Accueil > La Médiathèque > Collections > Rapports d’étonnement > La fraude scientifique

Enregistrer au format PDF

Promotion Germaine Tillion 2016

La fraude scientifique

Les modalités d’évaluation des chercheurs au travers de leurs publications, adoptées par la communauté scientifique depuis plusieurs décennies, risquent, si elles n’évoluent pas, de devenir une cause de fraude scientifique. Aujourd’hui en effet, dans la plupart des disciplines, un chercheur se voit évalué par ses pairs en fonction du nombre de ses citations dans les revues scientifiques. Cette incitation à « publier ou périr » est à l’origine de dérives, pour l’instant singulières, mais qui pourraient se multiplier.
Face aux drames, aux dommages directs et collatéraux, à l’image écornée de la communauté scientifique... poursuivre sur le mode « business as usual » serait aussi étrange que de considérer que les institutions sportives n’ont aucune responsabilité dans le dopage des athlètes. D’où la nécessité d’appréhender autrement la prévention, la détection et la sanction de la fraude scientifique. En particulier en ayant en tête de cesser de faire porter le risque et les rares sanctions de la fraude sur le seul chercheur qui la commet, mais d’y associer également les institutions qui l’accueillent.

Extraits du rapport

Fraude scientifique « une violation sérieuse et intentionnelle dans la conduite d’une recherche et dans la diffusion de résultats ».

Michèle Leduc, présidente du comité d’éthique du CNRS
  • L’imposture idéologique conduit intentionnellement à une fabrication, une falsification ou encore une sélection de données expérimentales et reflète le comportement individuel de celui dont l’objectif est le soutien d’une idéologie.
  • Si les chercheurs, pour la plupart, se prêtent malgré eux à la tendance récente du « publish or perish », les moins regardants apprennent intentionnellement à détourner cette compétition au profit de leur renommée personnelle.
  • Le coût pour empêcher toute fraude serait colossal. En revanche, l’effort pour expliquer largement et régulièrement comment se construit une démarche scientifique, pourquoi le doute est toujours permis et comment nous pouvons ainsi collectivement réguler des dérapages est, en la matière également, l’un des plus efficaces remparts à la fraude, la falsification, le plagiat et les inconduites.
  • La production scientifique n’est désormais plus séparée de la dimension économique et le contexte contribue très probablement à favoriser la fraude scientifique.
  • Le collectif, si cher d’ordinaire à l’activité scientifique, disparaît assez subitement quand il s’agit de fraude : le fraudeur est seul comme l’est d’ailleurs celui qui envisage de le dénoncer et y renonce parfois par crainte d’y laisser lui aussi sa réputation. Si la fraude est envisagée par les institutions comme un problème réel qu’il convient d’endiguer, sans doute le statut de « lanceur d’alerte » pourrait-il être étendu expressément aux scientifiques qui révèlent une fraude ou une suspicion de fraude.

Extraits de la discussion

« Pour aller plus loin, il nous faut donc comprendre que la question de la fraude scientifique est au fond une question d’éducation qui devrait tous nous concerner. »
  • Pierre CORVOL, professeur émérite, Collège de France

« Si l’on ne dénonce pas davantage les pratiques frauduleuses, c’est principalement par crainte de détruire l’image de la science dans la société, alors que l’on a besoin qu’elle soit positive pour justifier le développement des dépenses de recherche publique notamment. »

  • Sylvestre HUET, journaliste indépendant
« Le problème de la fraude ou du plagiat ne se pose pas de la même manière selon que l’on est dans l’expérimental ou dans le qualitatif. En sciences humaines, nous n’avons pas de reproductibilité, un critère qui est en revanche extrêmement important en expérimentation. Dans mon domaine, jusque récemment, nous devions écrire des livres et non pas des articles, parce qu’il faut du temps pour démontrer. Or aujourd’hui la revue devient le critère principal d’évaluation. Je trouve pour ma part que cela appauvrit la recherche. C’est pourquoi il me semble qu’il serait intéressant, pour limiter les fraudes, de revenir en partie au livre. »
  • Dominique DESJEUX, professeur d’anthropologie sociale et culturelle à l’université Paris Descartes

Télécharger le rapport complet

PDF - 283.1 ko
La Fraude scientifique rapport d’étonnement, pdf

jeudi 3 novembre 2016, par Olivier Dargouge