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Ouverture officielle

Allocution du directeur général pour la recherche et l’innovation

Discours de Roger GENET, directeur général pour la recherche et l’innovation représentant Geneviève FIORASO, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Monsieur le président, Madame la directrice générale, Monsieur le président du Shanghai Institute for Science and Technology, Mesdames et Messieurs les membres de la délégation, Mesdames et Messieurs les auditeurs, chers amis,

Je suis très heureux ce matin d’être parmi vous et de représenter Geneviève Fioraso, notre ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui avait malheureusement un empêchement. Elle m’a chargé de vous exprimer ses regrets mais aussi de porter le message qu’elle souhaitait vous adresser.

Permettez-moi tout d’abord de saluer Monsieur Wang et les membres de la délégation du Shanghai Institute for Science and Technology, dont la mission de formation continue des cadres dans le domaine de la science et de la technologie en Chine en fait une institution sœur de l’IHEST. La promotion Léonard de Vinci avait été reçue en Chine l’an dernier. Je suis ravi que nous ayons à notre tour l’occasion de vous accueillir en France et d’entretenir ainsi des relations permettant des échanges d’idées, d’expériences, des prémices de collaborations peut-être, qui ne peuvent qu’être féconds pour nos deux pays.

Je veux également au nom de Madame la ministre et en mon nom propre, cher Christophe, vous souhaiter la bienvenue et vous remercier d’avoir accepté la présidence de l’IHEST. Christophe Lecante succède en effet à Bertrand Collomb, qui a largement contribué et œuvré au développement de l’IHEST. Christophe Lecante, comme son prédécesseur, est un chef d’entreprise passionné par l’innovation. Avec les chercheurs de l’INRA de l’université de Grenoble, il a fondé la société TKM, TeknoMetrix, une entreprise innovante qui met au service de la prise de décision dans les métiers de l’innovation et de la recherche les techniques de la fouille de données appliquées à la littérature scientifique. Il est vice-président Innovation du Comité Richelieu. Il a contribué de façon notable à la rédaction du livre blanc publié en novembre 2011, qui propose l’émergence d’un véritable pacte national d’innovation entre l’État, les régions, l’enseignement supérieur et la recherche, les grands groupes industriels et les entreprises d’innovation et de croissance. Sa connaissance et son expérience du monde industriel et de l’innovation sont des atouts indispensables pour présider cet institut.

Je veux aussi en profiter pour saluer l’action de sa directrice générale, Marie-Françoise Chevallier - Le Guyader, qui entame son troisième mandat et à qui vous devez, Mesdames et Messieurs les auditeurs, le privilège de pouvoir suivre une formation d’une très grande qualité. Une formation que Marie-Françoise Chevallier - Le Guyader maintient à un très haut niveau d’intelligence et qu’elle a fondé sur une pédagogie originale faite de découvertes, d’expérimentations, d’une maîtrise parfaite des techniques de débats et d’une ouverture sur la controverse qui sont indispensables aujourd’hui dans la confrontation du monde scientifique et de la société.

L’IHEST a été créé en 2007 avec une mission de formation, de diffusion de la culture scientifique et technique, d’animation du débat public autour du progrès scientifique et technologique et de son impact sur la société. Il s’agissait et il s’agit toujours pour le ministère de la recherche d’offrir à des responsables et des professionnels d’horizons extrêmement variés, sur le modèle de l’Institut des hautes études pour la Défense nationale, un lieu où ils puissent appréhender dans ses multiples composantes la dimension sociale et économique des sciences et de l’innovation. Un lieu qui permette de rapprocher des mondes, que notre tendance à la spécialisation conduit à disjoindre : la communauté académique, le monde de l’innovation et les représentants de la société (administration, média, élus). Cette mission trouve naturellement sa place parmi les orientations actuelles que notre ministre porte. Elle a replacé la question de la culture scientifique et technique et des relations entre science et société au cœur de la politique nationale de recherche. A l’occasion des assises nationales de la recherche à l’automne 2012, cette question a été largement soulevée et débattue. De multiples publications, de nombreux colloques, notamment organisés par l’IHEST, ont permis d’en éclairer différents aspects. J’en retiendrai un tout particulièrement, celui de l’illettrisme scientifique et de sa résolution, qui a fait l’objet d’un recueil publié aux éditions Acte Sud – IHEST et intitulé Partager la science – L’illettrisme scientifique en question.

Malgré l’intérêt exprimé par nos concitoyens pour la science, malgré un accès facilité aux connaissances scientifiques grâce notamment au web, l’IHEST rappelle que la distance entre la science et les citoyens n’est aujourd’hui toujours pas comblée. La rapidité des progrès scientifiques et techniques n’y est pas pour rien. Elle rend pratiquement impossible de se doter d’une culture scientifique solide dans tous les domaines même pour des experts et des scientifiques, ce qui n’était pas vrai il y a 50 ou 70 ans. Le doute, la méfiance à l’égard de certains concepts scientifiques, la complexité même de ces champs scientifiques rendent la science difficilement communicable. Cette perception parfois négative du progrès s’exprime et est entretenue par le goût de la polémique ou de la posture (s’appuyant souvent sur une hypersensibilité de la société au risque) et par des relativismes de toutes espèces. Sur certains domaines (questions climatiques, transgénèse, biologie de synthèse, nanotechnologies, etc.), la déontologie de l’expert scientifique est mise en question. Il faut donc continuer à rappeler que les sciences cherchent d’abord à expliquer, à comprendre, à apporter des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés et qui se posent à l’ensemble de l’humanité. Il faut continuer à porter ce message tous ensemble et je crois que c’est ce que nous faisons dans cet institut.

Les premiers concernés par ce devoir de diffusion et de communication sont les scientifiques eux-mêmes
. Ils le portent déjà largement, d’abord par leur présence au sein de l’IHEST. Le ministère déploie tous les moyens à sa disposition pour les aider à le faire davantage. Cela a été fait par la loi en inscrivant dans les missions du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche « la diffusion de la culture humaniste, de la culture scientifique, technique et industrielle, le développement des interactions entre science et société, la promotion au plan européen et international d’un meilleur partage des savoirs et leur diffusion auprès des sociétés civiles » (extrait de la loi pour l’enseignement supérieur et la recherche promulguée le 22 juillet et portée par notre ministre au cours de cette année).

Les seconds concernés sont ceux et celles dont la fonction, la position professionnelle ou sociale, la capacité de conviction et d’entraînement les placent en situation de jouer un rôle de relais d’opinion. Encore faut-il qu’ils aient une vision élargie, éclairée des problématiques scientifiques, technologiques, qu’ils soutiennent et communiquent des points de vue qui soient parfaitement clarifiés et étayés. C’est précisément ce que visent ces cycles de l’IHEST. Il ne s’agit pas seulement de former des élites pour leur seul bénéfice individuel ; il s’agit de former des professionnels qui, plus éclairés que leurs collègues sur les questions scientifiques et technologiques, deviennent la référence sur ces questions au sein de leurs instituts, de leurs administrations, de leurs entreprises et se sentent investis d’un devoir de faire avancer ces idées. Il s’agit de diffuser les approches, d’inciter les autres autour de nous à réfléchir, d’agir pour la science, non par prosélytisme mais plutôt par conviction, par contagion, par capillarité ; chacun à son niveau, chacun dans son propre environnement professionnel ou personnel.

Créateur d’intelligence collective, incubateur d’idées, l’IHEST s’emploie également au service de la communauté la plus large en diffusant les résultats des réflexions produites tout au long des cycles nationaux. A côté de ceux-ci, l’institut développe un panel d’actions destinées à un public plus large. Citons les universités européennes d’été, les rencontres régionales, les réflexions des cercles de l’IHEST, des cycles de conférences « Paroles de chercheurs », des publications à travers la création de la collection Questions vives avec les éditions Acte Sud, un site web. Au-delà des auditeurs de cette nouvelle session 2013-2014 de l’IHEST, votre présence, nombreux, ce matin témoigne de votre intérêt très large pour ces différentes activités portées par l’IHEST et pour le débat qu’il suscite.

Tout récemment, notre ministre Geneviève Fioraso a confié à l’IHEST la mission de créer des cycles de formation courts en direction des élus et des journalistes, centrés sur des thématiques faisant l’objet de controverses, en y appliquant la même pédagogie que celle des cycles longs.
Les cycles longs restent la marque de fabrique de l’institut. Je me réjouis que cette année, ce cycle soit consacré au numérique. Qui aurait imaginé, il y a seulement 40 ans, que le numérique allait à ce point pénétrer nos sociétés ? Avec le numérique, nous vivons une révolution sans précédent qui transforme nos modes de vie, de relation, de communication, qui change notre rapport au temps et à l’espace, qui recompose nos modes de pensée et qui bouleverse notre rapport à la politique et même à la démocratie. Nous vivons une de ces périodes charnières où l’évolution des technologies est absolument déterminante pour orienter l’histoire de l’humanité. Cette rupture est aussi (peut-être même plus) fondamentale que celle de l’écriture ou de l’imprimerie. Jamais auparavant une pareille mise à disposition de connaissances sous une forme aussi élaborée et aussi facilement partagée n’avait été possible. Il est temps pour chacun de prendre la mesure de la transformation qu’impose le numérique à notre société. Il est temps également pour notre pays de prendre résolument le virage du numérique. Le Président de la République en est profondément convaincu et le gouvernement a décidé, lors du séminaire gouvernemental du 28 février dernier, de faire de la révolution numérique une priorité du gouvernement. Geneviève Fioraso, notre ministre, a placé le numérique au cœur de la politique de recherche et d’enseignement supérieur avec l’ambition de faire de la France un des pionniers dans cette troisième révolution dont le cours est aujourd’hui irréversible. La loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche du 22 juillet inscrit le numérique au centre de l’université en mouvement avec pour double objectif la réussite étudiante et l’élévation du niveau de connaissances et de qualification dans la formation initiale et continue. Dans ce paysage, le numérique apparaît comme une opportunité mais aussi comme un défi. L’opportunité de repenser l’élaboration et la transmission des savoirs de manière interactive en mettant les étudiants au cœur du projet pédagogique de l’enseignement supérieur. Le défi de construire une université qui soit à la fois performante, innovante et ouverte sur le monde. C’est tout l’enjeu du plan France université numérique, présenté par la Ministre le 2 octobre dernier en présence de Madame Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée de l’innovation et de l’économie numérique, et de Madame Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie.

Du côté recherche et innovation, l’agenda stratégique pour la recherche, le transfert et l’innovation France Europe 2020, présenté par notre ministre le 21 mai dernier, identifie une dizaine de grands défis sociétaux, dont le 7e, intitulé « société de l’information et de la communication », pose la question globale des enjeux du numérique dans notre société pour autant et pour peu que l’on décline ces défis en priorités scientifiques. Que ce soit dans le domaine de la santé, de l’énergie, des transports, de l’environnement, de l’agriculture, de la mobilité, le numérique irrigue l’ensemble des champs. Voilà qui pose le problème des politiques gouvernementales et de la place qu’occupe le numérique dans les préoccupations du gouvernement. Cette huitième session du cycle de formation de l’IHEST apportera donc sa pierre à la réflexion sur le numérique. Il est essentiel que les cadres dirigeants d’administration et d’entreprises puissent approfondir la réflexion sur un phénomène qui provoque d’aussi profonds bouleversements. Il est essentiel d’étudier à côté des bienfaits du numérique les risques qu’il comporte en matière d’éthique notamment mais aussi sur la transformation des comportements individuels et sociaux. Il est indispensable de se demander comment peut évoluer un être humain qui a confié à l’ordinateur jusqu’à sa capacité de mémoire. Comment peut se développer une société qui a délégué au numérique une partie de ses fonctions économiques ? Que peut devenir un monde qui a confié sa communication et son organisation sociale à un gigantesque réseau, qu’il ne sait pas toujours contrôler ?

Le rêve, certains le prédisent, peut devenir un cauchemar. Je suis convaincu que le numérique apporte déjà et qu’il contient en germes d’incontestables bienfaits pour nos sociétés et l’humanité toute entière. Encore faut-il par la réflexion, par la prise de conscience, par la créativité imaginer comment s’en servir et non comment s’en trouver asservi. C’est un des défis que vous aurez à relever pendant cette formation. Je sais que vous serez sans cesse sollicités, que vous n’aurez pas de répit, que vous en sortirez un peu différents et avec des idées neuves et différentes des problèmes. Je sais aussi que nous nous enrichirons de vos travaux, de vos confrontations, des parangonnages qui seront possibles, des analyses que vous aurez l’occasion de faire. Je vous souhaite à tous une excellente formation et de prendre beaucoup de plaisir dans vos échanges.

mardi 8 octobre 2013, par HUCHERY Mélissa