eau potable, y compris pour le lavage du linge. La réglementation est plus exigeante lorsque l’eau provient d’une station d’épuration afin de prévenir les effets d’un éventuel dysfonctionnement du traitement. Il faut une filtration poussée et une désinfection avant de pouvoir l’utiliser pour arroser les fruits et légumes consommés crus et les espaces verts ouverts au public (notamment les golfs).

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Quels volumes peut-on économiser en utilisant l’eau de pluie ou l’eau du puits ?

On admet généralement que les eaux alternatives peuvent répondre à 45 % des besoins en eau d’un ménage.

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ActivitéConsommation moyennePossibilité d’utiliser de l’eau de pluie
Bains et douches 32 % ± 5Non
WC 28 % ± 6Oui
Extérieur 17 % ± 11Oui
Lave-linge12 % ± 3 Non en absence d’un traitement spécifique de l’eau
Cuisine et lave-vaisselle11 % ± 5Non

Usages de l’eau domestique en Europe. L’importance des usages extérieurs (ex : lavage de la voiture, arrosage) varie beaucoup selon les sources bibliographiques (M. Abirached, D. Delage, J.A. Faby. Utilisation des eaux pluviales dans l’habitat aux Pays-Bas et en Allemagne : réglementation en vigueur ; bilan des actions menées ; retours d’expériences. Office International de l’Eau. Juin 2008. p. 11).

Les eaux alternatives servent avant tout aux WC (40 m3 par an pour un ménage de quatre personnes avec des WC à un bouton, 25 m3 avec des WC à deux boutons). Dans le cas des pavillons individuels elles servent aussi à l’arrosage (une pelouse de 100 m2 consomme 5 m3) et au lavage des véhicules (5 m3). Il faut un équipement spécial pour les utiliser dans un lave-linge (10 m3 par an).
Une cuve de 2,5 m3 suffit à couvrir les besoins en eau des WC tout au long de l’année pour un ménage de quatre personnes en Ile-de-France. En revanche, 60 % de l’eau de pluie récoltée est évacuée par le trop-plein et rejetée dans les égouts. De toute façon, sauf à concevoir des citernes totalement disproportionnées aux besoins, il est inévitable qu’elles débordent lorsqu’il pleut beaucoup.
Ces chiffres ne sont qu’un ordre de grandeur car la consommation d’eau est très variable en fonction de la localisation géographique (environ 43 m3 par habitant et par an dans le Nord de la France, 48 m3 dans l’Ouest, 65 m3 en Ile-de-France et 72 m3 sur le pourtour méditerranéen), du type d’habitat (environ 80 m3 par logement et par an dans les logements collectifs HLM et 160 m3 pour un pavillon individuel) et des habitudes familiales. Par convention, les statistiques officielles retiennent le chiffre de 120 m3 par logement et par an pour une résidence principale.

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Quel est le coût d’une installation permettant d’utiliser l’eau de pluie chez un particulier ?

Cuve d’un mètre cube posée sur le sol fournissant 5 m3 par an (arrosage) :
• Une centaine d’euros, soit l’équivalent de 25 m3 d’eau potable. L’excédent d’eau peut être utilisé pour le lavage de la voiture.
• Le temps de retour sur investissement est inférieur à cinq ans.
Cuve de 10 m3 enterrée fournissant 35 m3 par an (WC deux boutons, arrosage et lavage de la voiture) :
• Environ 6 000 à 7 000 euros pour la cuve avec filtre et groupe de pompage, le terrassement et les raccordements soit l’équivalent de 1 500 m3 d’eau potable (le coût du double réseau d’eau n’est pas pris en compte). L’économie sur la facture d’eau (diminution de 35 m3 de la consommation d’eau potable) est contrebalancée partiellement par la consommation d’électricité pour le pompage (d’un coût équivalent à 10 m3 d’eau potable).
• Le temps de retour sur investissement dépasse 50 ans. Le calcul ne tient pas compte de la taxe d’assainissement et de la maintenance. On ne connaît pas les coûts supplémentaires induits par les opérations de contrôle et de maintenance imposées par le décret d’août 2008 sur la récupération des eaux de pluie.
Les ordres de grandeur ci-dessus correspondent à des équipements conformes aux bonnes pratiques et installés par des professionnels. Le prix du mètre cube d’eau en France est autour de 3,40 euros. Nous avons retenu 4,00 euros pour les calculs.

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Est-il rentable de s’équiper d’appareils consommant moins d’eau potable ?

Oui. La diminution de la consommation d’eau potable peut atteindre 35 % sans gros investissement quel que soit le type d’habitat (44 % des Français ont leur résidence principale dans l’habitat collectif).
Les actions les plus efficaces concernent les usages nécessitant de l’eau potable. Une famille de quatre personnes peut économiser de 15 à 20 m3 par an en changeant une douchette classique par un modèle à pression plus élevée (35 euros). Ces dernières années, la consommation des lave-linge et des lave-vaisselle a baissé. Elle permet une économie de 15 à 20 m3 par an.
L’installation d’un modèle à deux boutons pour les WC permet d’économiser 15 m3 par an (environ 400 euros au lieu de 250 euros pour un réservoir standard). Le temps de retour sur investissement est de un à deux ans si le choix est fait à la construction et de cinq à dix ans si le réservoir à deux boutons remplace une installation existante.
Les principaux postes de consommation d’eau dans les établissements recevant du public sont les lavabos et les WC (sauf cas particulier tels que les piscines). La consommation d’eau par personne des lavabos est plus élevée que chez les particuliers. Elle diminue fortement lorsque les robinets ordinaires sont remplacés par des robinets à fermeture automatique (la baisse de consommation peut atteindre 75 % et la dépense est amortie en quelques mois). En revanche, la consommation d’eau par personne pour les WC est en moyenne sur l’année deux fois plus faible que dans l’habitat.

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Récupérer et utiliser les eaux alternatives : intérêt collectif ou intérêt particulier ?

L’utilisation des eaux alternatives par les particuliers risque de déréguler l’économie de l’eau au détriment de l’intérêt collectif.
Elle ne change pas le débit de pointe du réseau public de distribution puisque les particuliers ont recourt à l’eau potable pendant les périodes de sécheresse prolongée. En revanche, le réseau est surdimensionné la majeure partie de l’année. Il faut alors faire couler l’eau potable à pure perte pour éviter les problèmes sanitaires dus à la stagnation de l’eau dans les tuyaux.
Elle pose un problème d’égalité face au principe pollueur-payeur si l’assainissement des eaux alternatives rejetées à l’égout n’est pas facturé. En effet, le traitement des eaux usées est facturé au prorata de la consommation d’eau potable. Il représente à peu près la moitié de la facture pour un particulier (hors taxes et redevances).
La baisse de la consommation provoque inévitablement une augmentation du prix du mètre cube d’eau potable car 80 à 95 % des charges des opérateurs sont constituées de coûts fixes (qui seront alors répartis sur un volume moindre). On aboutit à une augmentation des inégalités sociales au détriment des ménages vivant en habitat collectif.

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vendredi 16 mars 2012, par Olivier Dargouge