Sciences et progrès : réalités, paradoxes et utopies
cycle national de formation 2012-2013
Le mot progrès signifie étymologiquement le déplacement, le changement, la progression dans une direction précise. L’époque des Lumières, l’époque moderne associaient progrès des connaissances, avancées de la maîtrise technique sur la nature, progrès du débat et de la conscience politique et progrès moral. Les sociétés contemporaines semblent souvent remettre en cause l’idée même de progrès. Cette situation n’a pas encore radicalement renouvelé notre vision et nos sociétés vivent un moment charnière de basculement, d’incertitude, entre leur histoire et un futur qui inquiète profondément les citoyens et déconcerte les politiques.
Dans le contexte actuel marqué par une crise économique globale et des enjeux mondialisés, tels le changement climatique ou la limitation des ressources naturelles, de nouveaux leviers de croissance sont recherchés. Les sciences, l’innovation sont mobilisées pour promouvoir et susciter des opportunités. Une réflexion s’impose sur la construction collective du futur et les orientations de la croissance. Comment penser, désirer l’avenir ? Telle sera la première question soulevée par le cycle national de formation de l’IHEST en 2012-2013.
Nos sociétés mettent tout en œuvre pour anticiper l’avenir, dessiner des scénarios, gérer la complexité et l’incertitude, en s’appuyant notamment sur les sciences de la modélisation et de l’observation. Les débats sur l’évaluation des risques, comme sur la précaution, témoignent par ailleurs de la perplexité de sociétés comme la société française vis-à-vis du futur et du changement. Il en va autrement des sociétés dites émergentes qui appréhendent différemment les sciences et les technologies. Dans ces différents contextes, où se situent les enjeux du changement ? Sont-ils de nature scientifique, technologique, environnementale, éducative, ou encore culturelle, éthique, géopolitique ?
S’interroger sur le progrès nécessite de s’interroger sur l’innovation. Aujourd’hui toute innovation n’est pas ou plus infailliblement considérée comme un progrès social et humain. L’ambivalence des innovations technologiques ou sociales est un fait, dont Internet ou les biotechnologies sont emblématiques. La séduction des technologies voisine donc avec la méfiance envers elles et les sociétés ne savent pas toujours mesurer le progrès qui les accompagne. Les interactions et dynamiques respectives des écologies du savoir, des systèmes d’innovation et de la société seront approfondies. Quelles politiques publiques, industrielles, territoriales, internationales marquent leur développement ?
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, le cycle revisitera notamment les utopies. Créatrice, scientifique et technologique, sociale, l’utopie représente un cadre qui met en mouvement l’imagination. C’est une représentation alternative du monde, un idéal, qui ne se réalise jamais complètement, mais qui donne du sens à l’action. Leur analyse permettra une lecture, rétrospective et actuelle, du travail de l’imaginaire collectif sur le progrès.
D’autres approches qui peuvent accompagner la construction collective d’un progrès seront étudiées, notamment celles impliquant la capacité à se projeter, à anticiper, et à planifier ainsi que celles concernant l’éthique, les normes et régulations, liées étroitement au droit.
Simultanément, les visions du progrès de différents acteurs de la société seront explorées ainsi que les politiques publiques comme privées auxquelles elles conduisent. Les questions de l’éducation, des relations entre science et politique seront également étudiées au prisme de la notion de progrès. Enfin, la plupart des questions abordées au cours du cycle seront également proposées dans une perspective comparative internationale, donnant à apprécier différentes dynamiques de progrès.
Marie-Françoise CHEVALLIER-LE GUYADER
directrice de l’IHEST
• 11 rendez-vous d’octobre à juin
• 36 journées de formation dont :
3 déplacements en région et à l’étranger
1 journée d’immersion chez un ancien auditeur
4 jours d’ateliers en groupes


