Accueil > La Médiathèque > Dossiers > Elus locaux, scientifiques et experts > Energies renouvelables

Enregistrer au format PDF

Elus locaux, scientifiques, experts : quelles interactions ?

Energies renouvelables

Avec la participation de :
Daniel LEMANG, adjoint au Maire de Dunkerque, ancien auditeur promotion Benoît Mandelbrot 2010-2011
Vincent DESPLANQUES, directeur des services techniques, ville de Manosque
Jean-Pierre JOLY, directeur général de l’Institut National de l’Energie Solaire (INES)
Catherine QUIGNON-LE TYRANT, maire de Montdidier, vice-présidente du Conseil général de la Somme

Atelier animé par :
Jean-Philippe DESREUMAUX, directeur fréquences et protection, Bouygues Telecom, ancien auditeur promotion Hubert Curien 2008-2009

JPEG - 115.8 ko

Marie-Françoise Chevallier-le Guyader : Le Cercle Science & Politique a travaillé sur la question énergétique. D’anciens auditeurs interviendront : Monsieur Daniel Lemang, maire adjoint de la ville de Dunkerque et ancien président de la communauté de communes, et Monsieur Jean-Philippe Desreumaux, pour animer le débat. Nous avons aussi fait appel à la Mairie de Manosque que nous avions rencontrée durant nos universités d’été portant sur le débat public. Nous avons le plaisir d’accueillir Monsieur Jean-Pierre Joly, directeur de l’INES dont nous avons assisté à la création à Grenoble, et la maire de Montdidier, Madame Catherine Quignon-le Tyrant, que nous avons joint grâce à nos contacts de la Caisse des Dépôts et Consignations. Je vous remercie de votre participation.

Jean-Philippe Desreumaux - présentation des intervenants

Je commence cette table ronde en présentant les intervenants par leurs réalisations.
Madame Quignon-le Tyrant, vous êtes maire et conseillère générale. Vous êtes à l’origine d’une démarche tout à fait innovante et audacieuse, car vous avez créé le premier parc éolien public, financé par la commune pour une large part. Cette réalisation originale caractérise les élus souhaitant être maîtres de leur production d’énergie sur le territoire et de la consommation des administrés.
Monsieur Desplanques, vous représentez le maire de Manosque, territoire particulièrement actif dans le domaine des énergies renouvelables. Vous avez de nombreux projets sur le territoire. Par exemple, vous avez déployé une importante centrale photovoltaïque qui représentait un enjeu technique considérable et des défis environnementaux. J’ai également noté que vous avez équipé une école de panneaux solaires, ce qui me paraît fondamental pour faire de la pédagogie auprès des jeunes.
Monsieur Joly, vous êtes le directeur général de l’INES, centre de référence pour l’énergie solaire. L’institut réunit des acteurs variés : élus politiques, experts associatifs (ASDER), industriels et laboratoires (notamment le CNRS). Vous représentez ici le regard de l’expert et du scientifique.
Enfin, Monsieur Lemang, vous êtes adjoint au Maire de Dunkerque, ville particulière dans le domaine des énergies. En effet, à Dunkerque et sur son agglomération, nous trouvons de nombreux moyens de production d’énergie : centrale nucléaire de Gravelines, centrales thermiques, éoliennes. Vous nous présenterez aussi vos autres projets en la matière. En tant qu’ancien auditeur de l’IHEST, vous connaissez nos méthodes de travail dans l’organisation des regards croisés. Je vous cède la parole pour présenter les éléments de contexte de cette table ronde.
Je rappelle à nos participants que nous ne souhaitons pas produire, ou reproduire, un débat sur la transition énergétique. Nous cherchons plutôt à nous concentrer sur les relations entre les élus de terrain et le monde scientifique. Il s’agit de détecter dans votre propre expérience les « recettes miracles » et les bonnes pratiques que nous pourrons mettre en valeur sur le domaine d’étude.

Daniel Lemang - le point de vue des élus

Je vais essayer d’exposer la question du point de vue des élus, au travers de l’ensemble des règles et lois : au travers de l’exigence des 3x20 % (20 % de gaz à effet de serre en moins, des 20 % d’efficacité énergétique en plus et des 20 % d’énergies renouvelables) et au travers du plan climat/énergie territorial. Notre feuille de route est suffisamment claire pour avancer. Nous devons nous interroger sur la manière de le faire.
Je suis adjoint au Maire d’une ville de 96 000 habitants, faisant partie d’une agglomération portuaire et industrielle. Madame la Maire de Montdidier gère une autre configuration. Les communes étant diverses, il ne peut pas y avoir une réponse unique. Les élus gèrent des contextes différents. Je mettrai en avant cette notion du contexte, puisque la question énergétique se pose en fonction de chaque territoire et de chaque opportunité.

Les élus mènent des expérimentations. En Angleterre, d’anciens moulins à eau ont été transformés en unités micro-hydrauliques. Un petit parc éolien a été installé sur un ancien terrain militaire en Allemagne. Barcelone a édicté des réglementations particulières depuis 2006 : il s’agit de couvrir 60 % de la demande en eau chaude par du solaire. A Milan, des réseaux de chaleur sont créés par la récupération de l’énergie des usines d’incinération des déchets, par des centrales de cogénération fonctionnant au gaz naturel et par de l’énergie géothermique profonde. En Suède, du biogaz est généré par la méthanisation. Les collectivités ont pris le problème à bras-le-corps.

Je témoignerai donc des actions menées à Dunkerque. L’énergie profuse sur le territoire : une centrale nucléaire, un terminal gazier, la plus importante unité de production de gaz industriel de France, deux raffineries, la réception au port de Dunkerque de 6 millions de tonnes de charbon par an et l’aciérie (Arcelor Mittal produit 7 millions de tonnes actuellement).

Je citerai un exemple sur l’opportunité de cette source d’énergie sur le territoire, pour démontrer que le territoire doit d’abord analyser le potentiel à sa proximité. Il y a 28 ans, Usinor Dunkerque (Arcelor Mittal actuellement) a récupéré la chaleur perdue en mettant en place une « hotte géante » dans laquelle circule un serpentin d’eau. Aujourd’hui, ce réseau de chauffage urbain évite de rejeter 26 000 tonnes de CO2 par an. Cette énergie alimente 6 000 logements sociaux. Le site, primé à Copenhague il y a deux ans, est en cours d’extension. Nous avons demandé à des experts de mener une étude de toutes les sources de chaleur exploitables sur l’agglomération et sur les interconnexions possibles avec d’autres sources de chaleur (éolien offshore, pompes à chaleur exploitant l’eau de mer, énergie solaire). Nous avons par exemple effectué un repérage des toits susceptibles d’accueillir du solaire productif.
Même à Dunkerque, la possibilité d’exploitation du solaire existe. Les scientifiques nous aideront certainement à faire performer les panneaux solaires différemment. Nous interrogeons les scientifiques sur les progrès technologiques à apporter sur ces équipements.
Parmi les innovations en cours dans l’agglomération se trouve le terminal méthanier qui arrivera prochainement à Dunkerque. Le produit arrive à -380 °C. Il serait regrettable de perdre cette énergie et de ne pas l’utiliser pour l’industrie du froid. Nous demandons à la recherche de nous aider à trouver comment exploiter ce froid.
Ces projets demandent des partenariats importants mobilisant tous les acteurs. Les élus portent l’enjeu non pas de mener ce partenariat, mais de coordonner les acteurs sur le territoire, afin que les projets se déroulent de manière probante. Nous devons coordonner les réunions des acteurs industriels et scientifiques. Il est souvent difficile de pouvoir réunir des chercheurs universitaires et de mener un dialogue profitable. Il n’est pas évident de faire entrer des logiques territoriales dans les préoccupations des uns et des autres.
Pour certaines expérimentations, le dialogue a lieu facilement. Par exemple, l’hythane, mélange d’hydrogène et de gaz naturel de GNV, a été expérimenté sur 5 bus. Le carburant fonctionne. Dans l’année à venir, l’expérimentation sera déployée sur la flotte de bus de la communauté urbaine (soit une cinquantaine de véhicules). Des travaux de recherche importants ont été nécessaires, ainsi qu’un partenariat fort avec les industriels, le territoire de la communauté urbaine, le prestataire de bus et les centres de R&D. L’ADEME est un partenariat pour l’ensemble de nos projets. Le territoire de Dunkerque essaie de profiter des opportunités pour trouver les « pépites » à développer sur le territoire permettant de nouvelles solutions énergétiques.

Toutefois, la meilleure énergie est certainement celle qu’on ne produit pas. En ce sens, il faut d’abord apprendre à connaître le territoire. Nous avons décidé de mener un diagnostic fin du territoire, en prenant les données caractéristiques de l’habitat (âge et type de logement, densité urbaine) et les données du mode énergétique des logements (mode de chauffage, type d’énergie). Nous avons détaillé les données relatives aux occupants (statuts d’occupation et profils des habitants en situation de précarité énergétique). Nous avons aussi recueilli les données d’estimation des consommations et des émissions énergétiques. Nous avons réalisé une thermographie aérienne, qui permet de voir les toits laissant passer l’énergie. Cette cartographie a été mise à disposition du public à la communauté urbaine. Les riverains peuvent bénéficier de l’appui d’un conseiller spécialisé et, le cas échéant, déclencher des aides publiques pour isoler le logement.

Nous avons aussi établi des cartes présentant les zones d’intervention prioritaire. Par exemple, dans une zone fortement consommatrice de gazole, une intervention peut être envisagée. En consolidant toutes ces cartes, nous avons construit un atlas stratégique des zones d’intervention prioritaire pour l’énergie et le climat (ZIPEC). Ainsi, nous avons déterminé :
• les zones dans lesquelles il faut substituer le fioul au gaz ;
• les zones en précarité énergétique, c’est-à-dire les zones demandant aussi une intervention sociale pour faciliter la transition énergétique ;
• les zones dans lesquelles nous pouvons développer des microréseaux de chaleur ;
• les logements pour lesquels des aides doivent être mises en place pour faciliter les améliorations de l’énergie.

Ce travail est mené en parallèle d’un travail auprès de la population. Il est indispensable de sensibiliser les populations aux problématiques de l’énergie. Nous avons créé des campagnes de communication ciblées. Par exemple, Réflexénergie enseigne aux habitants comment suivre leurs consommations et mieux les évaluer tout en les maîtrisant.
Cette dynamique territoriale est liée aux thématiques de l’aménagement urbain. S’agissant des véhicules particuliers, les zones 30 dans les cœurs des agglomérations et l’installation de parkings tampons autour des cœurs d’agglomération permettent d’éviter que les véhicules entrent en ville. En parallèle, des bus et navettes gratuites pour se rendre en centre-ville font que les visiteurs laissent leur voiture à l’extérieur de la ville. Ces actions génèrent un confort de vie pour les habitants. Ce ne sont pas des contraintes, mais de nouvelles habitudes à mettre en place. Cela demandera du temps, de la communication, de la persuasion et de la conviction, mais aussi une coordination des actions sur le territoire. Je pense qu’un territoire doit avoir une stratégie de développement durable et prendre en compte l’ensemble des données énergétiques pour avancer, ce qui ne se fera pas sans innovation. Il faut chercher toutes les « pépites » que l’on peut développer pour innover. Le territoire de Montdidier n’est pas celui de Dunkerque ni celui de Paris. Chaque problématique est différente.

Catherine Quignon-le Tyrant - le projet public éolien

Jean-Philippe Desreumaux : Merci beaucoup pour cette introduction très riche. Je cède la parole à Madame Quignon-le Tyrant, en lui demandant en particulier de nous exposer son projet ambitieux. Ce projet réclamait sans doute des compétences techniques, scientifiques et économiques. Comment avez-vous démarré ce projet pour identifier les experts et les scientifiques amenés à vous aider ? Avez-vous connu des difficultés pour les rencontrer ?

Catherine Quignon-le Tyrant : La genèse de notre projet part d’un constat. La commune de Montdidier accueille 6 500 habitants et nous disposions de peu de moyens. Nous avons réalisé un diagnostic et nous en avons dégagé un constat : l’outil de la régie de production d’électricité. Cette régie peut produire et distribuer de l’énergie. Nous avons cherché à la potentialiser pour ne pas augmenter la fiscalité et rendre, à terme, du pouvoir d’achat à nos habitants.

Nous avons mené plusieurs démarches, dont je détaillerai le projet public éolien. Nous avons installé un mètre-mesure. La vitesse moyenne est de 6,1 m/s, ce qui n’est pas nécessairement très porteur. Un investisseur privé n’aurait certainement pas exploité cette ressource. Je me suis placée dans une logique de partenariat. Nous allons être aidés par des cabinets d’étude spécialisés, mais également par une volonté politique. Il faut être capables de porter la conviction que la possibilité de faire autrement existe. Nous allons être fortement soutenus par un préfet de région qui, malgré les avis défavorables de certains services, va signer le permis de construire. Nous avons été soutenus par l’Europe, pour réaliser une démonstration différente et permettre d’installer un projet public. Nous avons pris l’engagement suivant : tous les bénéfices générés par le parc sont redistribués sur la commune. Par conséquent, nous sommes pilotes, ce qui permet de tisser des partenariats ultérieurs sur d’autres projets, par exemple avec l’université Picardie Jules Verne, qui va nous accompagner pour étudier le stockage de l’énergie, et avec des porteurs de projet voulant tester à Montdidier des opérations.

Cela n’a pas été facile, car nous nous sommes heurtés à un lobby puissant. Le lobby éolien n’avait pas intérêt à ce que la puissance publique s’empare de cet enjeu. Aujourd’hui, avec le recul, nous pouvons affirmer que notre projet est une réussite. Nos quatre éoliennes, notre parc photovoltaïque et les panneaux installés sur certaines de nos écoles couvrent 53 % des besoins d’énergie de notre commune de 6 500 habitants. Comme nous ne savons pas stocker l’énergie du vent, nous sommes confrontés à la difficulté liée à l’intermittence. En tout cas, nous avons démontré la faisabilité et la viabilité des structures de ce type.

Jean-Philippe Desreumaux  : J’ai compris que le projet est né d’une initiative politique puis que, progressivement, vous avez suscité l’intérêt du milieu scientifique.

Catherine Quignon-le Tyrant  : La notion de « laboratoire » du territoire a grandi avec les projets menés. Il est certain que ces coups de projecteur nous ont permis d’être le lieu d’expérimentation. Nous avons été le premier lieu d’installation d’un réseau de chaufferies au bois. Aujourd’hui, il en existe 46 en Picardie. La filière bois s’est structurée pour approvisionner ces réseaux. 300 emplois ont ainsi été sauvés. Lorsqu’on veut étudier le stockage, on pense au professeur Tarascon de l’université Picardie Jules Verne qui a travaillé sur certains processus. Nous pensons pouvoir trouver une solution à l’intermittence.

Jean-Philippe Desreumaux : J’imagine que vous avez dû porter votre projet politique auprès de vos administrés. Ils devaient certainement soulever des questions à caractère technique, scientifique et économique. Comment avez-vous organisé les débats participatifs ? Comment avez-vous introduit ces débats ?

Catherine Quignon-le Tyrant  : J’ai l’habitude de parler très tôt des projets, dès leur gestation. J’ai le sentiment qu’en les évoquant, ils sont partagés avec la population. Nous avons organisé des réunions de quartier. De plus, dans le bulletin municipal, deux pages ont été consacrées à la régie en évoquant le projet. Nous sommes en train d’étudier la possibilité d’implanter la première mégaéolienne française en offshore. Cette éolienne de 200 m de hauteur n’entraîne aucune hostilité actuellement de la population. Les administrés nous donnent leur accord, car nous redistribuons les bénéfices. A Montdidier, la taxe municipale est 3,5 points moins élevés que dans les autres communes. L’installation de la mégaéolienne engendrerait encore un retrait porté à 10 points par rapport aux taxes des autres communes.
De plus, au travers d’une opération ayant obtenu un label de l’enquête des investissements d’avenir financée par Matignon, nous associons la population en expérimentant la maîtrise de l’énergie chez les habitants pour tenter d’effacer les périodes de pointe. Ainsi, un bénéfice s’observe directement sur la facture d’électricité. L’éolienne devient un emblème et non plus un élément qu’on subit. Ce sentiment d’appropriation est crucial. Sur notre département, les opposants aux projets éoliens citent Montdidier, car ils souhaitent de l’éolien de cette manière.

Jean-Philippe Desreumaux
 : Par conséquent, l’intérêt économique des éoliennes l’a emporté face aux éventuelles oppositions environnementales.

Catherine Quignon-le Tyrant :
Je n’ai rencontré aucune opposition. L’enquête publique n’a suscité aucune opposition. Je pense que la manière d’expliquer les projets aux habitants est fondamentale en la matière. La mégaéolienne aura une hauteur de 200 m, alors que les éoliennes s’élèvent actuellement à 130 m. Si nous installons la mégaéolienne, l’usine de mâts béton installée à 30 km deviendra peut-être le fournisseur français de ce type d’équipement. Il faut partager cette donne avec les habitants : nous sommes peut-être tout petits, mais cette taille nous permet de tester pour que les autres puissent faire demain. En pénétrant les esprits de cette manière, ceux-ci sont emportés par cette conviction bien plus que par le gain économique. La notion de partage revient.

Jean-Philippe Desreumaux  : Vous exprimez une volonté politique très forte. Avez-vous une attente au regard de la communauté scientifique et de la communauté des experts ? Etes-vous en attente d’un service, d’une présence, d’une participation ou d’une contribution ?

Catherine Quignon-le Tyrant : Je ne suis pas en attente, mais je suis preneuse. Chaque fois qu’on me propose une expérimentation avec des chercheurs, je relève le défi, même s’il est très audacieux. Je n’ai pas la capacité à imaginer et à innover, mais je pense avoir la capacité pour remporter la conviction. En nous associant, nous pouvons faire. Jusqu’à présent, cette dynamique fonctionne.

Vincent Desplanques - Les projets de transition énergétique sur le territoire de Manosque

Jean-Philippe Desreumaux : Je vous remercie. Je cède la parole à Monsieur Desplanques. Nous changeons de région. Je sais qu’il y a beaucoup de soleil dans le Lubéron, et il y a peut-être un peu de vent. Je vous pose les mêmes questions. Comment développez-vous vos projets de transition énergétique sur le territoire de Manosque ? Quelles relations avez-vous nouées avec le monde scientifique et l’expertise nécessaire à la réalisation de ces projets ?

Vincent Desplanques : La commune de Manosque n’a pas procédé à des augmentations d’impôts depuis 11 ans, grâce à cette recherche énergétique permanente. Actuellement, nous avons réfléchi à la création d’un centre de recherche sur les énergies renouvelables solaires, qui est en cours de signature par le premier ministre. Nous avons la chance d’avoir le concours du centre ITER de Cadarache. Nous travaillons en permanence avec les chercheurs.

Nos réflexions ont émergé au travers de l’aménagement d’un nouveau quartier de la ville, incluant un hôpital, une école internationale et des logements mixtes. Nous avons étudié les besoins énergétiques de cette zone, dans une démarche de recherche de problématiques, de solutions et de potentiels énergétiques. Ensuite, nous avons étudié le potentiel du territoire. Nous avons identifié l’ancienne décharge. Pendant 30 ans, cet espace de 14 ha était inerte. Nous avons souhaité exploiter cet espace, mais nous devions prendre en considération les contraintes. Par exemple, nous ne pouvions pas enfoncer de vis ou de micropieux pour tenir les panneaux solaires, qui doivent être résistants au vent sans lest trop important. Nous avons fait appel à des experts pour savoir comment répartir la masse sans défoncer la bâche d’étanchéité, mais en pouvant prélever le méthane. Nous devions concilier ces problématiques.
Nous avons estimé que l’hôpital aurait un besoin de 4,5 MW en électricité et de 4,5 MW en chaleur. Notre région est certes ensoleillée, mais l’amplitude de températures est assez forte du fait de la proximité des Alpes. Nous avons créé un réseau de chaleur avec une centrale de chauffe de 4,5 MW (20 % gaz et 80 % bois), avec une recherche de développement de la filière bois locale. L’approvisionnement doit se faire à 50 km autour de la chaufferie. De plus, dans ce contexte, nous gérons mieux le risque d’incendie dans la forêt méditerranéenne. En effet, 80 % de la forêt appartient à des particuliers. Or ceux-ci n’ont pas les moyens d’entretenir ces forêts. En générant un débouché économique, le bois impropre est extrait et le débardage est payé par la vente du bois à la chaufferie. Dans cette microéconomie, nous assurons un entretien de la forêt qui, à terme, évitera certainement des incendies.

Sur l’espace de l’ancienne décharge, nous avons positionné des panneaux solaires d’une valeur de 4,5 MW. Par ailleurs, le petit bois n’étant pas utilisé dans la chaufferie est mis avec les résidus des stations d’épuration pour faire de l’engrais. Nous sommes en cours d’homologation du compost.
Nous recherchons en permanence d’autres voies et d’autres regards. Nous avons cependant un problème générique quant à l’entrée en contact avec les chercheurs et les enseignants. Tous les ans, j’analyse des problématiques diverses avec deux ou trois ingénieurs. Au sein de la Mairie, je m’occupais initialement d’énergie. Aujourd’hui, je suis directeur des services techniques pour la communauté d’agglomération et pour la ville, ce qui me permet de porter un regard transversal sur tous les dossiers.
Au lieu de positionner un limiteur de pression sur un réseau d’eau potable, il vaut mieux placer une microcentrale dans le réseau : l’électricité est produite en faisant chuter la pression.
En sortie de station d’épuration, l’eau a une température entre 15 et 17 °C. Avec un échangeur thermique, la chaleur est réinjectée. Nous vendons cette énergie à prix coûtant par rapport aux coûts d’amortissement et de maintenance aux industriels présents dans cette zone. Nous faisons ainsi baisser leurs charges, nous maintenons l’emploi et nous pérennisons les entreprises locales.
En permanence, nous menons cette recherche. Nous recherchons les problèmes et nous n’achetons pas de produit fini. Par exemple, la piscine municipale était énergivore et présentait notamment des problèmes de chloramine. Nous avons recherché les causes des problématiques. Nous avons abordé les solutions non pas en achetant du matériel disponible sur le marché, mais en recherchant à la source pour acheter du matériel basique. Nous avons positionné une pompe vide-cave avec un ventilateur pour aspirer à certains endroits de la boucle de circulation. En effet, avec les techniciens et les ingénieurs, nous avons étudié le cycle de vie de l’eau dans la boucle et les possibilités d’améliorer cette boucle. Avec ce nouveau système, le taux de chloramine est passé de 0,9 à 0,3 (la norme étant à 0,6) et nous ne changeons l’eau que trois fois par an au lieu de quatre précédemment.

Jean-Philippe Desreumaux : Ce matin, nous avons évoqué la responsabilité des élus, en particulier dans le domaine de la gestion des risques. Nous nous rendons compte que le domaine des énergies demande aussi une gestion des risques. Avez-vous des difficultés pour trouver des experts et des scientifiques pertinents pour gérer ce risque ?

Vincent Desplanques  : Nous avons procédé à l’embauche d’une personne. Nous devons prendre en compte 7 risques, dont le risque sismique. Nous intégrons la gestion des risques dans toutes nos opérations quotidiennes. Ce filtre est systématiquement usité. Par exemple, dans la construction de bâtiments nous examinons les contraintes physiques.

Jean-Philippe Desreumaux : Le tissu associatif est-il mobilisé autour de vos différents projets, sous l’angle de l’énergie ou de l’environnement ?

Vincent Desplanques : Les projets sont très fédérateurs. Nous les menons au travers de la communauté d’agglomération qui vient d’être constituée. L’énergie a été une des premières compétences intégrées dans la communauté par la volonté des élus. En effet, l’enjeu économique est important. Nous avons monté notre projet énergétique à tiroirs. Nous avons cherché un opérateur externe pour le projet de la centrale solaire, qui génère des revenus pour la communauté et nous a permis d’équiper une première école en panneaux solaires. Avec les revenus de la première année d’exploitation, nous avons équipé une deuxième école. Au global, 150 000 euros entrent annuellement dans les caisses de la commune.

Jean-Pierre Joly - les relations de l’Institut National de l’Energie Solaire (INES) avec les élus

Jean-Philippe Desreumaux : Merci. Je propose de donner la parole à Monsieur Joly. Vous allez nous apporter un regard différent. J’imagine que vous entretenez des relations avec des élus de terrain ou d’autres experts. Avez-vous identifié des attentes précises des élus quant à la communauté scientifique ?

Jean-Pierre Joly : J’ai des rapports avec des élus, essentiellement les élus locaux. Les élus locaux ont été à l’initiative de la création d’un institut solaire en Savoie. Bien entendu, l’attente des élus vise aussi le développement économique du territoire. Une grande partie de notre action consiste à nous battre pour qu’existe pleinement une industrie du solaire photovoltaïque et thermique notamment. Cette bataille est rude ! Pour autant, nous avons travaillé sur ces points. Nos rapports avec les élus locaux en Savoie sont centrés autour de cette préoccupation.

Nous entretenons aussi des rapports dans les projets, comme ceux évoqués précédemment. Toutefois, ils ne sont pas suffisants à nos yeux. Dès la création de l’INES, nous avons décidé de ne pas travailler exclusivement sur les technologies « dures », c’est-à-dire d’améliorer les performances et diminuer le coût des convertisseurs photovoltaïques ou d’étudier la problématique du stockage. Nous souhaitons aussi nous préoccuper d’un point qui nous semble essentiel : on ne produit pas de l’énergie pour en produire. Dans le cadre des énergies renouvelables intermittentes, nous devons nous préoccuper de l’usage de l’énergie. La gestion pose des difficultés qui sont, en même temps, des opportunités de développement. Les collectivités locales, proches de ces usages, sont des acteurs à cet égard. Nous avons consacré un laboratoire aux problématiques d’efficacité énergétique d’une part et d’autre part d’intelligence de la gestion énergétique, notamment par le couplage énergétique. Par exemple, le power to gas est un moyen puissant de gérer l’intermittence et le stockage de l’énergie.

En tant que technologue, ces points sont essentiels. Nous souhaitons travailler plus sur ces questions. Je pense que le financement de la recherche est trop segmenté alors que les encouragements pour mener des expérimentations sont rares. Les « fablabs » permettent des expérimentations innovantes dans le monde réel : il faut pouvoir accepter de prendre des risques dans ces expérimentations. Nous souhaitons être davantage associés aux personnes de terrain dans ce cadre pour étudier au mieux le changement de paradigme énergétique. Nous devons assurer une réappropriation du local, ce qui a été souligné dans l’exemple de Montdidier.

En Allemagne, les investisseurs en énergie renouvelable sont des coopératives et non plus les opérateurs traditionnels de l’énergie, ce qui pose d’ailleurs problème à ces derniers. Toutefois, en produisant et en consommant localement l’énergie, l’indépendance n’est pas assurée sans la mutualisation. De plus, en l’absence d’une gestion d’équilibre de l’offre et de la demande locale, les réseaux devront être renforcés, nécessitant des financements. La problématique de la péréquation tarifaire est aussi à étudier. Ces données complexes doivent être analysées dans le champ de l’expérimentation concrète, des décisions politiques et de la compréhension scientifique. Ces problèmes systémiques apparaissent dans la gestion de l’information.

Discussion / questions aux intervenants

Jean-Philippe Desreumaux  : Madame Quignon-le Tyrant, vous souhaitez réagir.

Catherine Quignon-le Tyrant : Oui. Nous ne nous opposons pas, contrairement à l’image parfois véhiculée. Avec les élus tentant les expérimentations, je n’ai pas l’impression que nous sommes en opposition avec l’opérateur historique. Souvent, la volonté des élus est de réussir sur le territoire français à ce que nous n’ayons plus besoin d’acheter de l’énergie sur le marché international. Nous avons la surface nécessaire pour expérimenter. Nous avons la volonté d’expérimenter et de produire ces fameux 20 % que tout le monde espère et que nous avons du mal à atteindre. Dès lors que nous arriverons à établir clairement cette convergence, nous irons plus vite dans nos démarches.

Aujourd’hui, la conscience s’aiguise sur ces thématiques. Je ne suis pas favorable au modèle allemand que vous avez évoqué. Je pense que la puissance de l’énergie doit être régulée à l’échelle nationale. Cet élément est fondamental, afin que chacun puisse avoir accès à l’énergie. Ceci étant, l’énergie doit être consommée de manière adaptée et mesurée. Toutefois, si nous avons la possibilité de la produire différemment, eu égard aux gisements solaires, éoliens et thermiques, nous devons l’utiliser et d’ailleurs en proximité. Cependant, les excédents reviennent dans la botte collective. Dans les débats et rencontres que j’ai organisés, j’ai senti des réticences, mais je réaffirme que nous menons ces opérations pour tous.

Jean-Pierre Joly : Effectivement, il ne faut pas opposer le local au général, car la mutualisation est le meilleur moyen. Il faut simplement que chacun bénéficie du juste retour économique et que les opérations soient concertées.

Daniel Lemang  : Au niveau local, nous sommes habitués à utiliser des réseaux verticaux. Nous sommes en train de passer à des réseaux plus horizontaux qui utilisent les ressources du territoire et qui les combinent. Ces combinaisons sont innovantes et font qu’un territoire devient producteur d’énergie. Il n’est peut-être pas autosuffisant, mais suffisant autrement. A Montdidier, la production d’électricité par les éoliennes est une solution interne au territoire.

Jean-Philippe Desreumaux : Nous avons glissé sur la question de l’articulation des politiques locales et des politiques nationales. En restant sur cette relation entre l’élu et le scientifique ou l’expert, pouvons-nous aborder plus amplement la manière d’organiser l’articulation entre les deux échelles, sachant que les acteurs sont différents ? En effet, j’imagine que les acteurs associatifs sont plus nombreux à l’échelle locale. Comment organisez-vous cette articulation ? A Dunkerque, du fait de la taille de l’agglomération et des industries lourdes sur le territoire, la ville est sûrement très influencée par la politique nationale en matière d’énergie.

Daniel Lemang : Pour l’éthane, le rapport entre l’agglomération et la région est essentiel. L’échelon régional peut intervenir. Les moyens sont différents et la politique d’ensemble régional permet une dynamique plus ample, incluant notamment l’université, le monde de la recherche et les scientifiques pour étudier le développement des initiatives locales.

Jean-Pierre Joly :
L’INES est à 90 % dépendant du CEA, ce modèle n’étant pas identique à celui du CNRS ou de l’université. Pour mener ses travaux, un chercheur, où qu’il soit d’ailleurs, a besoin de financement. Le développement de l’INES est assuré par les contrats de recherche qui sont associés à des demandes du financement. Le financement peut provenir des agences publiques ou des industriels.
Dans les expérimentations que nous avons explicitées, la réalisation pratique est indispensable. Les industriels peuvent être les financeurs, car les expérimentations permettent aussi de développer des produits.
Il est donc essentiel de construire des projets et de trouver la logique économique pour assurer le financement des chercheurs. Sans financement, nous n’associerons pas d’acteurs au projet, bien qu’ils aient leur place au titre de l’innovation.

Jean-Philippe Desreumaux :
Madame Quignon-le Tyrant, vous avez affirmé être prête à accueillir les scientifiques et les porteurs de projet sur votre territoire et de trouver les financements associés. En parallèle, Monsieur Joly appelle de ses vœux un contact resserré avec les élus de terrain. Comment organiser ces rencontres ? Que comptez-vous mettre en œuvre pour rapprocher ces univers ?
Catherine Quignon-le Tyrant : Sur la commune de Montdidier, nous projetons la construction du « bâtiment du futur » avec une visée de démonstration. Le bâtiment accueillera en son sein la centrale virtuelle de maîtrise de l’énergie et la centrale de stockage de l’énergie. Nous considérons que ce bâtiment pourrait produire beaucoup plus d’énergie que ce qu’il consomme, afin d’alimenter les habitations alentour. En ce sens, il serait possible qu’aucun loyer ne soit facturé dans ce bâtiment, ce qui permettrait d’accueillir gratuitement tous les modèles d’expérimentations.
Nous sommes en phase de démarrage, mais nous attendons sur ce projet des subventions européennes, régionales et départementales. Le volet européen sur l’innovation et la recherche est un partenaire incontournable pour financer la recherche et la technologie. En effet, l’étude sur le stockage des batteries demande des moyens financiers conséquents. A mon sens, les élus doivent jouer un rôle d’interface de cette manière.
Le bâtiment sera un lieu d’accueil où le chercheur n’est pas sous la pression d’un rendu positif à remettre. Si la solution trouvée fonctionne, elle est dupliquée. Si elle n’est pas concluante, elle est arrêtée et des alternatives sont recherchées. De plus, par la puissance publique, il est possible que les fonds soient mobilisés à des niveaux plus élevés. Dès lors que la commune a acquis son étiquette de « laboratoire », on peut aller très haut dans les financements. Certes, le projet éolien générant des bénéfices, nous n’avons pas obtenu de financement conséquent, ce qui est compréhensible. Toutefois, dans le projet MIETeC visant à étudier le stockage de l’énergie avec 800 foyers, l’accompagnement financier atteint 80 %.

Jean-Pierre Joly : Il existe des outils. Dans le cadre du photovoltaïque, les appels d’offres de la CRE permettent de financer de grandes installations. De plus, le fonds démonstrateur de l’ADEME est réparti par appel d’offres. Par exemple, dans les appels d’offres de la CRE, je suggère qu’on implique plus le photovoltaïque lié aux projets des communes. Aujourd’hui, la CRE finance près de 500 MW par ses appels d’offres qui sont orientés vers l’innovation technologique pure. Je pense que des appels d’offres ciblant des projets des collectivités locales, prenant ainsi en considération le bon usage et le bon endroit d’installation du photovoltaïque, en matière d’expérimentations, seraient intéressants. Par contrecoup, les chercheurs seraient impliqués dans les projets et l’innovation serait permise pour les entreprises.
Dans les incitations vers l’énergie solaire, je pense qu’on ne se préoccupe pas suffisamment de l’usage de l’énergie et du lieu choisi pour l’installation du photovoltaïque. Il faut se préoccuper de faire sens en la matière et de coupler les expérimentations avec celles sur le stockage et sur une utilisation précise de l’énergie. Concrètement, l’énergie solaire est plus importante en été, période qui correspond au besoin de froid. Par exemple, des panneaux pourraient être mis en place sur un supermarché pour alimenter le froid du local. Or personne ne met en œuvre une telle idée, car le photovoltaïque est mis en place pour vendre l’énergie au meilleur prix et générer des bénéfices financiers, sans se préoccuper de l’utilisation localement.

Daniel Lemang : Nous évoquons les connexions entre les chercheurs, les collectivités, les élus et la population. Un moyen pouvant être développé est de penser aux médias. Sur la côte d’Opale, nous avons créé une télévision locale. Il en existe deux en Nord-Pas-de-Calais, WEO et Opal’TV. Sur Opal’TV, nous avons créé il y a quelques mois une émission intitulée « Plus de sciences », animée par Stéphane Paoli qui fait appel aux chercheurs locaux sur les différentes problématiques locales. Ce magazine a une audience importante auprès des habitants et des universitaires. Il met en évidence les initiatives locales, les réussites, mais aussi les échecs. Il est indispensable que nous trouvions des moyens de médiation. Nous devons étudier comment utiliser autrement les médias locaux.
Jean-Philippe Desreumaux : Il est largement temps de passer aux questions de la salle.
Marie-Françoise Chevallier-le Guyader : Vous avez évoqué le recrutement d’ingénieurs dans les communes, qui s’occupent de filtrer les offres. Comment ces personnes sont-elles entretenues dans leurs compétences ? Quelles offres leur sont proposées pour évoluer en fonction de l’évolution de la recherche et des technologies ?

Vincent Desplanques : Plusieurs types de réseaux sont sollicités, par exemple le réseau Agir animé par la Région PACA. La région est un grand partenaire actuellement. Toutefois, de nombreuses questions se posent en la matière avec l’arrivée des métropoles dans le paysage institutionnel. Avec Nice et Marseille dans notre région, des problématiques seront soulevées. Cet aparté n’est pas négligeable, car la relation avec le monde universitaire sera encore plus difficile dans ce registre.
Nous avons recours régulièrement à des stagiaires, car cette confrontation avec des étudiants nous oblige à nous remettre en question. Nous serons poussés dans nos retranchements. Nous sommes une population vieillissante : les connaissances techniques et technologiques sont actualisées par les méthodes de travail des jeunes embauchés. Nous rencontrons aussi leurs professeurs et leurs maîtres de stage, ce qui nous offre l’opportunité de discuter et d’échanger. Nous avons besoin de rencontrer des scientifiques et des enseignants, mais ces réunions sont souvent difficiles à organiser. En mettant en place un forum ou une base de données, nous pourrions soumettre nos problèmes et échanger.
Daniel Lemang : La formation des conseillers pour les déchets ménagers ou des conseillers pour l’énergie, par exemple, est assurée en interne. Ces agents sont aussi en capacité d’analyse et de compréhension des situations particulières. Les citoyens ne veulent pas que nos interventions fassent peur, qu’elles soient impossibles ou qu’elles soient onéreuses. Un imaginaire s’est créé sur la fin du monde. Or nous soumettons des éléments très rationnels, afin d’analyser ensemble comment faire progresser, même un peu. Une capacité nécessaire au poste de conseiller est l’empathie, l’écoute, l’analyse, le conseil et l’accompagnement. Dans l’exemple du tri des déchets, il ne sert à rien de culpabiliser un résident n’ayant pas correctement réalisé son tri.
Nous souhaitons faire en sorte que les gestes évoluent. La transformation des comportements se fera par l’acceptation et la compréhension de la nécessité du changement. Le changement demandera une sensibilisation longue, de la patience, de la pédagogie, des outils et de la médiation. Ces démarches ne sont pas aisées, mais le changement de génération permettra sans doute aussi des progrès. Le changement concerne aussi la façon de « faire ville ». Par exemple, avec trois poubelles dans un couloir exigu, il est impossible que les habitants s’en sortent. Des outils doivent être adaptés au mode de vie actuel, car la transition énergétique passe aussi par une transformation progressive de la ville. Les nouveaux quartiers durables sont construits pour récupérer l’eau de pluie et pour trier les déchets. Les autres quartiers n’étant pas adaptés en la matière, on ne peut pas obliger leurs résidents à faire des opérations quasi impossibles à réaliser dans ces conditions. Il faut du temps.

Jean-Pierre Joly : Cette démarche est positive. Nous vivons une période de transition qui peut être, au final, enthousiasmante. L’efficacité énergétique ne retirera pas du confort, au contraire. Par exemple, une maison bien isolée est plus confortable. Se déplacer avec un véhicule récupérant l’énergie de freinage avec une partie électrique est aussi plus sympathique. Faire un trajet de 2 km à vélo est plus rapide en général et plus agréable qu’un trajet en voiture pour de nombreuses personnes. C’est aussi du bonheur !
En travaillant sur les énergies faisant la conversion directe du soleil, ressource évidente en regard des ressources disponibles, nous constatons de réels progrès en matière de coûts sur les 6 dernières années. Les raisons d’être rassurés existent ! Pourtant, ces messages sont rarement évoqués par les médias. J’ai regardé le reportage télévisé sur Montdidier, qui était bien réalisé, mais, à mes yeux, il manquait des questions qui sont cependant dans l’esprit des citoyens (Que faire sans soleil ? Que faire sans vent ?). Les réponses à ces objections auraient été intéressantes. Je pense que les médias doivent encore développer la manière dont ils abordent ces thématiques.

Jean-Philippe Desreumaux : Comme vous l’entendez, nous travaillons pour le bonheur intérieur brut ! Je prends une dernière question.

Un participant : En résumant les trois expériences exposées, je constate qu’on exploite ce qui existe déjà, c’est-à-dire de l’énergie générée par l’industrie à Dunkerque, de l’amélioration de l’existant grâce aux ingénieurs à Manosque et la transformation d’un réseau à Montdidier.
Madame Quignon-le Tyrant, existe-t-il d’autres communes en France propriétaires de leur réseau ? Ont-elles mis en œuvre un dispositif similaire au vôtre ou non ? En connaissez-vous les raisons ?
Monsieur Lemang, à partir de votre présentation, j’ai le sentiment que vos actions ont toutes été réalisées pour l’habitat. La démarche que vous avez illustrée pourrait-elle aussi servir l’industrie ? En effet, la consommation énergétique des industries est bien plus importante que la consommation des particuliers. Les trois démarches présentées aujourd’hui sont-elles valables pour l’industrie ? Concrètement, Arcelor Mittal pourrait-elle fonctionner avec les nouveaux réseaux ou la participation d’EDF est-elle indispensable ?

Catherine Quignon-le Tyrant : Nous sommes entre 150 et 160 régies en France. Toutes n’ont pas dupliqué le modèle. Certaines font de l’hydroélectricité, certaines ont testé la paille et d’autres sont orientées sur le bois. A ma connaissance, aucune ne s’est aussi lancée sur l’éolien. A la différence des autres régies, la régie de Montdidier a tenté le mixte. Nous ne faisons pas que de l’éolien, mais nous avons tenté d’explorer tous les champs de production possible et, chaque fois qu’un nouveau champ se présente, nous essayons de le mettre en œuvre. Ensuite, nous échangeons avec les autres régions sur notre expérience, en indiquant s’il est bon ou non de se lancer dans le champ étudié. Nous exposons nos difficultés et la démarche d’accès. Nous avons aussi des retours des expériences des autres régions. Par exemple, nous nous sommes interrogés sur la pertinence des maisons en paille dans un écoquartier, solution que nous avons rejetée.
Aujourd’hui, nous sentons naître l’émulation chez de nombreux élus départementaux ou régionaux. Le mixte énergétique peut être mis en œuvre avec les fédérations d’électricité, les SITCA ou l’opérateur historique. En tout cas, les élus comprennent qu’ils peuvent accompagner, ce qui est innovant. Le débat sur la transition énergétique aura permis d’amener l’éveil des consciences : nous pouvons être des acteurs à des niveaux différents en nous associant les uns avec les autres.

Daniel Lemang : J’ai centré mes propos sur l’aménagement urbain et sur la vie quotidienne des habitants. Cependant, il est certain que l’industrie est motivée par cette récupération d’énergies. J’illustre par la centrale DK6 à Dunkerque, qui récupère l’énergie d’Arcelor pour autoalimenter l’usine. De plus, les travaux concernant l’exploitation du froid provenant du terminal méthanier débouchent essentiellement sur des propositions profitant au monde industriel.

Jean-Philippe Desreumaux : Je remercie nos intervenants pour ces échanges. J’ai été heureux de vous rencontrer aujourd’hui. Nous marquons à présent une pause pour le déjeuner.

mercredi 8 janvier 2014, par HUCHERY Mélissa