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Clôture du cycle 2007-2008

Hommage à Gérard Mégie par Antoine Petit, auditeur

20 juin 2008

Hommage à Gérard Mégie par Antoine Petit, auditeur



101 ap

Madame la Présidente, Monsieur le Président, Monsieur le Recteur, Monsieur le Ministre, Madame la Directrice, Mesdames, Messieurs, chers amis auditeurs de l’IHEST, Chère Monique Mégie,



Lorsqu’il s’est agi de choisir un nom pour notre promotion, nous avons commencé par faire un sondage libre. Evidemment, les propositions ont été nombreuses et variées mais un nom a recueilli le plus de suffrages, celui de Gérard Mégie. Curieusement, si d’autres noms moins cités étaient connus de tous, le nom de Gérard Mégie n’évoquait rien pour de nombreux auditeurs, peut-être même la majorité d’entre eux. Cela illustre la distance beaucoup trop grande qu’il y a encore aujourd’hui entre Science et Société et à quel point un institut comme l’IHEST est utile et même indispensable. Car enfin, est-il raisonnable qu’à l’aube du 21ème siècle, notre société ne connaisse aucun, ou presque, scientifique à moins qu’il ne soit Prix Nobel, et encore ? Combien parmi nous connaissent le nom du dernier français prix Nobel de Chimie datant pourtant de 2005 seulement (Yves Chauvin) ? Mais revenons donc à Gérard Mégie puisque l’ensemble des auditeurs l’a finalement choisi pour être le parrain de notre promotion. Pour moi qui l’est un peu, mais insuffisamment, connu, Gérard Mégie c’était avant tout un regard. Un regard d’un bleu transparent et perçant. Mais pas un regard intimidant ou encore moins inquisiteur, un regard qui vous enveloppait, qui vous portait et qui vous invitait au dialogue et à l’échange. Un regard d’un homme d’un charisme extraordinaire.

Gérard Mégie était avant tout un très grand scientifique, spécialiste de l’atmosphère. Ses recherches portaient sur les équilibres physiques et chimiques de l’atmosphère terrestre, et se fondaient sur une double approche expérimentale et théorique. Il a d’abord étudié l’origine des espèces métalliques dans la haute atmosphère. Il s’est ensuite intéressé au problème de l’évolution de la couche d’ozone sous l’influence des activités humaines. Ses principaux travaux concernaient le développement de nouvelles méthodes de mesure des paramètres atmosphériques et la modélisation de la variabilité naturelle de l’ozone et de son évolution sous l’influence des activités humaines. Il a participé à la mise en œuvre de nombreux moyens d’observation de l’atmosphère depuis le sol et différentes plates-formes embarquées (avion, ballon, satellite). Il a coordonné plusieurs campagnes d’étude de l’ozone dans les régions polaires comme l’illustrent quelques unes des photos qui défilent derrière moi. Il était également impliqué dans des recherches pluridisciplinaires portant sur les impacts économiques et sociaux des problèmes d’environnement comme les changements climatiques ou le trou de la couche d’ozone. Ses travaux lui ont valu un très grand nombre de distinctions, la médaille d’argent du CNRS, le Grand Prix de l’Union internationale des associations de prévention de la pollution atmosphérique ou encore ses élections à l’Institut Universitaire de France et à l’Académie des Sciences.

Gérard Mégie a effectué la première partie de sa carrière au CNRS et est ensuite devenu Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie. Une fois encore, son charisme, que j’évoquais tout à l’heure, sa soif de transmettre ses connaissances ont fait merveille. Un de ses anciens étudiants raconte par exemple : « Le cours de physico-chimie de l’atmosphère de Gérard Mégie était construit comme un roman policier. Loin d’un enseignement déroulant principes et conséquences, il s’agissait d’un va-et-vient continuel entre les observations et la théorie. Il donnait ainsi une image de la science comme processus de lecture du monde, rendu intelligible et enchanteur par l’exercice de la seule raison ».

Gérard Mégie n’était pas seulement un chercheur et un enseignant hors pair, c’était également un bâtisseur et un manageur de la recherche. Il a par exemple créé l’Institut Pierre-Simon Laplace des sciences de l’environnement global dont il a assuré la direction de 1991 à 2000. Si aujourd’hui la problématique de l’environnement est l’objet de nombreuses attentions, cette création dénotait en 1991 d’une véritable vision scientifique et sociale. Il a accepté en 2000 les plus hautes responsabilités collectives en devenant président du CNRS. Avec Bernard Larrouturou, il a lancé un grand « Projet pour le CNRS » qui devait permettre à l’organisme d’évoluer en profondeur. Les événements actuels nous montrent à quel point Gérard Mégie et sa vision manquent au CNRS, et au delà à l’ensemble de la recherche française. Profondément engagé en faveur du développement du dialogue entre la science et la société, il a aussi été à l’origine de la refondation du Comité d’éthique du CNRS. Président du Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique, il était convaincu que nous étions tous responsables, scientifiques et non scientifiques, décideurs et citoyens. Souvent bénéficiaires dans l’immédiat du progrès scientifique, nous sommes tous comptables des risques que ce progrès scientifique peut faire courir à l’humanité s’il est mal orienté.

Je voudrais finir cette courte présentation par une petite anecdote plus personnelle. Le président du CNRS, Gérard Mégie donc, devait donner son accord à mon recrutement comme directeur du département STIC. Il luttait déjà contre la « saloperie » qui allait finir malheureusement par prendre le dessus quelques mois plus tard. Je me suis donc rendu chez lui et j’ai passé là une heure, ou un peu plus. Cet échange avec cet homme d’une simplicité, d’une gentillesse et d’une modestie extrêmes mais également d’une vision de ce que devait être le paysage de la recherche, et l’importance de la dimension européenne, est un souvenir inoubliable. En sortant de cet entretien, je n’avais donc qu’une envie : travailler aux côtés de Gérard Mégie. C’est ainsi avec une certaine fébrilité que j’attendais le coup de téléphone du directeur général de l’époque, Bernard Larrouturou, pour savoir si j’avais réussi mon espèce d’examen de passage et si Gérard Mégie donnait son feu vert. Le téléphone a sonné et Bernard Larrouturou m’a expliqué que Gérard Mégie était satisfait... sauf sur un point : j’avais joué au rugby 25 ans et lui 24 seulement.



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Monique Mégie
Gérard Mégie était tout cela à la fois, un grand scientifique, un grand professeur, un grand bâtisseur, un grand manageur, un grand humaniste mais aussi un homme capable de partager avec ses semblables leurs passions qu’elles soient scientifiques, humaines ou sportives. Pour terminer, je voudrais vous lire une citation de Gérard Mégie : « Au delà de la dimension du rêve et de l’imaginaire auquel il aura été entraîné, l’homme se doit aussi de réfléchir durant son parcours sur sa vocation de citoyen du monde ». Il me semble que cette citation démontre à elle seule que Gérard Mégie incarne au mieux toutes les valeurs et les missions de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie et tout ce qui nous a réunis pendant cette année de formation. Je crois donc que nous pouvons tous être, nous les auditeurs de la deuxième promotion de l’IHEST, fiers et heureux de notre choix.

vendredi 20 juin 2008, par Olivier Dargouge