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Innovation - repères

L’innovation : un facteur de développement des territoires ?

Alors qu’au cours de la seconde moitié du XXe siècle les territoires étaient en concurrence pour attirer l’industrie, le XXIe siècle voit la concurrence entre les territoires se jouer sur la capacité à attirer l’innovation, la connaissance et les talents. Devenir le territoire le plus innovant où se feront les ruptures technologiques de demain pour bénéficier de la croissance qui en découle : tel est aujourd’hui le défi des pays et des grandes métropoles. Dans un même pays certains territoires sont innovants, d’autre pas. Comment devient-on innovant ?

Qu’appelle-t-on « territoire innovant » ?

L’expression « territoire innovant » renvoie à un concept assez incertain. Parler de « territoire innovant » revient à qualifier un territoire non plus par sa spécificité juridique, politique ou administrative, comme on le fait traditionnellement, mais par cette capacité spécifique qu’est l’innovation.
Intéressante d’un point de vue conceptuel, cette expression présente une notion de territoire aux contours assez flous. L’innovation étant un continuum allant de la R&D au marché et inversement, qualifier d’innovant un territoire suppose donc de sous entendre la concentration d’une certaine masse critique d’acteurs (laboratoires scientifiques, universités, entreprises, etc.).

Pour autant, identifier la bonne maille du territoire pour innover n’est pas évident. C’est pourquoi, certains analystes préfèrent parler d’écosystème innovant plutôt que de territoire innovant. Quant aux critères d’évaluation du caractère innovant des territoires, ils sont divers et variés. Au premier rang de ces critères, la production de connaissances de toute origine semble jouer un rôle très important. Dans une économie de la connaissance, les territoires compétitifs sont en effet des territoires apprenants via l’université, les centres de recherche privés ou publics, etc.

Autre critère important : le décloisonnement entre la recherche, l’enseignement supérieur et le développement économique. Fondé sur l’existence de relations formelles et informelles entre organismes de recherche publics et privés et sur un capital humain riche d’une certaine diversité, ce décloisonnement est en effet à l’origine d’une plus ou moins grande capacité d’absorption de la connaissance par les entreprises.

Le dernier critère fréquemment évoqué : la gouvernance. Même s’il a beaucoup d’atouts, un territoire ne tire en effet pas forcément parti de son potentiel et ne devient pas nécessairement innovant. La bonne gouvernance d’un territoire (maillage et convergence des acteurs) est donc un enjeu essentiel.

L’émergence de territoires innovants : un enjeu majeur des politiques publiques ?

Orientation communautaire de la stratégie Europe 2020, vision nationale portée par la stratégie nationale de recherche et d’innovation, stratégie régionale d’innovation… Que ce soit au niveau européen, national ou régional, toutes les politiques publiques semblent aujourd’hui partager le même objectif : promouvoir des territoires innovants pour bénéficier de la croissance économique qui en découle. Rapprochement des mondes académique et industriel, subventions publiques à la R&D, crédit impôt recherche et autre mesures fiscales en faveur des dépenses de recherche ou de développement : nombreux sont les moyens aujourd’hui déployés pour soutenir l’innovation dans les territoires.
Pourtant, malgré toutes les mesures de soutien et les institutions mises en place, les décideurs publics ne parviennent pas nécessairement à reproduire les avantages compétitifs de régions innovantes telles que la Silicon Valley. Les difficultés auxquelles ils se heurtent sont en général de deux ordres. La première difficulté réside dans la diversité des stratégies pouvant sous-tendre l’émergence de territoires innovants. Dotation factorielle, densité relationnelle, spécialisation, smart spécialisation (Voir le paragraphe : Smart spécialisation : la clé des territoires innovants ? ) : on ne s’entend pas toujours sur la stratégie à adopter. Autre raison souvent évoquée et non sans lien avec cette diversité de stratégies : la difficile articulation des différents niveaux d’intervention – communautaire, national, régional et local.

Quel rôle jouent les industries créatives selon Richard Florida ?

A une époque où les politiques publiques considéraient que la richesse urbaine naissait de l’agglomération de systèmes productifs performants et innovants, Richard Florida prennait le parfait contrepied de cette logique largement répandue et intégrée.
Dans son ouvrage The rise of the creative class, paru en 2002, il explique en effet que les villes en mesure de créer le maximum de richesses sont celles qui parviennent le mieux à attirer un capital humain particulier qu’il appelle « classe créative ». Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une ville produit de l’innovation technologique et industrielle attirant des cadres qu’elle aura de nouveaux besoins culturels à satisfaire. C’est au contraire parce qu’elle bénéficie de la présence de cette « classe créative » qu’elle a la capacité de développer des systèmes innovants. Quelle partie de la population Richard Florida qualifie-t-il de « classe créative » ? Toutes les personnes qui travaillent à la création de connaissances et à la résolution de problèmes, les knowledge workers, à savoir aussi bien les scientifiques et les ingénieurs que les artistes, les avocats ou les architectes par exemple. L’enjeu principal pour les villes est donc de parvenir à attirer cette classe créative.
Comment ? Grâce à ce que Florida appelle la logique des 3T pour « talent », « technologie » et « tolérance ». Les villes doivent en effet attirer en leur sein des personnes talentueuses et diplômées, accueillir des activités de fortes technologies, et bénéficier d’une grande tolérance entre individus pour favoriser la fluidité de la circulation de la connaissance. Pour Patrick Cohendet, la faiblesse de cette théorie réside dans le fait que, si Florida précise ce qu’est cette classe créative, il n’explique jamais quels sont les processus créatifs qui font en sorte que les knowledge workers rentrent en contact, produisent et créent de la richesse.

Smart spécialisation : la clé des territoires innovants ?

Pivot de la Communication de la Commission Européenne sur la « Contribution de la politique régionale à une croissance intelligente dans le cadre de la stratégie Europe 2020 », publiée en octobre 2010, le concept de Smart Spécialisation n’est pas nouveau. Apparu il y a quelques années dans la pensée économique libérale dominante actée par le Washington Consensus, ce concept commence à s’imposer dès 2009 avec les travaux de Dominique Foray, Paul A. Davis et Brownyn All – trois chercheurs appelés par la Commission européenne à réfléchir à une nouvelle stratégie de croissance pour l’Europe – dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.

A l’origine de la Smart Spécialisation, un constat : pour rivaliser avec ses concurrents, l’Europe doit se doter de clusters d’envergure mondiale et non plus diluer ses ressources déjà limitées pour soutenir, dans chaque territoire, un large spectre de secteurs ne parvenant pas a atteindre une masse critique suffisante pour façonner un avantage compétitif. Par Smart Spécialisation, on entend donc le fait de concentrer les ressources dans les secteurs les plus prometteurs et dans lesquels les régions disposent d’avantages concurrentiels suffisants. On attend par ailleurs de cette « spécialisation intelligente » qu’elle renforce la diversité régionale en évitant les doublons d’investissements dans des activités similaires, peu propices à la compétitivité.

Pour en savoir plus

Rise of creative class conférence donnée par Richard Florida, 2010
Rencontre régionale de Bordeaux : Que seront les territoires innovants ?, table ronde animé par Gérard Bonos, avec Agnès Arabeyre, Jean-Richard Cytermann, Patrick Maestro, Agnès Paillard, Jean-Claude Prager, Jean Sarrazin Cycle 2008-2009, Session 4,
Rencontre régionale de Lyon : La ville au cœur des mutations sociales et technologiques : quels enjeux pour les politiques territoriales ?, table ronde animée par Michel Lussault avec Paul Boinot, Martin Chenot, Philippe Dujardin, Jean Frebault, Michel Philippon, Cycle 2010 – 2011, Session 3,
Rencontre régionale de Lyon : Ville, connaissance et créativité : enjeu de développement durable Michel Lussault Cycle 2010 – 2011, session 3,]
Bibliographie générale
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Créativité, architecture et villes durables
Carnet du voyage d’études à Chicago

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Chicago, ville créative
Carnet du voyage d’études à Chicago

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Montréal ville créative
Carnet du voyage d’étude à Montréal

jeudi 18 juillet 2013, par HUCHERY Mélissa


Mots clés : Innovation