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Les ateliers du cycle national de formation

Innovation et société : exemples

Les ateliers de l’IHEST emmènent les auditeurs du cycle national de formation à la découverte d’objets de controverses ou d’innovations révélant les liens complexes entre la science, la technologie et la société.
Les exemples d’innovations qui sont discutés s’inscrivent dans des domaines d’activités multiéchelles, du global au local, et plurisectoriel. Ces innovations sont des bouquets de technologies et de services orientés par des enjeux sociétaux particulers.
Pour analyser ces objets complexes, les auditeurs, choisis pour représenter un panel de citoyens avertis et non spécialistes du sujet, doivent identifier les enjeux sociétaux que posent des aspects techniques, scientifiques, économiques et politiques d’une innovation particulière.
Ils seront amenés à comprendre les jeux d’acteurs, les facteurs d’appropriation, les résistances, les modes de diffusion, les questions éthiques de l’objet étudié.
Ces ateliers donnent lieu à un rapport d’étonnement rédigé collectivement et qui met en relief les consensus, les divergences, les interrogations du groupe.

Les smart grids

Le système électrique est soumis depuis ses origines à la nécessité d’adapter en temps réel l’offre et la demande d’électricité. Pour cela, l’information nécessaire à cette équation est primordiale.
Cependant, le système électrique est confronté depuis quelques années au développement des énergies intermittentes, à la décentralisation des moyens de production y compris au niveau des consommateurs, et dans le futur, au déploiement du stockage de l’électricité rendue possible entre autres par la mise en place progressive sur le marché de voitures électriques.
Ces éléments vont structurer une profonde transformation du paysage électrique, qu’elle soit technologique, organisationnelle, économique ou comportementale.

Ce n’est pas sans soulever nombre d’interrogations sur toutes les innovations en cours.
Comment les acteurs impliqués vont-ils s’approprier cette problématique, certes prometteuse, vis-à-vis des défis environnementaux, mais qui va remettre en cause nombre d’intérêts ?
Les systèmes d’information et d’automatisation nécessaires au fonctionnement des smart grids ne vont-ils pas apparaître comme des atteintes à la liberté individuelle et à la protection de la vie privée ?
Quel est le modèle économique qui va émerger face à la montée des coûts de l’électricité et dans l’intérêt de qui ?
Ne va-t-on pas assister à une dégradation du service rendu en rendant responsable le consommateur de l’économie de son "business model" ? Est-ce une nouvelle dépendance des citoyens au service d’une flexibilité qui devient problématique au fur et à mesure du déploiement des énergies intermittentes ?
Quelle gouvernance et quelle régulation du plus global au plus local vont-ils s’instituer ?
Les smart grids sont-ils susceptibles de véritablement faire entrer les consommateurs dans une citoyenneté énergétique, citoyenneté qui, pour certains, est le sens profond de cette révolution du système ?.
Les discours sur les smart grids font rêver, mais quelle distance entre la promesse à la réalité ?

Rapport d’étonnement - Promotion Benoît Mandelbrot - Les smart grids

Les ’serious games’

L’irruption des serious games dans le monde de l’éducation s’inscrit dans la mouvance des jeux vidéo avec tout le questionnement qui s’ensuit. Elle s’inscrit aussi dans la continuité des jeux éducatifs existants précédemment comme les jeux d’entreprise, jeux de rôle, jeux de négociations…etc.

Quel est alors l’innovation ? Est-elle incrémentale ou de rupture ? Les serious games ne sont-ils qu’un support pédagogique de plus sur des jeux existants ou au contraire ouvrent-ils le champ à des innovations pédagogiques radicales ? Bouleversent-ils les modèles économiques de la formation professionnelle au point de, progressivement, se diffuser en formation initiale et continue ?

Si certains serious games s’inscrivent dans la continuité des transmissions de savoirs et de savoir-faire, qui se révèlent plus motivants pour des personnes imprégnées de pratiques numériques, nombreux sont les serious games ouvrant de nouvelles pratiques d’apprentissage très innovantes.

En premier lieu les serious games, en s’inspirant des pédagogies constructivistes, modifient profondément les relations enseignant/apprenant. Ces derniers deviennent producteurs de leur apprentissage et l’enseignant, par son expertise, guide son élève et son mode de progression dans les serious games. Cette progression fournit en continu à l’enseignant les éléments de l’évaluation de ses acquisitions.
Ces méthodes favorisent l’apprentissage par l’expérience et l’action, familiarisent les apprenants à la démarche scientifique, sollicitent la mémoire de long terme, font appel à l’intuition, développent la capacité à gérer des tâches complexes, permettent également de se confronter à des situations imprévisibles étant donné le jeu des acteurs ou le nombre de variables intégrées dans les simulateurs, par exemple dans l’apprentissage de la conduite d’un avion.
Mais ces pratiques innovantes dans les serious games ne sont pas sans poser de nombreuses questions dont certaines sont déjà présentes dans les jeux vidéo ; citons entre autres :
L’instrumentalisation idéologique souvent masquée, l’illusion de créer son monde pouvant aller jusqu’à la perte du sens des réalités et dans les cas extrêmes des phénomènes d’addictions.
L’intensité et la permanence des stimulations peuvent-aussi entraîner un état mental peu propice à une réflexion structurée.

Il reste à prouver également la pertinence des serious games dans l’acquisition des savoir-être qui nécessitent une confrontation avec ses pairs dans des situations réelles. Cependant, les serious games utilisent de plus en plus souvent les jeux coopératifs et collectifs et permettent ainsi d’expérimenter l’intérêt du travail de groupe pour trouver des solutions à des situation complexes.
Par ailleurs, les modèles économiques des serious games sont loin d’être stabilisés et mobilisent encore les subventions pour structurer l’offre naissante,
Il reste à instruire les retours d’expérience en créant par exemple un lieu de dialogue et de réflexion entre chercheurs, développeurs, enseignants, étudiants, mais aussi à intensifier les recherches sur le degré de pertinence éducative et les questionnements identifiés ainsi qu’à former les enseignants aux potentialités et aux limites des serious games.
On est donc au tout début du processus d’innovation dont la trajectoire est encore à construire.

Rapport d’étonnement - Promotion Benoît Mandelbrot - Les serious games

Maintien à domicile des personnes fragiles

L’enjeu de la dépendance devient majeur pour des sociétés vieillissantes en Europe, au Japon et bientôt en Chine. Pour la seule Europe, 60 millions de personnes auront plus de 80 ans en 2060.

Innover dans la prise en compte d’une dépendance devient donc un impératif vis-à-vis des enjeux économiques et sociétaux ; mais plus fondamentalement, c’est aussi un enjeu éthique pour nos sociétés.
Innovation en termes de service, innovation technologique en émergence,… comment conjuguer ces deux approches pour permettre à toute personne dépendante de garder le plus longtemps possible une autonomie, des liens sociaux qui sont primordiaux et ceci dans le respect et la dignité des personnes ?

Les technologies foisonnent ; citons entre autres la géolocalisation, les capteurs de suivi médical, la détection des chutes, aide-mémoire vocale…etc. Toutes répondent à des besoins spécifiques et l’offre devient très diversifiée.
Pour certaines technologies, la maturité est déjà là et permet une large diffusion. D’autres, au contraire, sont en voie de maturation dans un double mouvement entre "le push et le pull".
Pour l’ensemble des gérontechnologies, comme pour toute innovation, l’adéquation aux usages ainsi que les questions d’appropriation par les personnes dépendantes souvent perturbées par la complexité technologique devient centrale. Elles doivent être, de plus, non stigmatisantes et s’intégrer à la définition et à la mise en place de services adaptés (et inversement).
Par exemple, la détection de chutes avec des services de secours, la géolocalisation avec les personnes référentes, etc.

Cette intégration technologie-service est un défi pour la construction la plus efficace possible de soutien aux personnes dépendantes et ceci à des conditions économiques acceptables pour l’individu et la société.
Au-delà de la technologie, il reste à construire ce mariage entre les différents acteurs de ces innovations, de façon à répondre le plus simplement possible aux besoins d’autonomie et de vie sociale des personnes.
Cet enjeu sociétal concerne en effet de nombreux acteurs souvent cloisonnés et non concordants : institutions médicales, personnels soignants, aidants familiaux, mutuelles, entreprises, chercheurs, collectivités publiques : tous se mobilisent mais dans leur logique propre.
Se pose aussi la question de la représentation des personnes dépendantes dans la construction d’un écosystème de soutien intégrant services et technologies et la prise en compte d’une réflexion éthique encadrant l’émergence et la diffusion de ces innovations.

Rapport d’étonnement - Promotion Christiane Desroches-Noblecourt - Maintien à domicile des personnes fragiles

Le design

Élément incontournable de la chaîne reliant la créativité à l’innovation, le design est à la fois très visible grâce au rayonnement de ses stars, mais aussi mal compris. En France notamment, il est très souvent cantonné à une recherche de formes et d’esthétisme qui n’est qu’une des dimensions du design souvent utilisée dans une logique de marque.

Cette perception du design connaît maintenant de profondes évolutions grâce, notamment, à certaines écoles qui ont intégré une vision beaucoup plus large, centrée sur les usages et l’individu, individu se définissant par "sa façon d’habiter le monde".
Cette évolution est depuis longtemps en marche dans les pays anglo-saxons ainsi que dans les pays asiatiques, leaders de l’innovation comme le Japon, la Corée et maintenant la Chine.
Dans ces pays, le design s’intègre à toutes les étapes du processus d’innovation dans une approche interdisciplinaire destinée à faire converger objets ou services vers les attentes fonctionnelles de l’individu qui est à la fois consommateur et esthète.
Dans les innovations mobilisant la science et la technologie, le design devient un outil de médiatisation permettant de piloter l’innovation vers les attentes sociétales qui aboutissent à un marché ou un service public.

Ce rôle du design, qui est en voie de reconnaissance dans certaines entreprises des villes comme Saint-Étienne ou des régions, devient un élément majeur de compétitivité et d’attractivité des territoires.
Cependant, cette mobilisation du design connaît encore de profondes limites dues, entre autres, à une profession peu structurée et à des pratiques extrêmement diverses et segmentées. C’est également une discipline en France déconnectée de la recherche, recherche qui existe dans nombres de pays étrangers.
Ces limitations ne sont sans doute que provisoires et se lèveront au fur et à mesure que tous les acteurs de l’innovation prendront conscience des potentialités et de la place du design au cœur de la créativité et de l’ensemble du processus d’innovation.

Rapport d’étonnement - Promotion Benoît Mandelbrot - Le design : imposture ou chaînon manquant ?

Les bâtiments à énergies positives

Le bâtiment à énergie positive est un concept de bâtiments qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme.
Il correspond à une politique visant à baisser les émissions de gaz à effet de serre en France conformément aux directives européennes.
Le secteur du bâtiment consomme 40% de l’énergie et il est responsable de 23 % des émissions de CO2 ; cette politique a pour objectif également de diminuer notre dépendance aux énergies fossiles qui grèvent la balance commerciale de notre pays de façon croissante lorsque les prix de ses énergies augmentent, ce qui est une tendance lourde.

Pour répondre à cet enjeu économique et environnemental, réglementations, incitations, innovations technologiques et organisationnelles, sobriété énergétique sont les principaux outils que l’on pourrait utiliser pour promouvoir progressivement ce concept.
Un ensemble d’acteurs comprenant pouvoirs publics, collectivités territoriales, entreprises, centres de recherche, consommateurs...etc, sont concernés par cette problématique mais sont pour l’instant au tout début du processus d’innovation devant intégrer les aspects technologiques, économiques, réglementaires, comportementaux… ; ce processus est loin d’être stabilisé et abouti.

Dans un premier temps, des réglementations concernant la consommation des bâtiments (RT 2005 puis 2012) ont été mises en place, mais ces dernières se traduisent essentiellement par une isolation qui ne tient pas compte de l’optimum, certes dynamique, entre l’action d’isoler ou de consommer.
Par ailleurs, la conception des bâtiments neufs n’intègre pas encore la capture de l’énergie solaire de façon, là aussi, à arbitrer entre isolation et l’exploitation de ce que reçoit théoriquement le bâtiment par le soleil.

Cette optimisation donne lieu à des recherches et des modélisations au niveau français et international, les réglementations en cours ou en projet s’élaborant de manière indépendante.
Pour être un bâtiment à énergie positive, les technologies associés à la production d’énergie doivent être le plus neutre possible sur la production de CO2. Cela concerne, à titre d’exemple, - pour l’électricité : le photovoltaïque, - pour l’eau chaude : les panneaux solaires, - pour le chauffage : les pompes à chaleur.
Cependant la production d’énergie par la plupart de ces technologies sont intermittentes, d’où la nécessité d’un stockage, ce qui pose de sérieux problèmes économiques et technologiques pour l’électricité. En perspective, on peut songer à l’utilisation de batteries, y compris celles de futures voitures électriques, de piles à combustible, etc.

La maturité économique et technologique, notamment pour la voiture électrique et la pile à combustible, est encore lointaine. Toujours en perspective, on peut concevoir des bâtiments comme un nœud énergétique intégré dans des smart grid, ce qui nécessitera des systèmes d’information pour le consommateur, le distributeur et tous les acteurs concernés extrêmement poussés ; informations qui ne peuvent être fiables que si on sait modéliser l’ensemble du système, ce qui est loin d’être le cas.
Ces éléments montrent tous les défis économiques, technologiques, comportementaux auxquelles ce concept devra répondre pour remplir toutes les fonctions attendues de lui en matière énergétique et environnementale.

Le processus d’innovation en matière de bâtiments à énergie positive en est donc à son début ; chaque acteur aura un rôle déterminant pour son succès, que ce soit la recherche technologique, l’étude de modèle économique viable pour tous les acteurs, la définition des incitations et réglementations favorisant les processus d’intégration des différentes logiques d’acteurs en présence. Rester dans une rationalité économique économe de toutes les ressources, y compris budgétaires, sera une contrainte majeure.
L’appropriation collective de ce concept est un des enjeux importants de ce processus d’innovation. Sur quel compromis technique et économique va-t-on aboutir ? Il est actuellement très difficile de le prévoir face à toutes les incertitudes qui touchent le système énergétique et ses connexions multiples avec l’environnement, l’économie et la géopolitique.

Rapport d’étonnement - Promotion Benoît Mandelbrot - Le design : imposture ou chaînon manquant ?

jeudi 18 juillet 2013, par HUCHERY Mélissa


Mots clés : Innovation