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Clôture officielle du cycle 2012-2013

Regards croisés de la Promotion Léonard de Vinci

« Science et Progrès, Réalités, Paradoxes et Utopies » : tel est le programme de réflexion qui a rassemblé les 42 auditeurs de notre Promotion.

Ce sujet est en soi une invitation à des découvertes et à des remises en question, un œil dans le rétroviseur, celui de l’observation, et l’autre tourné vers l’avenir par les questions et les attentes qu’il suscite au sein de la société. Il n’est donc pas étonnant de reconnaître dans les profils variés des auditeurs la curiosité qui constitue notre ADN commun.

Ce thème est le fil rouge de notre cycle. Chaque discussion, chaque intervention, chaque rencontre a enrichi nos parcours, lié les pensées, construit une analyse collective.

« Utopie », ce fut l’angle d’attaque de ce cycle.

  • Le décor est posé dans le cadre magnifique de la Saline Royale d’Arc–et-Senans, lieu emblématique d’un imaginaire collectif sur le Progrès. Théâtre de nos interrogations sur les difficultés qu’éprouvent nos sociétés à penser le Progrès et à anticiper l’avenir, il est le témoin des premiers regards croisés.
  • Croiser les approches philosophiques, historiques et scientifiques, entraîne d’emblée le choix d’un langage, d’un référentiel partagé. Nous comprenons comment les sciences, les technologies et l’innovation peuvent susciter une nouvelle vision partagée du progrès en lui donnant sa part d’utopie.
  • Utopie certes, teintée de pragmatisme aussi, à l’instar de l’émouvant combat syndical de l’usine horlogère Lip, une expérience d’autogestion porteuse d’utopies sociales.
  • A l’instar de la réflexion sur l’Internet en tant qu’utopie créatrice, celle d’un partage libre et mondialisé de l’information qui, à son tour, induit de nouvelles sources d’innovations techniques, sociales, économiques et culturelles.
  • Et aussi à l’instar de la réflexion sur la notion de risque zéro, fortement marquée par l’utopie sociale... celle d’un monde sans risque, intégralement contrôlable et sans aléa.

Ces éléments de discussion, au travers du miroir de nos réalités scientifiques, nous renvoient à notre projection sur l’avenir du progrès. Sommes-nous capables de rêve et d’innovation portés par l’utopie créatrice ? Quelles sont les conditions de ce rêve et de cette innovation vecteurs d’espoirs pour notre société ? Toutes les réponses ne sont pas données, mais l’exercice de cette réflexion est en soi une piste de progrès. Ainsi, pour paraphraser la conclusion d’une table ronde, « si nous pensions l’avoir compris au préalable, c’est que l’on nous l’avait mal expliqué ! ».

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« Réalités ».

Ce thème est étudié à travers le prisme des territoires et le prisme de thématiques pointues, chacun à son échelle ou avec ses contraintes. Les territoires, ce sont le Pays de Loire, la Belgique et l’Europe. Les thématiques, ce sont notamment le cycle de vie, de l’eau, les technologies par le biais des KETs, les « Key Enabling Technologies » ou technologies-clés nécessaires à l’Europe, ou la thématique de l’homme augmenté.

L’analyse du cycle de vie participe, par sa réalité, à une nouvelle vision du progrès.

  • Partie prenante de l’« économie verte », moteur du développement durable, l’analyse du cycle de vie contribue à l’économie circulaire, nouvelle réalité d’un monde où le déchet devient matière première pour épargner les ressources. Les usages et la consommation sont ainsi analysés en termes de responsabilité et de comportement.

Une autre réalité est celle de l’homme réparé ou l’homme augmenté, dont les exosquelettes nous donnent une nouvelle frontière entre réalité et imaginaire.

  • Ce débat, partagé avec passion et intérêt, avec nos collègues de l’IHEDN, est une nouvelle source de regards croisés. Les neurosciences, les sciences cognitives ou la robotique, sont confrontées à l’impact dual du développement des technologies : amélioration des soins thérapeutiques, réparation du corps humain d’une part, et augmentation des performances de l’être humain d’autre part.
  • Ces applications créent un nouveau lien homme-machine ; elles suscitent alternativement admiration et enthousiasme, voire effroi. On peut y voir de nouveaux risques, certains parlent de nouvel eugénisme inconscient, en donnant la possibilité de transformer l’individu en fonction de nouvelles normes. En l’état actuel, c’est un progrès dans de nombreuses réalités : celles du handicap et du soldat.

Ces exemples montrent des réalités qui contribuent à une réflexion sur l’éthique au travers de leurs risques environnementaux et sanitaires et des bouleversements sociaux engendrés.

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« Paradoxes ». C’est notre voyage d’études en Inde qui porte, bien entendu, cette réflexion.

Car l’Inde est emblématique des paradoxes du progrès. Ce pays-continent est à la mesure, ou plutôt à la dé-mesure, des paradoxes qu’il porte, de la gestion très embryonnaire des déchets, malgré son milliard d’habitants… à un système éducatif qui mène sa population parmi les leaders économiques. La recherche indienne est le fruit d’une tradition ancestrale d’excellence. Il est bon de se rappeler que l’Inde nous a apporté la numération décimale et l’invention du zéro ! C’est donc un paradoxe de voir une recherche dynamique et de pointe, fondamentale et appliquée, dans une société marquée par un seuil de pauvreté important.

En Inde, tout assaille, surprend, ravit, dérange : les bruits et les odeurs, l’omniprésence de la foule, les couleurs, la misère et la splendeur, le raffinement des temples et palais et la réalité des montagnes de détritus. Il est question d’autres référentiels car les castes se côtoient encore au-delà de l’abolition du système, et la présence des mendiants décharnés tranche à côté de l’élégance des femmes vêtues de saris flamboyants, quelle que soit leur condition sociale. Et si les vaches se promènent nonchalamment au milieu des carrefours chaotiques, le klaxon interrompt la rêverie. Le passant nous sourit, et à notre question répond en dodelinant de la tête…

Parler de la propriété industrielle aussi dérange. Les repères sont différents, les règles du jeu, les lois et leurs impacts également. Mais quand il s’agit de lois, tout n’est-il pas parfois paradoxal ? Notre code de l’environnement semble ainsi être une mine d’or pour la verbalisation, foi de gendarme !

Le paradoxe observé en Inde est aussi celui de la lecture occidentale. Les politiques d’innovation sont des déclinaisons à décrypter à cette lumière. Notre regard a ainsi la liberté de s’émerveiller, de s’interroger sur les choix opérés parmi ces ethnies variées, illustré par les 1200 langues parlées, dans un contexte d’acceptabilité par la population très éloigné du nôtre. Nous en retirons des éléments fondateurs de nouveaux modes de pensée, de créativité, tels que l’innovation frugale (« jugaad »), ou la mise en œuvre appropriée des lois, observées à la National School of Law par la confrontation des juristes et des œuvres caritatives sur le terrain.

Science et Progrès. Quelle nouvelle définition pour le progrès ?

Cette question nous anime et nous semble essentielle. Notre expérience conjointe nous porte rapidement à ce besoin de renouvellement du sens du progrès. A cela s’ajoute le constat de l’incertitude, du scepticisme et de la complexité de la crise actuelle. La façon dont les territoires pensent le Progrès aujourd’hui aiguise enfin notre regard…

En Pays de Loire

Les nombreux acteurs du monde politique, industriel, scientifique et culturel rencontrés illustrent le maillage des rapports au sein d’un territoire, entre sa géographie, son histoire, sa culture et le lien qu’il entretient avec les sciences et les technologies. Les attentes des populations sont aguerries par les chocs industriels passés. Héritiers de ces liens, les acteurs locaux impriment une dynamique de créativité et d’innovation dont l’enjeu majeur est l’attractivité de la troisième région industrielle de France.

A elle seule, l’île de Nantes par ses projets éducatifs, artistiques et économiques en est une illustration pédagogique. « L’innovation naît de la crise » dit-on. Mais aussi faut-il un certain goût du changement, le succès d’une politique est en ce sens de rendre le progrès acceptable.

L’Europe,

Nous l’appréhendons dans son fonctionnement, à travers un dossier précis, celui de la construction d’une Europe de l’énergie.

  • Energie 2020, Energie 2050 sont des plans qui reflètent le jeu des parties prenantes dans le processus de décision et la structuration du débat communautaire.

En Belgique

La compréhension des politiques de recherche et d’innovation montre un goût avéré pour le pragmatisme : approche sélective des pôles de compétitivité, développement de l’entrepreneuriat porté par l’innovation à la Solvay Brussels School ou encouragement d’un esprit de créativité voire du goût du risque à l’Université Catholique de Louvain. Cette dernière nous l’a illustré par son projet d’ascenseur spatial et par la création d’un parc technologique servant de plate-forme aux partenariats avec la Chine. La taille de ces projets semble modeste, mais ne serait-elle pas, « mille milliards de mille sabords », un exemple pour la France ?

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Nos regards croisés sur les questions économiques posent aussi un sujet majeur : celui de l’économie sociale et solidaire.

Ce thème irrigue notre parcours et nos discussions car il correspond à des valeurs chères aux auditeurs de cette promotion. Nos regards croisés nous permettent aujourd’hui de le confirmer comme un axe de progrès essentiel.

Ces quelques éclairages mettent en lumière la manière dont notre regard s’est affuté en croisant celui des autres. Notre promotion s’est engagée à agir comme des vigiles qui contribuent au dialogue entre science et société en France, en pérennisant cette démarche.

Nos regards croisés pointent ainsi vers l’avenir du progrès, guidés par la démarche scientifique, se conjuguant au rêve pour donner naissance à l’innovation. Aussi la figure tutélaire de Léonard de Vinci nous a-t-elle semblée légitime pour dénommer notre promotion.

Le dialogue humaniste est indispensable pour traduire ces réflexions en actions, au sein de nos institutions et de nos entreprises en terminant ce cycle national de l’IHEST. Cette mission sociétale, est un engagement pour l’avenir du progrès à notre niveau.

Il nous semble, Monsieur le Président, que ce sera la meilleure traduction de la gratitude que les auditeurs de la promotion tienne aujourd’hui, par votre intermédiaire, à exprimer aux institutions. Nous vous invitons également à vous associer aux remerciements les plus chaleureux que nous adressons ce jour à Marie-Françoise Chevallier – Le Guyader, directrice de l’IHEST, et à son équipe, qui œuvrent avec énergie et talent, pour le dialogue science-société.

Enfin, nous souhaitons soumettre à votre réflexion ces simples et finalement sages mots de Léonard de Vinci : « Plus on connaît, plus on aime » et, « Qui pense peu, se trompe beaucoup ». Ne sont-ils pas une sage illustration de notre approche science et société ?
Nous vous remercions pour votre attention.

Hélène Naftalski et Isabelle Zablit-Schmitz, Déléguées de la Promotion Léonard de Vinci

lundi 15 juillet 2013, par HUCHERY Mélissa