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Session 1 - Arc-et-Senans

Sciences et technologies : la puissance en question

17-19 octobre 2011

Cette première session du cycle national de formation 2011-2012 poursuit un double objectif : le lancement du cycle national de formation et l’intégration de la promotion. Le lancement du cycle vise, par son approche philosophique et interdisciplinaire, à créer une plateforme commune de compréhension de la science, au-delà des idées reçues de chacun. Il s’agit de susciter la création de « l’esprit IHEST » et de mettre en place, à cet effet, un référentiel conceptuel servant de base aux futurs débats et travaux.

Sciences et technologies : la puissance en question

Notion polysémique, qui désigne tantôt le pouvoir, voire la force, dans son exercice, tantôt la simple potentialité, la puissance est omniprésente dans le discours des médias : on parle de “montée en puissance”, de “puissance de calcul”, de “grandes puissances” ; on lui associe la croissance, ou inversement l’effondrement, l’impuissance ou la décadence ; on lui privilégie parfois, dans l’entreprise, le terme de “compétitivité”. Ce flou justifie une première enquête pour tenter de fixer le sens de cette notion omniprésente et d’en repérer les principaux usages. Or, un des moteurs de la puissance, géopolitique et économique, réside historiquement, depuis la “révolution scientifique” au moins, dans la science et ses applications techniques : la science est souvent perçue à travers les possibilités qu’elle offre de maîtriser la nature ; elle est largement sollicitée par l’outil militaire et elle est également centrale dans ce qu’il est convenu d’appeler “l’économies de la connaissance”.

Pour faire droit à cette place particulière de la science, la première session interrogera la notion de puissance à travers le prisme de la connaissance et à partir d’analyses mobilisant la philosophie et l’histoire des sciences. Une des questions les plus vives tient à la singularité de notre époque : le paysage actuel peut-il encore être expliqué à l’aide des mêmes concepts qu’au début de la science moderne ou l’époque actuelle est-elle riche de ruptures concernant les liens complexes entre science et puissance ? On interrogera deux domaines, la physique et la biologie. L’analyse des sphères d’influence des différents acteurs et communautés scientifiques, de leurs rayonnements intellectuels et de leurs rapports aux territoires géographiques et politiques, à la société, éclairera la “fabrique des sciences”. Les sessions suivantes poursuivront cette investigation en privilégiant d’autres angles, celui des rapports de la territorialisation à la puissance et de son expression dans des domaines tels la géopolitique et l’économie.

Par ailleurs, la puissance n’est pas que pur exercice de la force et laisse pleinement ouverte la question de son usage ; se pose toujours la question de sa légitimité. Dans ce contexte, que peut-on dire de la puissance conditionnée par la science ? Qui en répond et devant qui ? Questionner la puissance conduit à interroger les notions d’autorité et de légitimité, à déterminer quelle est la répartition entre ce que nous subissons et ce dont nous décidons. Le terrain juridique est notamment le lieu d’une telle redéfinition : qui, de l’expert ou du juge, définit la nature de la science ? A la lumière des procès sur le créationnisme aux États-Unis, les bases épistémologiques versées dans les prétoires permettront d’appréhender les rôles respectifs des scientifiques et des juristes pour définir la science. Corrélativement à cette analyse, la session explorera une question fondamentale lors d’un échange croisant les approches des intervenants et des auditeurs : peut-on répondre de la puissance ? La science et la technologie sont en effet en cause dans nombre de débats, en termes d’éthique, de risques et d’’évaluation de responsabilité. L’histoire récente en témoigne. Qui peut répondre de leur développement, de leur maîtrise ?

Enfin, un échange sur les évolutions technologiques et économiques de l’industrie horlogère apportera un éclairage local à la session et permettra d’appréhender les rapports qui se sont joués entre la France et la Suisse autour de “l’industrie du temps”.

Marie-Françoise-Chevallier-Le Guyader

Directrice de l’IHEST

Au programme de la session

Esquisse d’une histoire du concept de puissance

Heinz WISMANN, philosophe et philologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

La puissance dans l’argumentaire des programmes technoscientifiques

Jean-Michel BESNIER, philosophe, professeur à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV)

Les ambivalences de la puissance

Etienne KLEIN, physicien et philosophe des sciences, directeur du laboratoire des recherches sur les sciences de la matière au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Biologie et territoires de puissance

Hervé LE GUYADER, biologiste, professeur et directeur du laboratoire « Systématique, Adaptation, Evolution » à l’université Pierre et Marie Curie (Paris VI)

La puissance de la science à l’épreuve du droit

Mathias GIREL, philosophe, maître de conférences, Ecole normale supérieure de Paris (ENS)

Peut-on répondre de la puissance ?

Jean-Michel BESNIER, professeur à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV),

Mathias GIREL, maître de conférences, Ecole normale supérieure de Paris (ENS)

Etienne KLEIN, directeur du laboratoire des recherches sur les sciences de la matière au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Hervé LE GUYADER, professeur et directeur du laboratoire « Systématique, Adaptation, Evolution » à l’université Pierre et Marie Curie (Paris VI)

Heinz WISMANN, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Mesure du temps et puissance : l’horlogerie, un enjeu territorial

Michel FROELICHER, conseiller scientifique à l’Institut Pierre Vernier

Laurent TISSOT, professeur à l’université de Neuchâtel

Girolamo RAMUNNI, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)