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Illettrisme scientifique et éducation

Marie-Françoise CHEVALLIER- LE GUYADER : L’illettrisme scientifique en question

Accolée aux sciences, l’expression d’« illettrisme » pourrait vite donner, pour une lecture superficielle, l’impression que celui qui l’emploie est coupable d’un retour au deficit model, approche qui consistait à reprocher au public de n’être finalement pas mieux informé, ni plus savant. D’autres paradigmes décrivant le rapport du public aux sciences se sont succédé depuis, que l’on parle d’une « implication », d’un « engagement », ou de diverses formes de consultation, à travers des débats publics, des conférences de consensus ou des forums de citoyens, qui ont été éclairées dans l’ouvrage "La Science et le Débat public", et il ne saurait être question ici de perpétuer cette approche.

Quelle leçon peut-on néanmoins tirer ? Une fois toutes ces précautions prises, il semble que, finalement, la métaphore linguistique suggérée par la notion d’illettrisme soit à sa place, pour quatre raisons au moins :

  • En un premier sens, une dimension essentielle de ce qui est visé à travers la notion d’illettrisme scientifique tient à la langue et à la manière dont un langage peut parler d’un autre. Le défi qui se présente aujourd’hui ne tient pas à l’absence de savoirs, qui n’ont jamais été autant « disponibles », mais à leur disponibilité et à la difficulté qu’il y a à les articuler. Avec l’abondance océanique de l’information possible, l’illettrisme prendrait en ce sens plutôt la forme d’une incapacité à avoir des raisons de choisir, de hiérarchiser et d’articuler. Or, cette articulation se fait d’abord dans et par le langage.
  • Par ailleurs, si l’on considère l’illettrisme scientifique non pas comme absence de savoir, mais comme possession d’un savoir tronqué ou encore comme doute à l’égard de savoirs bien établis, il est possible de conserver un sens à l’illettrisme en le voyant non comme une fatalité mais comme effet. L’appréhension que le public se fait des questions de science n’est sans doute pas un phénomène totalement secondaire, si l’on en juge par l’énergie qui est déployée par certains acteurs pour agir sur ces représentations.
  • En un troisième sens, l’illettrisme scientifique peut être compris comme une incapacité à mobiliser ce que l’on a appris. Dans ce processus, la première éducation est bien sûr primordiale, et c’est une question légitime que de demander quelle est sa contribution à la formation d’une culture scientifique. Encore faut-il qu’elle ne repose pas sur une approche tronquée de la démarche scientifique elle-même.
  • Enfin, la question de l’illettrisme scientifique semble bien être, dans des cultures très différentes, une cible de politiques diverses d’éducation et de sensibilisation aux sciences. Le souci d’éduquer aux sciences tout au long de la vie est un enjeu majeur dans les pays dont la croissance repose sur la recherche et l’innovation. Cette course à la culture scientifique et technique est un phénomène transversal qui se décline différemment selon les histoires et les cultures.

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Dimension internationale :

Partout les États mettent en place des « standards » pour l’éducation. Exiger que la population bénéficie d’un socle commun de culture scientifique et technique défini au niveau de l’État, est une tendance mondiale. À cet égard, la publication, dans les années 2000, des résultats de l’enquête PISA de l’OCDE a permis de prendre en compte l’état des systèmes éducatifs et de mettre en avant une nouvelle forme de mondialisation et de concurrence : celle de l’éducation.

La culture scientifique se décline différemment selon les cultures. Il subsiste des différences entre une éducation aux sciences dans des pays de tradition chrétienne ou confucianiste. La relation du maître à l’élève en Extrême-Orient conserve une texture différente de celle qui existe en Europe ou aux États-Unis. Les politiques éducatives en matière de sciences exactes et expérimentales en Corée, présentées dans l’ouvrage, ou en Chine, comme l’IHEST a pu s’en assurer lors d’un voyage d’étude en 2012, cherchent à rompre avec l’enseignement traditionnel fondé sur la répétition et la connaissance « par cœur ».

La course au développement économique, porté par la recherche et l’innovation, suppose,
en effet, que l’on puisse former de jeunes scientifiques et de jeunes ingénieurs créatifs, susceptibles de s’approprier aussi bien la démarche scientifique que ses standards internationaux. Cette course suppose aussi une politique éducative d’envergure visant à fournir une acculturation scientifique à toute la population ainsi qu’une appropriation des nouvelles technologies.

vendredi 13 décembre 2013, par HUCHERY Mélissa


Mots clés : Education