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Innovation - repères

Qu’est-ce que l’innovation ?

Objet de la littérature scientifique, des sciences humaines et sociales, thème récurrent dans les média, l’innovation est aujourd’hui devenue un concept incontournable. Pourtant, à y regarder de plus près, il s’agit là d’une notion très équivoque. Pour de nombreuses personnes faisant rimer « innovation » et « neuf », l’innovation est en effet souvent associée aux nouvelles technologies et aux objets techniques qui transforment notre société et pose la question du Progrès. Or si la technologie occupe une position dominante dans les sociétés de production et de consommation, elle occulte trop souvent les aspects sociaux et organisationnels de l’innovation. Retour sur une notion aux multiples facettes.

L’innovation : une rencontre avec la société ?

Considérée comme le moteur des sociétés capitalistes, l’innovation se distingue de l’invention ou de la découverte en ce qu’elle s’inscrit dans une perspective applicative.
Comme le rappelle Philippe Laredo, « l’innovation n’est pas qu’une affaire de connaissances, elle est avant tout une affaire de produits et de services appelés à rencontrer le marché et à trouver des usages dans la société ».

Innover, ce n’est donc pas seulement élaborer de nouvelles connaissances ou créer du nouveau, c’est mettre en œuvre un processus partant de la conception et appelé à rencontrer les usages et un marché – ce lieu virtuel de rencontre de l’offre et de la demande, marchande ou non – étant entendu que le travail de conception peut lui même émerger des usages. Intrinsèque, ce lien entre innovation et la société n’est pourtant pas sans soulever un certain nombre de questionnements.

Pour Heinz Wismann, les difficultés commencent dès lors que l’on déconnecte l’innovation de l’horizon du progrès et que, de ce fait, la nouveauté acquière une valeur absolue. Dans ce contexte de substitution incessante d’innovations à des innovations, on prend le risque de voir le marché complètement submergé et donc d’aboutir à ce que Bernard Stiegler qualifie « d’épuisement du "désir" chez le consommateur. (Voir "Quelle est la perception sociale de l’innovation ?")
Sollicité de toute part par cette déferlante d’innovations davantage appelées à entretenir un désir qu’à satisfaire un besoin, le consommateur pourrait en effet connaître une panne de libido, ce qui ne serait évidemment pas sans conséquence sur le bon fonctionnement de l’économie.

Innovation technologique et non technologique : de quoi parle-t-on vraiment ?

Parmi les nombreux écueils auxquels on se heurte lorsque l’on tente de définir ce qu’est l’innovation, l’une des approximations les plus fréquentes consiste à restreindre l’innovation au champ de la technologie. L’innovation a ainsi très longtemps été considérée comme la résultante de l’évolution technologique rendue possible par la recherche fondamentale.

Pourtant, dans la définition inscrite par l’OCDE dans le Manuel d’Oslo, loin de se limiter à une dimension technologique, l’innovation peut revêtir plusieurs formes. Elle se caractérise alors « par l’introduction sur le marché d’un produit (bien ou service) nouveau ou nettement modifié au regard de ses caractéristiques fondamentales, ses spécifications techniques, des logiciels incorporés ou de tout autre composant matériel ou immatériel incorporé, ainsi que de l’utilisation prévue ou de la facilité d’usage ».

L’innovation peut également concerner les procédés. Elle se définit alors « par l’introduction dans l’entreprise d’un procédé de production, d’une méthode de fourniture de services ou de livraison de produits, nouveaux ou nettement modifiés », ayant un impact significatif « sur le niveau de production, la qualité des produits ou les coûts de production et de distribution ».

A côté des innovations de produits et de procédés s’ajoutent les innovations organisationnelles qui concernent « les innovations tenant à la structure de l’entreprise, à l’organisation du travail, à la gestion des connaissances et aux relations avec les partenaires extérieurs », et les innovations de marketing qui correspondent « à la mise en œuvre de concepts ou de méthodes de ventes nouveaux ou modifiés de manière significative afin d’améliorer les qualités des produits ou de l’offre des prestations ou pour entrer sur de nouveaux marchés ».

Ainsi, comme le rappelle Jean-Claude Prager dans le rapport "Innovation et compétitivité des régions", 2008 au système d’innovation dans les régions françaises : « L’innovation ne dépend donc pas uniquement de l’utilisation de facteurs tangibles comme les ressources financières et les technologies disponibles, mais de la façon dont les entreprises utilisent ces facteurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur. L’innovation met en jeu la capacité créative dans toutes ses dimensions ; elle concerne le capital intellectuel des entreprises, en particulier les caractéristiques de la main d’œuvre, les activités de R-D, le capital technologique aussi bien que le « capital environnement » des entreprises, la valeur de leur « réseau », et la manière d’utiliser les sources externes de connaissances ».

L’innovation sociale : un défi nouveau ?

Alors que tous les modèles d’affaire et de management ont aujourd’hui largement intégré l’exigence de l’innovation technologique, certains économistes se demande si l’innovation sociale n’est pas elle aussi appelée à jouer un rôle de premier ordre.
Longtemps absente des modélisations de l’innovation développées par les chercheurs depuis Schumpeter, cette dimension sociale fait en effet aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt non seulement de la part des chercheurs mais aussi de la part de la classe politique. Elle est notamment présente en filigrane dans les objectifs de la nouvelle stratégie Europe 2020.
Mais que faut-il entendre par innovation sociale ? L’innovation sociale vise le mieux être des individus ou des collectivités. Elle apparaît ainsi comme une réponse nouvelle à une situation sociale jugée insatisfaisante et susceptible de se manifester dans tous les secteurs de la société. Elle est également parfois définie comme un processus collectif de création de connaissances résultant de la coopération entre une diversité d’acteurs, voire de la participation des usagers.
Les innovations sociales sont donc souvent des innovations de type organisationnel ou institutionnel. On peut par exemple considérer comme des innovations sociales l’instauration de la co-gestion au sein d’une entreprise, la création d’une crèche interentreprises, le développement de mécanismes tels que le micro-crédit ou encore l’introduction de nouvelles formes de gouvernances fondées sur davantage de coordination. Les innovations sociales concernent aussi très largement les services.

Partant du constat de l’actuel hiatus entre les outils des politiques de soutien à l’innovation qui se sont construits au fil du temps autour des activités manufacturières et des créations d’emploi qui se font aujourd’hui dans les services aux entreprises et aux personnes, Philippe Laredo n’hésite pas à affirmer que « l’innovation dans les services représente le défi de demain ». En ce sens, travailler à un meilleur maintien à domicile des personnes fragiles, par le biais de gérontechnologies « high tech, low tech ou no tech », constitue une forme d’innovation comme en témoigne le rapport d’étonnement Maintien à domicile des personnes fragiles réalisé par la promotion Christiane Desroches-Noblecourt de l’IHEST à ce sujet. Cependant, il ne faut pas opposer innovation sociales et technologique, car dans de nombreux cas, elles sont imbriqués et se génèrent mutuellement.

jeudi 18 juillet 2013, par HUCHERY Mélissa


Mots clés : Innovation