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Illettrisme scientifique et éducation

Une course mondialisée contre l’illettrisme

La culture scientifique se décline différemment selon les cultures. Il subsiste des différences entre une éducation aux sciences dans des pays de tradition chrétienne ou confucianiste. La relation du maître à l’élève en Extrême-Orient conserve une texture différente de celle qui existe en Europe ou aux États-Unis.

Les politiques éducatives en matière de sciences exactes et expérimentales en Corée, ou en Chine, comme l’IHEST a pu s’en assurer lors d’un voyage d’étude en 2012, cherchent à rompre avec l’enseignement traditionnel fondé sur la répétition et la connaissance « par cœur ».

La course au développement économique, porté par la recherche et l’innovation, suppose, en effet, que l’on puisse former de jeunes scientifiques et de jeunes ingénieurs créatifs, susceptibles de s’approprier aussi bien la démarche scientifique que ses standards internationaux. Cette course suppose aussi une politique éducative d’envergure visant à fournir une acculturation scientifique à toute la population ainsi qu’une appropriation des nouvelles technologies. Face à ce même défi de développement, l’accent sera mis au Brésil sur la scolarisation de toute la population dans l’espoir de former à terme un nombre suffisant d’ingénieurs en allant chercher des « cerveaux » dans tous le pays. Un impératif clair se dégage : que la profession d’enseignant soit reconnue, mieux rémunérée et que ceux-ci soient bien formés, ce qui n’est pas encore toujours le cas, comme le rappelle le chapitre sur ce pays. Mais en attendant, partout, dans ces pays, la guerre pour l’intelligence est déclarée et la concurrence destinée à attirer les jeunes talents étrangers est vive, dans l’attente d’une formation endogène. En Corée, impliquée très tôt dans cette course à l’innovation, il est frappant de constater qu’un phénomène de désaffection pour les sciences chez les jeunes, semblable à celui qui existe dans les autres pays développés, est apparu dans les années 2000. Les similitudes entre la politique menée en Corée depuis dix ans et celle qu’a mise en place la Grande-Bretagne dans cette même période ressortent elles aussi nettement. Chacun de ces pays a mis en place une stratégie intégrée qui associe des actions envers le système éducatif et en dehors de celui-ci : valorisation des chercheurs dans les médias, développement d’activités péri- et postscolaires via les musées et les associations, incitations au rapprochement avec les arts, développement de l’engagement du public.
La Corée a ainsi entrepris d’associer l’enseignement artistique de celui des STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Les Pays-Bas, autre pays concerné par ces difficultés, tentent de renouveler leur enseignement technologique.

Partout les États mettent en place des « standards » pour l’éducation. Exiger que la population bénéficie d’un socle commun de culture scientifique et technique défini au niveau de l’État, est une tendance mondiale. À cet égard, la publication, dans les années 2000, des résultats de l’enquête PISA de l’OCDE a permis de prendre en compte l’état des systèmes éducatifs et de mettre en avant une nouvelle forme de mondialisation et de concurrence : celle de l’éducation. D’autres enquêtes, telle ROSE en Europe, renseignent sur les comportements des jeunes : elles révèlent des attitudes distinctes vis-à-vis des bénéfices de la science entre pays en développement et pays développés, un rejet des sciences plus marqué dans certains pays tels que la France ou le Japon, un comportement différent des jeunes filles et des jeunes gens par rapport aux carrières scientifiques. Partout, cependant, la motivation des jeunes envers les sciences repose sur des valeurs d’engagement sociétal : résoudre les grands problèmes de société tel, en Corée, le développement durable, ou en Algérie le développement agricole. À chaque génération, ses ambitions. Donner prise aux rêves des jeunes pour demain, tel est l’enjeu mondial de la culture scientifique et technique.

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Extraits de l’ouvrage Partager la Science

Perspectives américaines, par Joan Ferrini-Mundy

Dans leurs actions, les États-Unis sont clairement guidés par un engagement en faveur de la justice sociale et de l’équité, et par l’idée que nous devrions tous être capables de participer pleinement, comme individus et comme citoyens, à une société favorable aux sciences et aux technologies.
En outre, le pays tient à sa place dans l’économie mondiale et insiste beaucoup sur la nécessité de former de futures générations d’innovateurs.

L’éducation scientifique fait donc l’objet d’une attention très vive et concrète. L’Académie nationale des sciences a publié dans ce domaine deux rapports qui ont eu un énorme retentissement dans le pays : « Amener les sciences à l’école » (National Research Council, 2007) et « Apprendre les sciences dans des environnements informels » (National Research Concil, 2009). Ces rapports, qui offrent une synthèse des recherches empiriques sur l’apprentissage des sciences, servent aujourd’hui de base à une bonne part des initiatives menées aux États-Unis.

Aux États-Unis, l’éducation est du ressort des États, aucun contrôle fédéral ne s’exerçant dans ce domaine. C’est pourquoi nous observons attentivement ce qui se passe à l’échelon des États. Dans quarante deux États sur cinquante, il faut ainsi savoir qu’au moins deux ans d’apprentissage des sciences sont nécessaires pour obtenir un diplôme d’enseignement secondaire. Les sciences ne sont pas évaluées aussi régulièrement que les mathématiques ou les lettres, ce qui signifie que les incitations à les enseigner ne sont pas aussi fortes que pour d’autres matières.

Comment progresser dans le soutien à la maîtrise des sciences aux États-Unis ?

Quatre voies s’ouvrent au gouvernement :

La première est de mieux former les enseignants, les qualifications de ces derniers étant, elles aussi, définies par les États.
Deuxièmement, le gouvernement peut soutenir les recherches sur l’apprentissage des sciences. Au début de cette décennie, une législation fédérale a demandé aux établissements scolaires d’enseigner les sciences et les mathématiques en se fondant sur des faits.
La troisième approche consisterait à encourager une plus fréquente évaluation des matières scientifiques. Enfin, la quatrième approche est l’élaboration de normes, travail déjà en cours aux États-Unis depuis plus de vingt ans via divers mécanismes.

Science et société : perspective britannique, par Clare Matterson

En 2000, la population s’était montrée très préoccupée par le rythme et les développements des sciences, lesquels semblaient avancer à leur insu et sans leur assentiment. ces événements ont décidé la Chambre des lords à lancer une enquête. Cette enquête a été menée par Lord Jenkin ; elle s’est soldée par la publication, en 2000, d’un rapport décisif intitulé « Science et Société », concluant que « la relation entre la science et la société » traversait une « crise de confiance » et que les scientifiques auraient tout intérêt à faire preuve d’une « nouvelle humilité ».
Cette crise n’a pas uniquement concerné le débat public. En effet, on observe une diminution régulière du nombre de jeunes décidant de s’orienter vers les filières scientifiques majeures.

Cette double pression, imposée par une crise de confiance et un nombre déclinant de jeunes s’orientant vers les études scientifiques, a nécessité l’organisation d’une riposte significative sur le plan national. Cette double pression, imposée par une crise de confiance et un nombre déclinant de jeunes s’orientant vers les études scientifiques, a nécessité l’organisation d’une riposte significative sur le plan national.
Dix ans ont passé et une analyse des statistiques nationales laisse entrevoir une image revalorisée du positionnement du public à l’égard de la science et de sa connaissance de celle-ci.

Culture scientifique et technologique dans l’enseignement néerlandais, par Marc J. De Vries

Il n’y a quasiment pas de relation entre l’éducation scientifique et l’éducation technologique. Très peu de professeurs en science s’aventurent à enseigner la technologie. Le fossé est réel. Dans l’éducation technologique, et c’est le point positif, les élèves peuvent se faire une idée du métier d’ingénieur. En science par contre, on imagine mal qu’ils puissent se faire une idée du métier de scientifique : ils ne peuvent voir que le résultat d’un processus scientifique amorcé il y a des lustres, sans avoir une idée concrète du travail des scientifiques. En technologie, ils voient ce que font les ingénieurs. Aussi faut-il regretter l’absence complète de lien entre les deux dans l’enseignement d’aujourd’hui.

Le pays connaît quelques changements, notamment grâce au vaste projet national, baptisé « VTB » – abréviation néerlandaise pour « optimiser la technologie dans l’enseignement primaire ». Le verbe « optimiser » est étrangement choisi : optimiser, alors qu’il n’y a pas grand-chose à optimiser ? De fait, VTB avait pour but de reformer des enseignants du primaire pour leur donner les moyens d’enseigner la science et la technologie et pour les aider à mettre cet enseignement en œuvre dans leurs établissements.

L’autre avancée intéressante est la nouvelle matière introduite dans l’enseignement secondaire de deuxième cycle, intitulée « nature, vie et technologie ». Le processus qui a conduit à cette nouvelle matière est particulièrement intéressant. Les modules sont conçus par des
groupes d’enseignants scolaires, de chercheurs universitaires et d’acteurs du secteur privé.
Une dernière avancée intéressante aux Pays-Bas est l’émergence des établissements baptisés « Technasium ». Il s’agit d’un nouveau type d’école qui promeut l’élément scientifique en son sein. Les Technasium proposent en effet une matière à part, intitulée « recherche et conception », dans le programme secondaire de premier et de deuxième cycle, en vue de renforcer la technologie dans le cursus des élèves.

Expériences innovantes de culture scientifique et d’éducation aux sciences en Corée, par Sook-Kyoung Cho

E n 2002, un vaste problème social a vu le jour en Corée : les jeunes ne font pas d’études scientifiques et technologiques. La proportion de bacheliers inscrits dans des filières scientifiques et technologiques à l’université a chuté, passant de 42,5 % en 1998 à 29,5 % en 2001.
Une des initiatives les plus fructueuses entreprises en Corée autour de la science, à savoir le mouvement national du « Projet Corée Science », déployé pour résoudre ce problème social. Ce mouvement, lancé pour sensibiliser le public à la science, a été officiellement annoncé par le président par intérim de la Corée lors de la Journée de la science, le 21 avril 2004. Il s’agissait d’une initiative nationale visant à promouvoir l’innovation dans la société coréenne par la culture et la communication scientifiques.

Le Projet Corée Science a eu de nombreuses retombées intéressantes. L’un des résultats les plus visibles est la hausse du pourcentage d’étudiants en science et en technologie, qui a permis de hisser en 2009 la Corée au quatrième rang des pays de l’OCDE en termes de nombre total de chercheurs. Bien que la majorité des étudiants se destine à la médecine, de préférence à une carrière purement scientifique, il n’en demeure pas moins que la proportion d’étudiants en science et en technologie a retrouvé son niveau d’avant la crise du FMI.

Le Projet Corée Science a rencontré un vif succès, qui semble essentiellement dû à trois facteurs. Le premier est qu’il était largement assumé par le gouvernement. Comme les pays asiatiques se sont industrialisés bien après les nations occidentales, ils ont toujours eu tendance à poursuivre l’efficacité et la rapidité avant tout. En particulier, le gouvernement coréen est devenu bien plus centralisé après la guerre. La KSF, placée sous l’égide du gouvernement, a fait fonction d’organe central, doté des ressources financières et humaines requises pour gérer le projet national. Deuxièmement, il existait au sein de la population coréenne un consensus social pour reconnaître que le fait que les étudiants refusent d’embrasser des carrières scientifiques ou technologiques constituait un grave problème qu’il fallait résoudre au plus vite. Troisièmement, il y avait un groupe de personnes, notamment des journalistes scientifiques, des membres de la KSF et des scientifiques travaillant pour des ONG, qui souhaitait ardemment consacrer son énergie et son temps au Projet Corée Science afin de sensibiliser le grand public à la science.

Le Brésil en science, la science au Brésil, Roberto A.Krankel

Le paysage éducatif brésilien est caractérisé par de fortes inégalités sociales. Ces dix dernières années, les changements intervenus dans la structure sociale du Brésil ont naturellement exercé une certaine pression sur le système éducatif, qui se démène encore aujourd’hui pour s’adapter aux réalités évolutives.
Dans ce scénario sans cesse évolutif, les professeurs de science font cruellement défaut dans les lycées. Il existe en effet un déficit considérable d’enseignants en mathématiques, en biologie, en chimie, et surtout en physique.

Ces quelques faits s’inscrivent dans les débats sur l’illettrisme scientifique au Brésil, étant entendu qu’il n’est pas facile de quantifier ce phénomène. L’un des indices parfois utilisés est le classement PISA. En dépit de ses lacunes, il est intéressant de noter que le Brésil est classé cinquante-troisième sur soixante-cinq, et cinquante-sixième pour les mathématiques, matière la plus problématique. D’autre part, toujours selon PISA, le Brésil est l’un des pays qui s’améliorent le plus vite (OCDE, 2011). Ce scénario est, une fois encore, typique des conditions rapidement évolutives. Un autre indice permettant d’évaluer l’illettrisme scientifique est le nombre de chercheurs par million d’habitants. En 2007, l’indice brésilien était de 656, contre 4 666 pour les États-Unis, 3 496 pour la France et 1 070 pour la Chine. Cela étant, le Brésil évolue rapidement, puisque son indice est passé de 400 à 656 en l’espace de cinq ans.

La culture chinoise, l’éducation et la science ; Les grandes universités de recherche en Chine

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La culture chinoise, l’éducation et la science


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Les grandes universités de recherche en Chine

vendredi 13 décembre 2013, par HUCHERY Mélissa