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Clôture du cycle national 2008-2009

Hommage à Hubert Curien

Erick Lansard et Frédéric Bordry ont prononcé l’hommage de la promotion du cycle national 2008-2009 à Hubert Curien, figure tutellaire que se sont choisi les auditeurs à l’unanimité.

De manière symbolique, nous avons choisi de placer Hubert Curien au centre de la constellation des mots-clefs et valeurs de l’IHEST, avec un clin d’œil appuyé au drapeau européen puisque l’Europe était le thème central de cette année.
Cette présentation ne se veut ni un hommage ni un résumé de carrière mais plutôt un moment de partage de valeurs qui nous rassemblent, - et qui nous ressemblent aussi j’espère ! - à travers une évocation aussi sobre que possible des raisons qui nous ont poussé à choisir Hubert Curien comme parrain de notre promotion 2009.
Au niveau de la forme, nous avons choisi le dépouillement en nous appuyant sur quelques citations de Monsieur Curien, rares mais éclairantes, et dont vous pourrez juger par vous-même de leur pertinence, voire de leur actualité !

Hubert Curien était un Européen pragmatique, convaincu que l’Europe constitue le nouvel espace naturel dans lequel la Recherche est appelée à se déployer. Un des fils conducteurs les plus visibles de sa carrière dans ce domaine est l’idée de l’Europe de la recherche. Dans la ligne des pères fondateurs de l’Europe, il poursuivait « le grand dessein de structurer une Europe harmonieuse, en commençant autour d’actions où le ciment prend le mieux, comme les actions scientifiques ou technologiques ».
Hubert Curien a joué un rôle clef dans la plupart des initiatives de coopérations scientifiques européennes comme la Fondation européenne de la science (FES), l’ESRF à Grenoble, CODEST, EUREKA, ESA,...

Hubert Curien a été élu à la Présidence du Conseil du CERN en 1994 pour deux ans. 1994 est une année historique pour le CERN et la physique des particules, car celle de la décision unanime des États Membres de construire le Large Hadron Collider. Décider d’un tel projet était loin d’être aisé, quand le financement de la science fondamentale n’était plus aussi favorable qu’auparavant. Dès lors, parvenir à un consensus entre vingt États européens s’avérait une entreprise extrêmement délicate. Il a fallu tout le talent d’Hubert Curien pour convaincre les États Membres du CERN de s’engager dans cette entreprise ambitieuse. Les procès-verbaux des réunions du Conseil témoignent de son habileté à trouver des compromis dans les situations apparemment inextricables, guidant les discussions avec autant de sagesse que d’humour.
Il a ensuite activement recherché les contributions d’ États non membre, avec en tête les États-Unis qui venaient d’abandonner leur projet de Super collisionneur supraconducteur, mais également le Japon, le Canada, l’Inde et la Russie.
Ainsi, dans la vision d’une Europe élargie, Hubert Curien fut l’un des artisans de l’ouverture du CERN sur le monde entier. Les décisions prises lors de son mandat furent capitales pour l’avenir à long terme du CERN et de la physique des particules au niveau mondial.
La cérémonie de la poupée Daruma est une tradition japonaise qui symbolise l’accomplissement d’un projet. Dotée à l’origine d’un seul œil pour marquer le début du projet LHC, la poupée fut remise en 1995 à Christopher Llewelyn Smith, alors directeur général du CERN et en présence de HC qui était le Président du conseil du CERN.
Avec son deuxième œil, qui marque la fin du projet, la poupée complète a été remise par le ministre japonais T. Yamauchi à l’actuel directeur général, Robert Aymar. Christopher Llewelyn Smith a assisté à la cérémonie en compagnie de Pascal Couchepin, Président de la Confédération suisse. (21 Octobre 2008). Malheureusement Hubert Curien n’était pas physiquement présent mais son souffle était parmi nous.

Hubert Curien savait par expérience, et il professait - comme le Général de Gaulle et Pierre Mendès-France qu’il admirait - qu’il n’y a pas de grand pays sans recherche puissante et pas de recherche puissante sans priorité à la recherche fondamentale, laquelle requiert évidemment des moyens et ne doit pas être subordonnée à l’aval.
« L’horizon de la Recherche c’est l’horizon du forestier » !
Pleinement conscient du lien si nécessaire entre la recherche et l’innovation, il a su trouver les bons équilibres entre la recherche fondamentale et recherche appliquée, réussissant à augmenter l’effort public de consacré à la recherche de +15% entre 1988 et 1993.
Il a su également faire émerger et financer de grands programmes de recherche industrielle et encourager la diffusion de la technologie vers les PME grâce au Réseau de Développement Technologique.

Une des plus grandes passions de Hubert Curien était certainement l’Espace.
En tant que Président du CNES puis du Conseil de l’Agence Spatiale Européenne, il a défendu avec conviction le principe d’un accès autonome de l’Europe à l’Espace, à travers en particulier le programme Ariane, mais il a su aussi défendre les applications spatiales, s’impliquant par exemple jusqu’au bout dans l’association Eurisy qu’il avait fondée en 1989.
Dans un contexte européen parfois difficile, son autorité morale et son sens aigu des relations humaines lui ont non seulement valu l’estime de tous, mais aussi et surtout permis de faire aboutir des projets ambitieux, qui ont au passage permis l’émergence d’une industrie spatiale européenne capable d’aller faire jeu égal avec les américains, tant au plan scientifique qu’au plan commercial.

Dans sa 2e période de ministre de la Recherche (1988 -1993), il avait systématisé les petits-déjeuners avec la presse, sur un rythme mensuel. Contrairement aux autres ministres de la Recherche, il n’organisait pas une "conférence de presse", mais bien un échange, plutôt convivial et pas guindé du tout. Cela était l’occasion de faire le point sur les grands projets en cours, d’expliquer les décisions du gouvernement, d’argumenter...
Il n’imposait pas, il convainquait.
Les journalistes ont toujours aimé rencontrer Hubert Curien car il a été si souvent leur guide sur les chemins de la science.
En 1991, il décide de fêter les dix ans du ministère en ouvrant ses jardins au public pour la première fois. Cet événement local préfigure la manifestation Science en Fête (qui deviendra plus tard la Fête de la Science), créée l’année suivante.
En 1988, il aurait pu infléchir sa destinée. Il avait été pressenti de manière insistante pour se présenter aux élections législatives successivement à Compiègne, à Saint-Dié, puis à Grenoble. Le ministre a décliné les sollicitations, à la vive déception de ceux qui en étaient à l’origine. « Je sais ce que je sais faire » a t-il dit, « je préfère le faire bien, plutôt que de m’engager et peut-être de décevoir ».
Il a gardé toute sa vie une passion pour l’enseignement. Ministre, il n’a jamais cessé de faire ses cours à Jussieu et de présider des jurys de thèse. Il n’a jamais négligé ses étudiants auxquels il consacrait tous ses lundis matin (sauf événement exceptionnel), même quand il était ministre !

Homme d’une grande culture scientifique, Hubert Curien savait toujours détendre l’atmosphère en racontant une petite histoire drôle, susceptible de détendre l’atmosphère, comme celle que je vous laisse découvrir sur l’écran :
« S’il se présentait comme chercheur au CNRS, Dieu serait refusé :
• il a fait une manipulation intéressante, mais personne n’a jamais pu la reproduire,
• il a expliqué ses travaux dans une grosse publication, il y a très longtemps, mais ce n’était même pas en anglais,
• et depuis, il n’a plus rien publié »
Il savait également faire preuve d’ironie, mais sans méchanceté et toujours de manière positive.
Sa plus grande qualité était sans doute une capacité d’écoute exceptionnelle, doublée d’un solide bon sens, qui lui a permis dans les nombreux postes de responsabilités dont il a eu la charge, d’adopter des positions sages et le plus souvent incontestées.

En 2004, dans le cadre du Forum Engelberg les participants ont fêté son 80ème anniversaire avec une cérémonie dans la chapelle du Cloître Engelberg.
Cette citation est aujourd’hui inscrite dans la salle Hubert Curien du Ministère de la Recherche :
« Je voudrais revenir sur Terre un instant, dans mille ans, juste le temps de voir ce que trente générations de savants auront su découvrir, et entendre ce que les hommes de science seront alors en humeur de dire »
S’il est aujourd’hui une certitude, c’est que ces savants, ces hommes de science bâtiront sur l’héritage laissé par Hubert Curien. Dand le futur, nous aurons besoin de grands visionnaires tels que lui pour défendre la Science et la recherche fondamentale.
En tant qu’auditeurs 2008-2009, nous sommes tous très fiers aujourd’hui d’un tel parrainage pour notre promotion HUBERT CURIEN.

Hubert Curien, une carrière exemplaire au service de la Recherche en Europe :

• Directeur de la Physique, puis Directeur général du CNRS

• Délégué général à la Recherche Scientifique et Technique

• Président du Conseil du CERN

• Président du Centre National d’Etudes Spatiales

• Président du Conseil de l’Agence Spatiale Européenne

• Ministre de la Recherche et de la Technologie (par deux fois)

• Membre du Conseil de l’École polytechnique

• Président du Conseil de l’Université technologique de Compiègne

• Président de la Fondation de l’École normale supérieure

• Président du Palais de la Découverte

• Président de l’Institut de Biologie physique-chimique

• Président du jury des chaires Blaise Pascal de la Région Ile-de-France

• Président de l’École de Physique-Chimie-Électronique de Lyon

• Président de l’Académie des Sciences

• Président de l’Académie de l’Air et de l’Espace

• Président de l’Academia Europaea

• Président fondateur de l’association Eurisy

• Président de la Fondation de France

• Membre du Sénat de la Max Planck Gesellschaft

• Membre du Comité de Surveillance de Daimler-Benz

• Knight of the British Empire

• Docteur Honoris causa de l’Institut Weizmann, de l’Université de Tel Aviv et de Trinity College à Dublin

• Membre du Comité des Gouverneurs de l’Institut Weizmann...

jeudi 28 mai 2009, par Olivier Dargouge