La créativité, omniprésente dans les discours actuels, est une réalité difficile à cerner. Elle recouvre des cheminements différents, est rythmée par des temporalités diverses, comme l’illustrent les approches croisées, interdisciplinaires, plurielles, développées tout au long du cycle. Elle suscite des décentrements, des ruptures, « une sorte de déchirure dans la progression du savoir » [1] , indissociables de l’émergence de nouvelles idées et représentations. Elle change notre relation au monde, initie de nouveaux rapports entre les différents acteurs, au niveau global comme sur les territoires.
La dynamique même des sciences, des techniques et des débats science-société est liée à une dimension temporelle. Dans leur processus de recherche et de travail, quel rapport le chercheur, l’artiste, entretiennent-ils avec le temps pour « étendre les pensées et les idées ? » [2] Comment se mettent-ils en situation de produire du nouveau ? Les créations artistiques, les découvertes scientifiques, les inventions techniques s’inscrivent dans l’horizon d’attente de leur époque. L’acte créatif se nourrit de valeurs, de préférences, d’héritages. Aujourd’hui, le culte de l’instant, « la valorisation exacerbée de la simple réactivité des individus » [3] affectent-ils la logique de création ?
« Une personne qui n’a jamais commis d’erreur n’a jamais innové » selon Albert Einstein. En France, contrairement aux pays anglo-saxons, l’échec n’est pas valorisé mais redouté. Une attitude plus constructive à son égard mérite d’être cultivée, en le considérant comme consubstantiel de la créativité, source d’innovation. Dans cette perspective, quelle serait une pédagogie de l’échec, apprenant à en retenir une leçon positive, dans un environnement éducatif qui donne confiance et envie de réussir ? Comment l’entreprise peut-elle gérer l’erreur, accompagner l’essai, pour ne pas brider la créativité et la prise de risque ?
Nous vivons dans une société du risque où « la frontière entre risques calculables et dangers incalculables ne cesse d’être franchie » U [4] . Face aux incertitudes et aux attentes socioéconomiques complexes des sociétés, comment repenser le progrès et la sécurité ? Les pratiques politiques, la place de l’expertise, les relations public-privé sont interrogées. Qu’est-ce qu’une politique du risque inscrite dans le temps long ? Comment les normes doivent-elles être conçues et mises en œuvre ? Que devient l’exercice de la responsabilité individuelle et collective ? Quels seraient les contours d’une éthique du futur prenant souci de l’avenir - un « catastrophisme éclairé » [5] - porteuse de règles et de solidarités nouvelles ?
Au cours de la séance de clôture, la créativité sera abordée à travers trois dialogues. Ils mettront en résonance des approches scientifiques, politiques, artistiques, sociologiques… et seront axés sur les rapports que cette notion entretient avec le temps, la confiance et l’échec, le risque et la responsabilité.
Programme
Clôture officielle
Dialogues pour une société créative
7 juin 2011
Palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental,
9 place d’Iéna, 75016 Paris
Matinée animée par Paul Amar, journaliste
| 08h00-08h50 | Accueil des participants |
| 08h50-09h00 | Mot d’accueil
Bertrand COLLOMB, président de l’IHEST |
| 09h00-09h20 | Allocution d’ouverture
Jean-Paul DELEVOYE, président du Conseil économique, social et environnemental |
| 09h20-09h30 | Une société créative, les sciences, l’innovation et l’éducation en question ; le cycle 2010-2011
Marie-Françoise CHEVALLIER-LE GUYADER, directrice de l’IHEST |
| 09h30-09h40 | Regards croisés de la promotion
Nadège BOUQUIN et Paul CARRASCO, délégués de la promotion |
| 09h40-09h50 | Hommage à Benoît MANDELBROT
Bernard SAPOVAL, directeur de recherche émérite au CNRS |
| 09h50-10h35 | Le temps de la création
Alain BERTHOZ, professeur au Collège de France Alexis TRICOIRE, designer, artiste, fondateur de Végétal Atmosphère |
| 10h35-11h00 | Pause |
| 11h00-11h45 | Le temps de la confiance et de l’échec
Nicolas GAUME, président de Mimesis Republic, président du Syndicat national du jeu vidéo Jean-Marc MONTEIL, professeur au CNAM |
| 11h45-12h30 | Le temps du risque et de la responsabilité
Jean-Pierre DUPUY, professeur à l’Université de Stanford André-Claude LACOSTE, président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire |
| 12h30-13h15 | Clôture officielle |