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Innovation - repères

Design et créativité : les clés de l’innovation ?

Parce qu’elle contribue à l’émergence de l’inconnu, l’innovation est aujourd’hui de plus en plus assimilée au design et à la créativité. Est-ce à dire qu’il s’agit là d’une démarche irrationnelle, dépourvue de tout critère d’appréciation ? Les choses ne sont pas si simples, comme en témoignent les théories de la conception actuellement développées. Pour mieux comprendre cette démarche spécifique qu’est l’innovation, retour sur les concepts clés de design, de créativité et de conception.

Innover : une question de créativité ?

Dans un monde où la créativité constitue l’un des moteurs de l’innovation, la question du rapport entre innovation et créativité ne cesse de se poser. Innover est-ce avant tout être créatif ? A cette question, le XIXe siècle avait répondu par la négative. Appelée à apporter le progrès, l’innovation ne laissait alors que peu de place à la créativité pure dans la mesure où le terme du processus d’innovation était fourni au préalable par l’idée que l’on se faisait du progrès.

Avec l’époque contemporaine et l’apparition du phénomène de la mode – entendue comme processus de création de l’inédit entretenant le désir plus que ne répondant à un besoin –, l’innovation devient création pure. La créativité est alors considérée comme la qualité principale de ceux qui innovent. Définie comme l’appel à un acte susceptible de faire advenir du nouveau, comme la confiance mise dans un processus plus que dans le résultat de ce processus, la créativité apparaît progressivement comme une exigence centrale tant dans le discours des entreprises que dans celui des politiques de recherche et d’enseignement supérieur.
Les communautés de créateurs ont été analysées par Patrick Cohendet dans les villes ou se développent les industries de la créativité et dans des entreprises de différentes natures. Elles jouent un rôle majeur.

La créativité face à la conception ?

Parce qu’elle suppose une rupture dans la progression du savoir par une émergence de l’existant, la créativité peut parfois apparaître comme une démarche foncièrement irrationnelle. Elle constitue en effet une objection radicale à la conception que l’on se fait traditionnellement de la science dans la mesure où elle va à l’encontre de l’idée rationaliste selon laquelle toute chose a une cause et se déroule linéairement.
Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que nombre de penseurs recourent de plus en plus fréquemment au thème de la sérendipité pour décrire les valeurs susceptibles de renouveler la créativité. Par sérendipité, il faut entendre l’art de découvrir ce que l’on ne cherchait pas, d’identifier dans le processus même d’une recherche des éléments que l’on n’attendait pas mais qui vont finalement se révéler extrêmement profitables. Plutôt que d’invoquer cette notion floue de sérendipité, Armand Hatchuel a formalisé une théorie de la conception et préfère en appeler à une rationalité de l’idée folle pour rendre compte de la rupture identitaire engendrée par la nouveauté.
Que faut-il entendre par là ? Que la valeur de cette idée folle ne tient pas à l’idée elle-même mais au fait que cette dernière crée un point de passage vers des zones de la connaissance auxquelles il aurait été impossible d’accéder sans elle. L’idée folle ne constitue donc pas un but en soi. Elle n’est qu’un moyen qui permet d’activer une connaissance nouvelle. Si la démarche d’innovation ne se donne pas pour objectif de débattre de la consistance de propositions en se posant la question des critères de sélection comme le fait traditionnellement la raison critique, elle n’en est pas pour autant irrationnelle. Elle se fonde en effet sur une forme de raison conceptive permettant la régénération des objets et, par rétroaction, la formulation de connaissances neuves.

Le design, vecteur de compétitivité ?

Longtemps considéré comme une approche cosmétique arrivant en fin de parcours pour habiller un produit, le design est aujourd’hui appréhendé comme une démarche créative partant de l’analyse de la réalité en général et de l’individu en particulier, selon Alain Cadix.
Un designer étudie en effet toujours un objet en fonction non seulement de sa dimension esthétique mais aussi des différents acteurs qui vont s’en servir, à savoir l’utilisateur, le responsable de maintenance, le distributeur, etc.
Une fois effectuée cette analyse des différents usages, son objectif est de concevoir un produit optimisé, plus ergonomique, plus sûr, moins cher et répondant au mieux aux attentes de chacun. Contrairement à une idée reçue largement répandue consistant à associer le design au luxe, le design peut donc aussi permettre de diminuer les prix de revient et de vente des produits. Par ailleurs, parce qu’il est centré sur l’individu, il peut également être utilisé pour répondre à des enjeux nouveaux. L’exemple du développement de nouveaux services comme les vélos en libre accès dans les villes illustre parfaitement la capacité du design à répondre à l’enjeu aujourd’hui incontournable du développement durable.
Le design constitue enfin un avantage compétitif indiscutable dans la mesure où son utilisation offre non seulement la possibilité de se différencier de la concurrence en s’intéressant à des niches mais également de s’ouvrir à l’international en adaptant ses produits aux diverses cultures. Rien d’étonnant donc à ce que le design soit de plus en plus considéré comme l’un des vecteurs incontournables de l’innovation pour les entreprises.

Rapport d’étonnement Le design : imposture ou chainon manquant

L’éducation et les sciences : quelle place pour la créativité ?, entretien vidéo avec Pierre Léna réalisé dans le cadre de la session L’éducation aux sciences et la créativité : une priorité pour l’école.

La créativité à l’école : un levier pour la réussite des jeunes entretien vidéo avec Micheline Hotyat, réalisé dans le cadre de la session L’éducation aux sciences et la créativité : une priorité pour l’école.

L’innovation quel sésame ? (Extrait vidéo) , intervention de Patrick Cohendet, Paroles de chercheurs, 2009

Rapport d’étonnement de l’atelier Design Industriel, Le design : imposture ou chainon manquant, Cycle national 2010-2011
Bibliographie générale

jeudi 18 juillet 2013, par HUCHERY Mélissa