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Clôture du cycle 2007-2008

Intervention de Bertrand Collomb, président de l’IHEST

20 juin 2008

Intervention de Bertrand Collomb, président de l’IHEST

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M. le Recteur, je suis très heureux de vous accueillir en tant que représentant de l’un de nos deux ministres de tutelle, le ministre de l’Education nationale, M. Xavier Darcos, pour cette clôture de la seconde promotion de l’IHEST, la promotion Gérard Mégie.
Ce cycle était placé sous le thème du changement. Le problème sur ce sujet ne vient pas de la science elle-même, qui est par nature le changement mais de l’attitude de la société face au changement et de sa capacité à l’accepter, à en maîtriser le rythme et les risques. La promotion a réfléchi sur ce sujet au cours de déplacements en France et à l’étranger car il est difficile de comprendre la diversité de la société de la connaissance et des politiques de changement sans aller voir ailleurs et rencontrer les personnes qui, sur les différents territoires, sont au cœur de ce changement.

Le changement dans nos sociétés est une évidence : accélération des changements techniques, mondialisation, société et économie de la connaissance s’accompagnant de l’apparition d’une conscience collective qui essaie de traiter des problèmes collectifs nouveaux comme par exemple les problèmes de développement durable. Beaucoup de débats sociétaux impliquent la science et soulèvent de nombreuses difficultés. Le changement climatique est peut-être au niveau mondial le sujet le plus évident où s’entrechoquent une connaissance scientifique en devenir et la capacité ou l’incapacité de nos sociétés à se positionner face à ce risque, à aller de l’appréciation du risque à l’appréciation de la réalité scientifique, à se mettre dans des positions de déni ou de volontarisme parfois un peu illusoires. Cette thématique du changement climatique soulève simultanément deux problématiques : celle de la connaissance scientifique et celle de l’organisation de nos sociétés qui ont un mal fou à réagir de manière globale car elles ne sont pas organisées sur le plan global. Le thème du changement climatique implique de plus toute la société : les scientifiques, les politiques, les entreprises et les citoyens. Nous n’arriverons à rien si les différentes catégories ne s’harmonisent pas autour d’une action commune.

Le deuxième paradoxe évoqué précédemment tient au fait que tout le monde s’accorde sur l’importance de la culture scientifique et sur le fait que progrès économique et social ne peuvent se construire sans la science mais, dans le même temps, la science est sans cesse remise en cause. Cette situation peut conduire à deux risques :

  • le risque « scientiste » classique : les scientifiques détenant une vérité ont tendance à mépriser ceux qui ne la comprennent pas ou ne la partagent pas ;
  • le risque du « politiquement correct » : le consensus social pourrait à son tour représenter la vérité et entrainer un découragement des scientifiques sur leur capacité à faire évoluer ce consensus voire une autocensure.

Il serait absurde de vouloir faire de la science sans comprendre les réactions de la société face à la science mais il serait également absurde de faire de la science en pensant que le consensus social est l’arbitre du progrès scientifique. Il faut donc, non pas moins de science, mais plus de science à condition que le travail scientifique soit suffisamment modeste pour ne pas affirmer des choses dont on est absolument sûr et suffisamment courageux pour affronter les consensus sociaux qui n’ont aucune raison d’être plus valables que la pensée scientiste d’autrefois.

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Je terminerai par le problème de la désaffection des jeunes pour la science qui touche l’ensemble des pays développés. Les auditeurs ont été au Japon et auront certainement l’occasion lors des tables rondes d’expliquer comment les sociétés japonaises et allemandes, dont les jeunes ne sont pas extrêmement attirés par les carrières scientifiques, ont réussi à se construire beaucoup plus largement sur l’innovation. Nous voyions, tout à l’heure, les jeunes à la Cité des Sciences. Il est évident que rien n’est possible sans l’implication des générations futures et nous devons parvenir à les entrainer dans le mouvement.

C’est un des rôles de l’IHEST et il faudra que nous y travaillions avec le ministère de l’Education. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons comme tutelle le Ministre de l’Education. En effet, l’Institut a inscrit dans ses statuts la mission d’aider à mener une réflexion qui permette de faire évoluer l’éducation des sciences.

Les auditeurs de l’année 2007-2008 vont rejoindre leurs anciens. Nous avons donc maintenant 90 auditeurs engagés dans des chemins très divers et de grande qualité. Une association a été créée. Ce réseau contribuera au développement de l’action de l’IHEST. Il constituera en effet un atout important et pourra aider notre pays à discuter d’un certain nombre de problématiques.

vendredi 20 juin 2008, par Olivier Dargouge