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L’eau en questions-réponses

3-La pollution de l’eau

Quel est le niveau de pollution des cours d’eau et des eaux souterraines ?

Moins de la moitié des cours d’eau et des eaux souterraines sont dans un bon état écologique ou chimique en France.

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Etat des lieux en France métropolitaine et dans les DOM en octobre 2010 (Mise en œuvre de la DCE et politique locale de l’eau - Etat des lieux. Ministère de l’environnement.).
La pollution chimique affecte tout le cycle de l’eau, depuis la pluie (la concentration de pesticides peut y être beaucoup plus élevée que la concentration maximale autorisée pour l’eau potable) jusqu’aux eaux souterraines (7,8 % des eaux souterraines dépassent 40 mg/l de nitrates contre 1,6 % pour les eaux de surface).

Références :

Quelles sont les régions les plus touchées par la pollution de l’eau ?

On distingue deux grandes classes de polluants. Les macropolluants ont un effet néfaste à des concentrations de l’ordre de quelques milligrammes par litre (ex : nitrates, phosphates, matière organique en suspension). Les micropolluants sont toxiques à des concentrations beaucoup plus faibles (ex : le plomb, les pesticides).

Les macropolluants proviennent principalement des rejets urbains (les égouts) et de l’agriculture. La pollution due aux rejets urbains baisse régulièrement depuis que les eaux usées sont traitées dans des stations d’épuration. En revanche, la pollution due à l’agriculture se maintient voire progresse.

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Moyenne annuelle 2007 des concentrations en nitrates dans les cours d’eau (à gauche) et dans les eaux souterraines (à droite), par secteur hydrographique (L’environnement en France Edition 2010. Commissariat général au développement durable. Juin 2010. p. 20).

Les micropolluants proviennent de l’agriculture, de l’entretien des espaces verts dans les zones périurbaines (ex : pesticides), de l’industrie (ex : métaux, plastifiants), des ménages (ex : détergents, médicaments) et du trafic automobile (ex : produits de combustion). Les pesticides font l’objet d’une surveillance particulière car ce sont des produits conçus pour avoir une action sur les êtres vivants. Ce sont en plus des produits qui sont directement dispersés dans la nature.

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figure 3

De gauche à droite : Concentration totale en pesticides en moyenne annuelle 2007 dans les cours d’eau ([106] p. 10) ; Concentration totale en pesticides en moyenne annuelle 2007 dans les eaux souterraines ([106] p. 25) ; Nombre de substances par station ne respectant pas les normes de qualité dans les eaux souterraines en 2007 (Les pesticides dans les milieux aquatiques Données 2007. Commissariat général au développement durable. Juillet 2010. p. 27).

Les éléments radioactifs présents dans l’eau jouent un très faible rôle dans l’exposition totale à la radioactivité.

Références

Quelles sont les pollutions émergentes ?

On appelle pollutions émergentes des pollutions qui sont dues à des micropolluants qui présentent, ou qu’on soupçonne de présenter, un risque pour la santé et qui ne font pas actuellement l’objet d’une réglementation. Elles sont généralement découvertes à cause de leur toxicité pour la faune aquatique. En particulier, de nombreux micropolluants perturbent le système hormonal des mollusques et des poissons dans la nature. Leur impact sur l’homme est à l’étude. C’est une question difficile qui soulève entre autres le problème de l’évaluation des mélanges de produits (« l’effet cocktail »).

La pollution de l’eau par des résidus de médicaments fait partie des pollutions émergentes. Les médicaments ont en commun avec les pesticides d’avoir été conçus pour avoir un effet sur les êtres vivants. Ils constituent à ce titre des micropolluants potentiellement plus nocifs que les autres. Dans le corps, les médicaments sont éliminés après avoir été plus ou moins dégradés (en général, on ne connaît pas la toxicité des produits de dégradation). Ils se retrouvent dans les eaux usées. La priorité est actuellement donnée à la pollution de l’eau par les antibiotiques, les œstrogènes stéroïdiens, les hypocholestérolémiants et les psychotropes.

Il s’écoule beaucoup de temps entre l’identification d’une pollution émergente et l’adoption d’une réglementation. Par exemple, dès 1976 la Commission européenne avait identifié 157 substances dangereuses rejetées dans l’eau (la liste s’est allongée depuis). En 2008 la directive établissant des normes de qualité environnementale dans le domaine de l’eau porte sur 33 substances dont les rejets, pertes et émissions sont à réduire d’ici 2015 et, pour les 20 plus dangereuses d’entre-elles, à supprimer d’ici 2028.

Références

L’eau est-elle encore la source de maladies infectieuses ?

Oui. Historiquement, l’assainissement avait pour but d’éradiquer les épidémies dues à la contamination de l’eau (choléra, typhoïde, dysenterie). Ceci reste la priorité dans de très nombreux pays.

Les agents infectieux présents dans l’eau proviennent en règle générale de matières fécales humaines ou animales rejetées dans les eaux usées. Ils ne sont pas totalement éliminés par l’assainissement et l’eau contaminée reste une source de gastro-entérites. Il s’agit dans la majorité des cas de maladies virales (Norovirus chez l’adulte, Rotavirus chez l’enfant).

Les agents infectieux les plus fréquents changent au cours du temps. Actuellement la bactérie qui provoque le plus de gastro-entérites est Campylobacter. On observe aussi l’émergence de gastro-entérites dues à des protozoaires (ex : Giardia, Cryptosporidium). Ils sont à l’origine de plusieurs épidémies dues à la consommation d’eau dans les pays industrialisés, dont la France.

On trouve aussi dans l’eau d’autres virus (ex : virus de l’hépatite A ou E, virus de la poliomyélite). NB le problème de santé publique posé par le virus de la poliomyélite a été résolu par la vaccination.

Enfin certaines bactéries qui vivent habituellement dans l’eau se sont avérées dangereuses pour les personnes fragiles ou immunodéprimées (ex : Legionella, Mycobacterium avium).

Références

Comment établit-on la valeur guide d’un polluant chimique ?

Une valeur guide correspond à la concentration d’un constituant pour laquelle le risque encouru par le consommateur ne dépasse pas le risque tolérable ou acceptable pour la santé. Le calcul est fait en supposant que la personne consomme l’eau concernée toute sa vie.

Le calcul de la valeur guide est découpé en deux phases : 1) la dangerosité de la substance (la valeur toxicologique de référence), 2) la probabilité d’être exposé à la substance (le risque). Les deux notions sont distinctes : le lion est un animal dangereux mais le risque est pratiquement nul dans un zoo.

La valeur toxicologique de référence est déterminée expérimentalement sur des animaux de laboratoire. Il existe parfois plusieurs valeurs toxicologiques de référence pour une même substance. La différence peut venir des progrès de la toxicologie ou bien du fait que la substance engendre des effets multiples. Il y a alors autant de valeurs toxicologiques de référence qu’il y a d’effets.

Le risque est fonction de la dangerosité de la substance et de la probabilité d’être exposé. Cette dernière dépend du contexte local et de la population concernée. Dans le cas de l’eau, on passe de la valeur toxicologique de référence à la valeur guide en tenant compte : 1) de la quantité d’eau consommée (par convention deux litres pour un adulte, un litre pour un enfant et trois-quarts de litre pour un nourrisson) ; 2) de la part de la consommation d’eau dans les sources d’exposition à la substance.

Références

La détermination de la dangerosité d’un produit est-elle fiable ?

Pas toujours. Les recherches récentes sur les perturbateurs endocriniens ont montré les lacunes de la procédure classique d’évaluation de la dangerosité d’un produit.

Classiquement, depuis les années 1960, on étudie la relation entre la dose de produit et l’importance de l’effet nocif sur des animaux de laboratoire. On détermine ainsi le seuil au-delà duquel on observe au bout d’un temps court un effet nocif de la substance sur une partie au moins des animaux testés (toxicité aiguë). Puis, afin d’éviter l’effet d’éventuels biais expérimentaux, on prend comme valeur toxicologique de référence la concentration seuil divisée par un nombre généralement compris entre 10 et 100.

Cette façon de procéder n’apporte pas d’informations sur :

  • l’effet de mélanges de produits alors qu’ils correspondent aux conditions habituelles d’exposition de la population (effet cocktail),
  • la toxicité des très faibles doses (ex : toxicité chronique par bioaccumulation, produits n’ayant une action nocive qu’à très faible dose),
  • la toxicité d’un produit qui n’agit qu’à un moment précis du développement des individus (ex : la thalidomide n’a un effet nocif qu’entre la cinquième et la huitième semaine de grossesse),
  • les effets transgénérationnels (ex : anomalies génitales chez les enfants nés de mères ayant pris du Distilbène pendant leur grossesse).

Références

Existe-t-il une valeur toxicologique de référence pour les agents infectieux ?

Non. La détermination d’une valeur toxicologique de référence n’a pas de sens pour les agents infectieux car quelques dizaines de particules suffisent pour provoquer la maladie (le chiffre dépend entre autres de l’état de santé des personnes contaminées).

De plus, la détection d’un agent infectieux donné est difficile et coûteuse. Elle est hors de portée pour les pays en développement. Même dans les pays riches, il est inenvisageable de faire des analyses de routine pour tous les agents infectieux potentiellement présents dans l’eau.

Comme la contamination est due habituellement à une pollution par des matières fécales, les valeurs guides ne portent pas sur les agents infectieux eux-mêmes, mais sur la concentration des bactéries abondantes dans l’intestin (les coliformes). La présence de coliformes est la preuve d’une contamination fécale. En revanche, leur absence ne garantit pas l’innocuité de l’eau car les agents pathogènes peuvent rester infectieux longtemps après la disparition des coliformes. De fait, l’expérience montre que les tests basés sur l’absence de coliformes ne suffisent plus pour prévenir les épidémies dues aux agents infectieux les plus fréquents actuellement (ex : Campylobacter, Norovirus, Rotavirus).

L’absence de tests permettant de contrôler directement l’absence d’agents infectieux pose un vrai problème de santé publique.

Références

Comment mesure-t-on la pollution ?

La façon de mesurer la pollution dépend de l’objectif.
L’analyse physicochimique est la meilleure solution lorsqu’il s’agit d’identifier une substance et d’en mesurer la concentration avec précision. Les mesures sont faites en respectant des protocoles normalisés afin d’éviter les contestations.
L’analyse physicochimique répond à une logique réglementaire : s’assurer que les valeurs seuils ne sont pas dépassées. Mais elle n’apporte une information que sur les polluants qu’on mesure. Un produit dont on ne cherche pas à établir la présence car il ne figure pas dans la réglementation sera totalement ignoré, même s’il est toxique.

L’analyse écotoxicologique ne vise pas à mesurer la concentration des polluants, mais à détecter leur présence par l’observation et la mesure des changements qu’ils provoquent sur des organismes vivants. Classiquement on prélève des animaux à différents endroits d’un cours d’eau (ex : poissons, mollusques, diatomées), puis on détermine leur état physiologique. On obtient ainsi une estimation du degré de pollution et de ses effets.

L’analyse écotoxicologique constitue une alarme efficace. On lui doit notamment la mise en évidence de la concentration toxique atteinte par certains micropolluants dans la nature (ex : féminisation des poissons sous l’effet des perturbateurs endocriniens présents dans les eaux sortant des stations d’épuration). En revanche, elles ne donnent pas d’indication sur la nature et la quantité des polluants impliqués. Elles se prêtent mal à une réglementation basée sur des valeurs seuil.

Références

L’eau en bouteille est-elle plus contrôlée que l’eau du robinet ?

Les eaux embouteillées sont autant contrôlées que l’eau du robinet. La réglementation fixe les limites pour les éléments toxiques et indésirables. Des limites spécifiques sont en outre définies pour l’alimentation des nourrissons.

Les eaux minérales naturelles proviennent d’une ressource profonde, microbiologiquement saine. Elles sont commercialisées sans traitement de désinfection microbiologique. Leur exploitation est soumise à autorisation préfectorale. Certaines eaux minérales naturelles, très faibles en éléments minéraux, sont recommandées pour la préparation des biberons. Leur composition doit être affichée sur la bouteille. Elles sont soumises aux mêmes limites de concentration que l’eau du robinet pour une dizaine de substances toxiques (fluor, arsenic, nitrates, métaux lourds…). La réglementation fixe les traitements autorisés pour respecter ces limites.

Les eaux de source sont microbiologiquement saines. Elles sont également commercialisées sans traitement de désinfection microbiologique. Leur exploitation est soumise à autorisation. Elles doivent répondre aux mêmes critères de potabilité et de qualité que les eaux du robinet. Certaines peuvent être recommandées pour la préparation des biberons.

Référence

vendredi 16 mars 2012, par Olivier Dargouge