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Débat : Energie

Quelle énergie pour quelle société ?

Après Fukushima : retour sur la prospective énergétique mondiale

Patrick Criqui

Patrick Criqui, économiste de l’énergie, directeur du laboratoire d’économie du développement durable et de l’énergie (Lepii-EDDEN, CNRS-Université de Grenoble) a présenté le 5 avril 2011 différents scénarios d’évolution du système énergétique mondial, dans le cadre d’une conférence du Cercle « Quelle énergie pour quelle société ? » de l’IHEST.

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Après comme avant Fukushima, « la » solution énergétique parfaite n’existe pas ! En termes de bénéfices sociaux, de risques comme de coûts économiques, chaque énergie a des avantages et des inconvénients. Face à ce constat, comment orienter les choix énergétiques : en prenant au sérieux le défi climatique. Dans ce cas, comme l’a souligné Patrick Criqui, les changements requis seront tels qu’ils modifieront la donne énergétique mondiale. Les travaux du GIEC - « un ensemble de connaissances incertaines mais fiables sur lesquelles on peut s’appuyer pour prendre des décisions » selon les termes de l’économiste paraphrasant Claude Henry - indiquent la direction.

Un des quatre scénarios répond à l’objectif d’une réduction de 50% des émissions de GES (gaz à effet de serre) à l’horizon 2050 (par rapport à 2000) et d’une limitation du réchauffement à +2°C [1] Dans le monde « idéal » du Global Régime, tous les pays conduisent des politiques énergétiques similaires intégrant une forte contrainte climatique (en termes monétaires, elle se traduit par un prix du carbone de 400 euros la tonne de CO2 en 2050). Le système énergétique mondial est profondément transformé ; la forte baisse de consommation des énergies fossiles le rend très peu vulnérable aux chocs énergétiques.

Quels futurs les autres scénarios dessinent-ils ?

Dans le cadre de Muddling Through, les pays ne coordonnent pas leurs politiques, faiblement incitatives (40 euros la tonne de CO2). L’impact est non négligeable pour limiter la hausse des émissions de GES (40% en 2050/2000). Mais ce « bout de chemin », basé sur des options peu coûteuses, reste insuffisant pour lutter contre le changement climatique (+4-5°C). La dépendance aux hydrocarbures demeure forte avec des risques élevés de chocs énergétiques. Si les Européens sont les seuls à conduire une politique climatique aux objectifs contraignants -Europe Alone - (185 euros la tonne de CO2 contre 32 dans le reste du monde), le défi climatique reste quasi entier. Mais l’Europe aura gagné en résistance aux chocs énergétiques et… perdu à court terme en compétitivité économique !

Mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde menacé par « le retour des fossiles ». Le recours intensif à des sources d’énergie non conventionnelles recréerait alors une impression d’abondance aux « impacts environnementaux et climatiques catastrophiques ». Comment l’accident nucléaire de Fukushima bouscule-t-il la prospective ? Patrick Criqui a détaillé le cas du scénario Global Regime. Si Fukushima se traduit par un « effacement du nucléaire » avec un arrêt des commandes en 2015, un énorme effort sera requis pour développer la capture et séquestration du carbone - CSC (une augmentation de 54% des quantités de carbone séquestrées en 2050). Pourra-t-on atteindre de tels niveaux ? A ce jour, la réponse reste très réservée… Et si la CSC ne décolle pas au stade industriel, alors le réchauffement sera de + 3°C (au lieu de 2°C).

Au-delà de cet exercice prospectif, une interrogation fondamentale demeure, comme l’a souligné l’économiste dans sa conclusion. Faut-il se satisfaire d’une démarche économique de comparaison raisonnée des risques (sur la base d’une seule et même unité, par exemple monétaire) pour prendre des décisions en matière de choix énergétiques ? Ou doit-on refuser certains risques en vertu de l’application de principes éthiques ? C’est à l’ensemble de la société d’engager le débat.

Note : Les quatre scénarios structurels – Base Line, Muddling Through, Europe Alone, Global Regime – sont présentés dans le cadre du projet Secure dirigé par le Lepii-EDDEN, étude communautaire sur la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Union européenne. Le scénario Base Line est contre-factuel car, comme l’a expliqué Patrick Criqui, il n’envisage pas la mise en place de politiques climatiques alors qu’il y en aura

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Notes

[1] Les quatre scénarios structurels – Base Line, Muddling Through, Europe Alone, Global Regime – sont présentés dans le cadre du projet Secure dirigé par le Lepii-EDDEN, étude communautaire sur la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Union européenne. Le scénario Base Line est contre-factuel car, comme l’a expliqué Patrick Criqui, il n’envisage pas la mise en place de politiques climatiques alors qu’il y en aura.