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Clôture du cycle 2007-2008

Discours de Jacqueline Socquet-Clerc Lafont, vice-présidente de la section des activités productives et de la recherche du Conseil Economique et Social

20 juin 2008

Discours d’accueil de Mme Jacqueline Socquet-Clerc Lafont, vice-présidente de la section des activités productives et de la recherche du Conseil Economique et Social



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Au nom du président Jacques Dermagne, qui m’a demandé de vous présenter ses regrets de ne pas pouvoir être parmi nous aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous accueillir au Conseil Economique et Social pour la séance de clôture du cycle 2007-2008 de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie. Cette journée de restitution des travaux des auditeurs se tient pour la deuxième année consécutive dans ce très bel hémicycle.

C’est la proximité de votre démarche avec la mission du Conseil Economique et Social qui justifie cet accueil régulier. En effet, l’Institut réunit chaque année une quarantaine de personnes en situation de responsabilité (scientifiques et non scientifiques, élus, représentants professionnels et syndicalistes) dans des domaines très divers. Trois de mes collègues ont ainsi eu le privilège de participer l’an dernier aux travaux de l’Institut et ils y ont trouvé un très grand intérêt. Le pari de l’IHEST consiste donc à conduire cette réflexion sur les sciences, les techniques, sur leur rôle dans la société, en mettant à profit la diversité des expériences et des points de vue des auditeurs. Cette ouverture de débats aussi importants à l’ensemble des composantes de la société est aussi une des raisons d’être du Conseil Economique et Social. La confrontation des expériences, voire des sensibilités et des intérêts, pour parvenir à un travail d’intelligences partagées en évitant l’écueil de l’unanimité est une méthode essentielle que nous avons donc en commun.

L’autre élément de proximité entre le Conseil et l’Institut, tient à la matière même du dossier. L’exploration des rapports entre la science et la société et la réflexion sur une diffusion d’une culture scientifique et technique dans le corps social nourrissent en effet les travaux du Conseil Economique et Social. Depuis quelques années, par exemple, notre assemblée a initié une collaboration fructueuse avec les académies scientifiques. Ce rapprochement a notamment permis au début de l’année 2006, la tenue de la conférence Partager la connaissance et ouvrir le dialogue sur le changement climatique qui illustre bien notre démarche de dialogue avec la communauté scientifique. La préparation et l’esprit de cette conférence ont été nourris pas les interventions de nombreux internautes recueillis sur un blog. Cette procédure très ouverte est en passe d’être renouvelée sur la question des biotechnologies. Cette coopération avec les académiques fait évidemment écho aux travaux statutaires du Conseil Economique et Social, à savoir les avis qu’il rend au gouvernement. Nombreux sont en effet nos travaux qui interrogent les progrès techniques et les relations entre la science et la société, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’environnement ou de notre avenir technologique le plus prometteur et le plus vertigineux envisagé dans la préparation d’un rapport sur les nanotechnologies. Notre assemblée a également abondamment réfléchi au sujet des stratégies et des politiques de recherche en apportant sa contribution au débat sur l’orientation et la programmation de notre politique scientifique.

Ce rapide tour d’horizon de la réflexion du Conseil Economique et Social sur les implications économiques et sociales des sciences et des techniques montre que nos deux démarches sont fortement convergentes. Il m’apparaît, en particulier, que nos travaux respectifs renvoient toujours à une réflexion fondamentale : celle du développement des sciences et des techniques dont l’enjeu est stratégique pour la France et pour l’Europe dans un environnement mondialisé. C’est sans doute le sens du travail comparatif réalisé par la promotion Gérard Mégie qui a visité plusieurs pays d’Europe et s’est rendu jusqu’au Japon.

La deuxième question fondamentale concerne l’ambigüité du progrès technique et scientifique ressenti comme absolument nécessaire à la vie de nos sociétés humaines et en même temps comme source de déséquilibres, de dangers et de peur. Cette deuxième question nous renvoie à l’opposition entre la dimension matérielle et la dimension morale, vieille question qui a mis fin à deux siècles d’optimisme scientifique et ne cesse de nous hanter depuis les grandes catastrophes de la première moitié du XXème siècle. Pour illustrer cette contradiction primordiale qui continue aujourd’hui d’angoisser les opinions publiques, je citerai André Leroi-Gourhan, anthropologue et historien de renom qui a longtemps travaillé au Musée de l’homme. Dans un de ses ouvrages du début des années 60, il a écrit non sans humour et ironie : « L’homme acquiert au cours des millénaires, des moyens techniques qui pourraient aider à assurer une entreprise équilibrée sur le milieu matériel alors que la majeure partie de ses moyens continuent de satisfaire de façon désordonnée des tendances prédatrices qui remontent au temps où il affrontait le rhinocéros. » Ce grand savant restait cependant optimiste pour la suite des temps car il était convaincu que, ce qu’il appelait notre mémoire morale pourrait être rendue effective par une prise de conscience collective, elle-même favorisée par les progrès de la technique. Je veux croire que des initiatives et des travaux comme les vôtres et les nôtres contribuent à la maturation de cette conscience collective. Notre réflexion sur l’articulation science et société nous ramène à la dimension fondamentale de l’humanité. La technique comme le langage définissent l’humain, le libèrent des contraintes zoologiques et le précipitent dans sa condition historique.

047 scl Ce jaillissement du monde technique et son accélération vertigineuse vouent les sociétés humaines au changement. Entretenir ce mouvement en encourageant l’initiative et l’innovation mais aussi le canaliser et l’orienter par l’éducation et la formation est au cœur de nos sociétés démocratiques. Elles ne peuvent réaliser ce projet sans s’attacher à l’analyse des voies ouvertes par la science, sans un débat à la fois informé et pluraliste sur les grands enjeux scientifiques. Vous me pardonnerez cette envolée lyrique, mais ma qualité d’avocat me fait parfois sortir des gonds ! Je voulais surtout vous dire au nom du président Dermagne : bienvenue dans notre grande maison.

vendredi 20 juin 2008, par Olivier Dargouge