Après une présentation rapide des participants, l’université européenne d’été de l’IHEST s’est ouverte, sur le thème La nature du débat , par une intervention du philosophe Jacques Bouveresse intitulée Promesses et dangers de la « société scientifique » : les inquiétudes de Bertrand Russell durant laquelle il fut question de : vérité et croyance ; méthode scientifique et démocratie ; science comme connaissance et science comme pouvoir ; La science elle-même est-elle devenue indifférente à la vérité ? La façon scientifique et la façon religieuse de croire ; De l’arrogance à l’excès d’humilité : pourquoi la position de la science dans nos sociétés est-elle devenue à ce point inconfortable ?
Jacques Bouveresse est professeur au Collège de France , titulaire de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance depuis 1995, après une carrière menée au CNRS et aux universités de Paris et de Genève. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé et docteur d’Etat, il mène des recherches sur la philosophie des sciences, la logique et le langage dans la tradition wittgensteinienne qu’il a contribué à établir en France. Influencé par la pensée et le style des écrivains autrichiens Robert Musil et Karl Kraus, il a proposé une lecture philosophique et satirique des relations entre la modernité et la culture qui l’a amené à conduire une critique des médias, et à défendre contre certaines modes intellectuelles la rigueur et la clarté dans la pensée et son expression.
Auteur de plus de vingt-cinq livres, Jacques Bouveresse a notamment publié après l’affaire Sokal-Bricmont Prodiges et vertiges de l’analogie. Son dernier livre, publié en 2008, s’intitule La Connaissance de l’écrivain : sur la littérature, la vérité et la vie.
L’extension des dispositifs de parole consultatifs : une nouvelle occasion de repenser la place de la science dans le débat public ?
Par Philippe Breton L’ « épistémologie démocratique » mise en place par Aristote plaçait d’emblée la science l’extérieur du champ du débat social et politique où régnait en maître la dialectique et la rhétorique, matrices de l’opinion et de la décision publique. Le poids pris par les sciences – et les techniques – dans l’évolution des sociétés modernes oblige à penser l’articulation entre les connaissances scientifiques et le domaine de l’opinion. L’extension des pratiques démocratiques dans les sociétés occidentales et notamment l’irruption d’un véritable quatrième pouvoir, le « pouvoir consultatif », aux côtés du législatif, de l’exécutif et du judiciaire, est peut-être l’occasion de repenser la place de la science dans le débat public.
Philippe Breton est professeur de journalisme et de communication à l’Université de Strasbourg.
Parallèlement à son activité de Professeur des universités ; Philippe Breton occupe diverses charges au sein de l’Université de Strasbourg (UDS). Il est ainsi chargé de mission « vie démocratique » auprès de la présidence de l’UDS et directeur éditorial et rédacteur en chef de « Savoirs », le magazine d’information de l’université.
Il est également Directeur adjoint de l’UMR CNRS « cultures et sociétés et Europe ».
Il est l’auteur de nombreux ouvrages aux éditions La découverte, dont L’incompétence démocratique, 2006 Convaincre sans manipuler, 2008, Les Refusants ou comment refuse-t-on de devenir un exécuteur, 2009.
Une critique de la démocratie délibérative : de l’idéal à l’expérimentation et retour par Loïc Blondiaux
Dans le sillage d’Habermas et de Rawls, des auteurs en nombre croissant s’accordent pour vouloir fonder la légitimité des décisions publiques sur un processus de discussion et de justification préalables, impliquant dans l’idéal l’ensemble des personnes et groupes concernés. Derrière l’idée de « démocratie délibérative » s’est ainsi progressivement dessiné un programme théorique qui se fait fort de penser les conditions les conditions de la légitimité et de la rationalité des choix collectifs dans les démocraties contemporaines. Plusieurs dispositifs politiques et expériences concrètes s’y réfèrent aujourd’hui explicitement (sondages délibératifs, conférences de citoyens…) ou implicitement (la Commission Nationale du Débat Public en France…). C’est sur la nature de ce programme et de ces expériences autant que sur les nombreuses critiques qui peuvent leur être adressées que cette communication voudrait revenir. Il s’agit en particulier d’analyser la manière dont cet idéal délibératif se heurte à la question du conflit et aborde des questions aussi centrales que celle de l’expertise ou de l’inclusion.
Loïc Blondiaux est professeur de science politique à l’université Paris I Panthéon-Sobonne où il dirige notamment le parcours « Ingénierie de la concertation » du master « Affaires publiques ». Il a au cours de ces dernières années accompagné et évalué de nombreux dispositifs de participation (Débat public, Jury citoyen, Sondage délibératif, Conseils de quartier..). Il est notamment l’auteur de La Fabrique de l’opinion, une histoire sociale des sondages, Paris, Seuil, 1998 ; Le débat public. Une expérience française de démocratie participative, Paris, La Découverte, 2007 (en co-direction) et Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Paris, Seuil, « La république des idées », 2008.
