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Clôture du cycle national 2008-2009

Allocution de Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader

La séance de clôture du cycle national 2008-2009 de l’IHEST s’est tenue dans l’amphithéâtre Poincaré du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherhe. Discours de Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader, directice de l’IHEST.

C’est avec un grand plaisir que je vous accueille aujourd’hui avec Bertand Collomb et vous remercie tous d’être venue partager cette clôture avec les auditeurs de la promotion Hubert Curien.

Le contexte de la PFUE a conduit l’IHEST à placer sous le signe de l’Europe le cycle national 2008-2009. La promotion précédente, Gérard Mégie, s’était attachée à traiter de la problématique du changement des sociétés en lien avec celui des sciences. Cette année, nous avons abordé celle de la coopération, de la compétition, de l’éthique qui traverse nos sociétés en Europe.

L’IHEST a donc permis, pour la troisième fois, à 44 auditeurs français et étrangers issus de milieux très différents, tous en charge de responsabilités importantes, de se rapprocher et de vivre une expérience inhabituelle fondée, sur un engagement professionnel et de citoyenneté et ceci sur un temps long durant 36 journées.

Nous sommes tous conscients de la complexité de l’évolution respective de la société et des sciences, de l’exercice du débat, de la décision. Au-delà des spécialités, des lobbies, les responsables doivent absolument développer des interactions plus fortes entre eux, sortir de leurs univers cloisonnés, comprendre leurs différences, accepter de se former à nouveau avec humilité car les dynamiques à l’œuvre évoluent trop vite pour être appréhendées individuellement.

Cette clôture marque la fin du cycle national, elle permet également de jeter un regard sur ce qui a été accompli au cours de ses trois années. L’IHEST est désormais clairement reconnu comme un lieu où l’on peut penser autrement, aux avant-postes d’un certain nombre de sujets, qu’il s’agisse du cycle national et ou des activités ouvertes au public qu’ont représentées nos sessions régionales et le lancement de nos rencontres « Paroles de chercheurs ».

Toutes ces activités nous conduisent à identifier des acteurs et des stratégies, et à décrypter le rôle des différents agents dans le développement des sciences et de l’innovation. Cette dynamique, fondée sur le partage d’un questionnement, permet de rassembler des sensibilités différentes dans une démarche commune. Elle est appelée à s’étoffer, à la mesure de la vie qu’a pris le réseau, et débouchera prochainement sur la mise en place d’un cercle de réflexion.

Enjeux et résultats du cycle national

Un cycle est un itinéraire dans lequel chaque étape apporte des regards croisés avec les précédentes. Il est conçu comme un tout.

Ainsi le séminaire d’intégration, à la Saline royale d’Arc et Senans, a été l’occasion de poser les bases de la réflexion sur l’Europe et sa culture. L’identité européenne n’est pas substantielle, elle n’est que réflexivité des cultures entre elles.

Ceci nous a conduits à une autre interrogation : n’y a-t-il de science qu’occidentale, et pourquoi s’est-elle développée de manière extraordinaire sur le continent européen ? Ce propos a permis de prendre la mesure de la fragilité de la science.

La question des valeurs qu’attribuent nos sociétés à la science et les rapports entre science et culture dans d’autres continents ont été développés tout au long de ce cycle : la biodiversité en Europe, la culture américaine qui conduit actuellement au courant de pensée transhumaniste et à l’essor d’une nouvelle université de la singularité qui formera les étudiants à la montée en charge des technologies d’intelligence artificielle ; l’éducation aux sciences et le créationnisme ; la place de l’éthique dans la construction des politiques sanitaires liées aux maladies émergentes, vécue en direct un mois plus tard avec la grippe porcine ; le développement de la science en Chine.

La présentation d’universités dans des contextes européens et internationaux très différents a représenté un des temps forts du cursus : l’Université de la Grande Région ancrée dans l’histoire des rapports entre la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne ; l’université européenne Viadrina, au cœur du triangle de Weimar, à Francfort sur l’Oder, lieu emblématique de la construction d’une citoyenneté européenne pour des jeunes issus de 73 nationalités ; Berkeley, Stanford et, surtout, l’Arizona State University à Phoenix et son projet de nouvelle université.

Durant le cursus, nous avons traité d’objets concrets : les pesticides, les maladies émergentes, l’énergie, le temps, la directive Reach ; mais aussi des écosystèmes de la recherche, de l’innovation et de l’enseignement supérieur : en France , en Nord Pas de Calais, PACA et Aquitaine ; en Espagne, dans en Navarre et au Pays Basque espagnol ; en Allemagne à Berlin, à Dresde ; aux Etats-unis dans la Silicon Valley... Les auditeurs se sont aussi penchés en ateliers sur l’étude de quatre objets du quotidien pour en apprécier les jeux d’acteurs et les débats : éoliennes, voiture propre, tempêtes et cyclones, sécurité de l’eau.

Pour la première fois le cursus a inclus des rencontres européennes ouvertes au public à Bordeaux sur le soutien de l’union européenne aux dynamiques de développement de la recherche et de l’innovation dans les territoires et à Metz dans le cadre d’un forum européen sur la gouvernance, l’éducation et les médias en Europe. Toutes deux ont été l’occasion de travailler en collaboration avec les collectivités territoriales et avec l’union européenne.

Comment ne pas penser autrement, ensuite, des questions difficiles - apparemment simples - telles que la place de la rationalité dans les débats actuels, l’économie de la connaissance et les processus d’innovation, ou encore les investissements actuels de l’Europe dans la mobilité des étudiants et des enseignants, valeur fondatrice de la création de l’Europe par Robert Schuman, dont nous avons visité la maison natale à l’invitation du conseil général de Moselle ?

Perspectives

Laissez-moi enfin partager avec vous quelques enseignements que je tire personnellement de ce cursus.
Partout les écosystèmes qui associent recherche, innovation, enseignement supérieur apparaissent d’autant plus dynamiques qu’ils s’ancrent dans des environnements marqués par une culture forte et une vision de l’avenir, surtout en période de crise. Elles irriguent les liens sociaux, la psychologie collective et sont propices à la créativité. La connaissance scientifique n’existe pas sans cette créativité qui relève d’acteurs et de démarches très diverses, sous des formes souvent non institutionnelles et qui apparait comme une dimension fondamentale, motrice, de la recherche et de l’innovation dans des lieux aussi différents qu’une ville, une entreprise ou une région.

Les choix scientifiques et technologiques varient en Europe d’un pays à l’autre, je pense en particulier à la question de l’énergie, que nous avons approfondie en France, en Allemagne, en Espagne. A l’inverse des directives telles Reach, issues directement de l’Union européenne, viennent bouleverser le quotidien de l’ensemble des acteurs industriels de l’Europe avec des accueils très divers. Nous vivons des grands écarts et c’est dans la compréhension de ces différences et dans le dialogue que se trouvent les ressources pour progresser. L’état d’esprit toujours pionnier de l’Arizona ou de la Californie est là pour nous le rappeler.

La crise fait bouger toutes ces frontières et partout nos interlocuteurs, qui donnent priorité à la recherche, à l’innovation, placent les jeunes au cœur de leurs priorités : à l’école, à l’université, dans les laboratoires, dans les entreprises. Il y a urgence. Qu’ils s’approprient la science, qu’ils la comprennent, qu’ils agissent en conséquence, c’est là le gisement de créativité et l’opportunité formidable pour repenser les liens entre la société et la science, sans faux espoirs.
Mes remerciements iront à tous ceux qui nous accompagnent : les auditeurs qui vont se présenter à vous et honorerons la mémoire d’Hubert Curien ; les intervenants, administrateurs et conseillers qui participent à notre développement. C’est grâce à eux tous que la qualité et la confiance sont aux rendez-vous de l’IHEST pour penser autrement.

Je vous remercie.


Paris, le 28 mai 2009, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Le Programme de la séance de clôture

jeudi 28 mai 2009, par Olivier Dargouge