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Carnet du voyage d’études 2011

Science, innovation et société en Pologne

Le thème du cycle national de l’IHEST cette année porte sur les « frontières », conçues dans toutes leurs acceptions :
Frontières de la science et de la connaissance d’abord, qui peuvent se penser en termes de progrès, de limites repoussées, d’obstacles à surmonter mais aussi d’impossibilité de connaître ou d’échec à comprendre.
Frontières de l’acceptation par la société des changements introduits par le progrès des connaissances et des technologies et des questions qu’elles posent à la santé, à l’environnement, à la sécurité et à l’éthique.
Enfin, frontières politiques : comment le progrès scientifique, universel dans ses implications, s’accommode-t-il des frontières géographiques et des intérêts nationaux ? Comment s’articulent la coopération scientifique et la protection de la propriété intellectuelle ?

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Carnets du voyage d’étude en Pologne

Le voyage d’études en Pologne s’est inscrit dans ce thème général des « frontières ». Il faisait suite au voyage d’étude en Allemagne de la promotion précédente (2008-2009), qui avait montré l’importance des coopérations internationales en matière de recherche scientifique et d’éducation en Europe centrale (voir les Carnets du voyage d’études en Allemagne de la promotion Hubert Curien). La visite de l’université Viadrina et du Collegium Polonicum avaient constitué des temps forts de la visite en Allemagne et l’IHEST souhaitait prolonger cette expérience en visitant la Pologne, parcourant ainsi les trois côtés du « triangle de Weimar » et cherchant à déterminer son actualité en ce qui concerne la coopération scientifique, la mobilité des étudiants et des chercheurs et l’innovation technologique.

Lors de trois jours passés à Varsovie, la promotion de l’IHEST a pu prendre la mesure des bouleversements sociaux et politiques qu’a connus la Pologne dans les vingt dernières années : la transition d’une société socialiste vers une société démocratique et libérale a remis en cause les structures de production et les modes de décision politique, mais elle a aussi apporté des changements majeurs à l’organisation de la recherche et à sa relation au développement économique et social du pays. La tradition scientifique polonaise est ancienne et prestigieuse, avec des domaines d’excellence bien connus – la biologie cellulaire, les mathématiques, la physique, l’astronomie et l’informatique. Elle s’exprime aujourd’hui dans des structures renouvelées, en prise avec des partenaires étrangers, et bénéficie de l’enveloppe des fonds structurels européens alloués à la Pologne – plus de 67 milliards d’euros entre 2007 et 2013.

De fait, l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne en 2004 a marqué la fin d’une première étape de la transition polonaise et a signifié son ancrage occidental. Il s’agit maintenant pour le pays de continuer à moderniser son économie, ses structures de recherche et d’enseignement supérieur, et de prendre sa pleine place sur l’échiquier européen. La mobilité des jeunes Polonais, qu’ils soient étudiants ou jeunes professionnels, est un atout pour le pays et une marque puissante des liens renoués du pays avec l’ouest européen. Elle pose la question, symétrique, de la position stratégique de la Pologne vis-à-vis de ses voisins orientaux : frontière orientale de l’Espace Schengen, la Pologne doit maintenant concilier son ancrage dans l’Union avec les liens anciens et étroits qu’elle avait développés avec l’Ukraine et la Biélorussie, en particulier.

Cette dimension géopolitique a été évoquée de manière répétée au cours du voyage. La promotion a été frappée des références constantes à l’histoire faites par nos interlocuteurs polonais : les évolutions actuelles ne sont pas simplement perçues comme un choix d’économie politique, mais bien comme une normalisation, comme un retour à une trajectoire européenne violemment perturbée par les tragédies qu’a connu la Pologne - le démembrement de ses frontières au XVIIIe siècle, le génocide perpétré par les nazis contre la population juive, la destruction de Varsovie puis l’entrée, violente et contrainte, dans l’orbite soviétique. Sans céder à l’historicisme, il est impossible en Pologne d’ignorer le poids de la mémoire et les héritages du passé.

Le déroulement du voyage a quelque peu souffert d’un impondérable : la panne d’un radar à l’aéroport de Varsovie a forcé l’IHEST à atterrir à Cracovie, puis à traverser la Pologne enneigée en bus, éliminant du programme la quasi-totalité des présentations préparées par les services de l’Ambassade de France, sauf la présentation sur l’enseignement supérieur et la recherche et la rencontre avec d’anciens boursiers polonais en France, qui ont pu témoigner de leur expérience dans notre pays.

La matinée du lendemain a été consacrée à « la Pologne scientifique », avec une visite de l’Ecole polytechnique de Varsovie. La stratégie de l’établissement (et notamment son inscription à l’international) a été présentée et les auditeurs ont pu visiter des laboratoires de recherche. Ensuite, le Pr. Michal Kleiber, Président de l’Académie polonaise des sciences, a exposé la nature et le fonctionnement de cet organisme de recherche créé en 1952 et qui structure aujourd’hui encore largement la recherche dans le pays. M. Gulda, directeur de la stratégie au Ministère de la Science et de l’Enseignement supérieur est venu présenter les différentes réformes de l’université entreprises depuis la fin de la période communiste. Elles ont permis d’accueillir des effectifs croissants d’étudiants (deux millions actuellement), d’améliorer la qualité de l’enseignement et le suivi des établissements, et enfin, de rendre les carrières de l’enseignement supérieur et de la recherche plus attractives.

Dans l’après-midi, l’IHEST avait organisé une rencontre franco-germano-polonaise sur la thématique du triangle de Weimar et des frontières de la Pologne dans le cadre du Palais Staszic, siège de l’Académie polonaise des sciences. Les regards croisés de Gunter Pleuger (président de l’Université Viadrina), d’Edmund Wnuk-Lipinski (recteur du Collegium Civitas), de Bartolomiej Zdaniuk (de l’Université de Varsovie) et de Christian Lequesne (Sciences Po Paris) ont permis d’éclairer l’actualité de cet objet géopolitique et de mieux comprendre les relations entre l’enseignement supérieur et la politique extérieure de la Pologne. Pour Christian Lequesne, en particulier, le changement générationnel à l’œuvre en Pologne et la mobilité des jeunes Polonais renforce les liens avec l’Europe (et plus particulièrement la France et l’Allemagne) et éloigne le pays de l’orbite américaine dans lequel il s’était placé depuis le milieu des années 1990.

Le lendemain, quatre représentants d’entreprises françaises sont venus livrer leur vision de l’innovation et de la recherche et développement en Pologne. Si la Pologne n’investit que peu en R&D, elle possède sur certaines spécialités une main d’œuvre très qualifiée et constitue une tête de pont pour les marchés de l’Europe centrale et orientale. La délégation a ensuite visité l’Institut Nencki de biologie expérimentale, institution de pointe dans ce domaine et qui a pu présenter une image très claire de la recherche qu’il conduit et de la manière dont elle s’insère dans les échanges scientifiques européens et internationaux. Le Pr. Zylicz, président de la Fondation polonaise des sciences est venu exposer les nouveaux mécanismes de financement de recherche finalisée mis en place depuis la fin des années 1990 et leur rôle dans la transformation des structures de recherche. Enfin, l’après-midi a été consacré à une session sur la politique énergétique de la Pologne tenue au Ministère de l’Economie en présence de la secrétaire d’Etat à l’énergie nucléaire, Mme Trojanowska. Les auditeurs ont pu avoir un aperçu des enjeux économiques, politiques et techniques de l’approvisionnement en énergie de la Pologne, qui produit environ 90% de son électricité à partir des ressources nationale en charbon et en lignite et dépend fortement de l’étranger (notamment de la Russie) pour le gaz et le pétrole.

Le déplacement en Pologne a fait très clairement sentir la complexité des relations entre la science et la société dans un pays où la plupart des repères sociaux ont été amenés à évoluer rapidement depuis vingt ans. Ce sont précisément ces aspects que les carnets de voyage des auditeurs de l’IHEST s’attachent à explorer.


Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader
Directrice de l’IHEST

Sommaire des carnets du voyage d’études en Pologne

1 Être étudiant en Pologne

Par Emmanuelle AMAR, Frédéric BENHAMOU, Claire-Anne DAVID-LECOURT,
Dominique FERNIER, Jean-François PICQ

2 Les réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche

Par Clarisse ANGELIER, Pascal BERGERET, Vincent LEENHARDT, Catherine MOUNEYRAC,
Jacques PAGES, Philippe ROUSSELOT

3 La sécurité énergétique : enjeux techniques et politiques de l’approvisionnementet de la formation

Par Daniel DUCLOS, Benoît FORET, Patricia GALEAZZI, Nathalie GIRAULT, Clément HILL,
Renaud VEDEL

4 La Pologne aux frontières de l’Europe

Par Cathy CLÉMENT, Yves CONFESSON, François DELILLE, Jean-Pierre DUGUET,
Thibault MORTEROL, André PIERRE

5 Innover en Pologne

Par Didier BARBERIS, Igor BEDNAREK, Anne JOUVENCEAU, Stéphane PIALLAT, Anne VARET,
Carole WATTIER

6 La Pologne et l’Union européenne

Par Christophe BONAZZI, Jean-Marie BOUCHEREAU, Philippe CHARPENTIER,
Evelyne PICHENOT, François-Henri LUC

7 La coopération scientifique franco-polonaise

Par Monique AXELOS, Frédéric DARDEL, Emmanuelle MAGUIN, Claire DE MARGUERYE,
Marie-Hélène PEREZ

8 Varsovie des clusters à la technopole

Par Aurélie BARBAUX, Bernard BENHAMOU, François KALAYDJIAN, Marie-Noëlle SEMERIA

Annexes

Programme du voyage d’étude à Varsovie

Liste des auditeurs de la promotion Claude Lévi-Strauss

mardi 1er juin 2010, par Olivier Dargouge